YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




GeMs 1- Paradis Perdu
Corinne Guitteaud & Isabelle Wenta
L’Atalante, Roman (France), 450 pages, T.1, série, 2006 - 21€

GeMs, nous y avions goûté, nous vous en avons longuement parlé, allant jusqu’à vous livrer les secrets révélés par les auteurs.
Mais il en va de l’imaginaire comme de la pâtisserie. C’est une chose que de connaître la liste des ingrédients du gâteau. C’en est une autre que d’en manger vraiment.
« Paradis Perdu », sorti et parcouru, nous vous en proposons deux lectures, radicalement opposées :
- Coup de cœur pour Ketty Steward
- Coup de gueule pour l’inénarrable Henri Bademoude...



La critique de K. Steward

Pleine encore de cette lecture, riche de son influence-
coïncidence sur ma propre vie, déçue enfin de devoir patienter pour en lire la suite, je peine à trouver des arguments logiques et rationnels pour évoquer « Paradis Perdu ». La neutralité est simplement impossible.

L’histoire, en quelques mots :
Dans une société postcataclysmique (ici, il s’agit des suites d’une grande inondation), les GeMs sont des génétiquement modifiés, fabriqués en série pour les besoins des « inédits » ; ces privilégiés qui vivent sous les dômes.
Ces dômes protègent les grandes villes, et les séparent de l’EDo : la zone, exposée aux rigueurs d’un climat inhumain et privée de toute technologie.
Gaïl est une GeM de luxe, un jouet sexuel parfait. Elle s’enfuit un jour du Dôme et découvre EDen, une communauté mixte (GeMs et inédits) de l’EDo.
EDen et ses secrets, EDen, objet de convoitises, et surtout EDen et son « monstre », une des chimères produites en secret par les laboratoires officiels.

Dans le futur dépeint par Corinne Guitteaud et Isabelle Wenta, on retrouve les constantes humaines que sont : besoin de domination, peur des différences, soif de pouvoir... douleurs, poésie, espoirs et questionnements.

On est sensible à la description du nouvel esclavage, aux vieilles questions touchant aux limites de l’ensemble humain, à la diversité des motivations de quelques “bonnes actions”, à la persistance des blessures du passé...

D’un niveau littéraire appréciable (on a vu pire en SF), le récit réussit l’exploit de son équilibre. Ni conte de fée, ni concentré de pessimisme, il reprend des ingrédients connus pour en faire du nouveau.

Si ce tome pose personnages et histoire, on attend de sa suite des rebondissements nombreux, des chemins surprenants, loin de ceux qui, aujourd’hui semblent tout tracés.
Dans « Paradis Perdu », on veut le croire, rien - pas même le paradis - n’est ni perdu, ni gagné d’avance.

La critique de H. Bademoude

Et voilà que le râleur de service est appelé à s’exprimer sur ce « coup de cœur » de la Yozone. Ils ont l’esprit ouvert, les yonautes. Parce que je n’ai pas aimé du tout ce bouquin.

Pour commencer je n’aime pas la forme. C’est mal écrit genre recherché avec des adjectifs partout pas toujours bienvenus. Comme une mauvaise copie d’un bac français.
C’est plein de tics ou de trucs d’écriture tels qu’il en sort des ateliers. Avec des passages en italique (journal de Trucmuche, discours de Tartempion, pour expliquer ce qui s’est passé).
J’ai vraiment eu l’impression de lire le scénario d’une série télé pour adolescents de 12 à 15 ans type Buffy. Les personnages sont à l’avenant, tout gentils ou tout méchants, sauf la jalouse qui est un peu gentille quand même.
C’est mièvre et sentimentalo-romantico-cul-cul-la-praline, genre des amoureux qui s’aiment mais qui n’osent pas.
C’est bourré de clichés (adolescent rebelle, jeune femme traumatisée qui fait une tentative de suicide sans qu’on sache pourquoi). Les scènes d’action sont rares et nulles (le chat qui bouffe le rat, la mort de Mamba dans les serpents, le sauvetage de Théo par Gabriel).

Et, pire, le fond. On a déjà lu cent fois l’histoire des riches sous les dômes et des parias en dehors qui vivent en micro-sociétés. Rien d’original là-dedans.
Les humains génétiquement modifiés, c’est pas très nouveau non plus. En plus ils sont bêtement dénommés clones alors qu’ils sont en exemplaire unique.
L’homme-tigre Gabriel est par contre décalqué de la Bête de « la Belle et la Bête » ou de son équivalent en série télé.
Les GeMs se sentent venir les uns les autres par une « résonance » qui n’a aucune base puisqu’ils sont génétiquement différents et qui ressemble à ce que ressentent les immortels dans la série télé Highlander.
Le concept de « défluviation » est ridicule, inondation et montée des eaux seraient tout aussi bien.
C’est convenu, prévisible, politiquement correct, bien pensant.

Je n’en pouvais plus et je me suis arrêté au milieu du deuxième chapitre (vers la page 120). Alors c’est peut-être mieux après ? C’est possible mais ce sera sans moi. Et il y a trois tomes de prévu... Mama mia !

La critique de Philippe Heurtel

Dans un futur proche, la Terre a été dévastée par la disparition de la couche d’ozone et par la montée des eaux. Grâce au soutien intéressé des colonies du système solaire, et notamment de ProsPectiVe, un conglomérat martien, les survivants ont pu se réfugier dans de grandes villes protégées par des dômes. Les élites fortunées sont servies par des clones génétiquement modifiés, les GeMs, esclaves qu’ils (mal)traitent comme des objets.
De nombreux clones fuient l’enfer des Dômes et courent le risque de vivre dans l’EDo, le monde extérieur. Dans ces ruines survivent des clans hostiles, voire dégénérés, mais aussi des communautés qui essaient de se développer en paix. Gaïl est l’une de ces clones. Elle trouve refuge à EDen, une communauté qui utilise la technologie de terraformage développée pour Mars afin de redonner vie à la Terre. Là, elle rencontre Tasha, le médecin qui travaille à ce projet, et Gabriel, un clone hybride, chimère militaire qui possède des gènes de tigre de Sibérie.

Première constatation à la lecture de ce premier tome de « GeMs », (« Paradis Perdu ») : ce n’est pas très original. L’élite qui vit dans des villes sous verre tandis que la plèbe survit dans les vestiges de la civilisation pré-apocalyptique, la transposition esclave/clones, les méchantes corporations avides et inhumaines... : ce roman n’apporte rien à des thèmes qui ont été maintes fois abordés. Ce n’est pas forcément rédhibitoire si le sujet est traité avec style, mais ce n’est hélas pas le cas ici.
Tout d’abord, les décors sont invisibles. Une seule ville sous dôme - Paris - est évoquée, et n’est jamais décrite. L’EDo, où se déroule la plus grande partie du récit, n’est guère mieux traitée. L’histoire se déroule peut-être dans un monde post-apo, mais on a du mal à y croire, et pour ma part je n’y ai vu qu’une grande scène de théâtre vide. Les personnages sont manichéens et sans consistance, en particulier les habitants du Dôme (des brutes épaisses, des dirigeants sans cœur) ou le prêtre fanatique, qui sont typiquement ce qu’il ne faut pas faire en terme de méchants : des protagonistes avec une seule facette, une seule dimension, grossièrement caractérisés par un ou deux clichés. Mais les personnages principaux sont tout aussi fantoches.

Le choix narratif, à savoir l’éclatement des points de vue (nombreux personnages du Dôme, de l’EDo et de l’EDen) et des modes narratifs (point de vue de personnage, journal de bord, compte-rendu, flash-back, citations littéraires et poétiques), s’avère catastrophique. Il facilite peut-être l’écriture à deux mains, mais poussé à son paroxysme, il morcelle complètement le récit. Ainsi, il n’est pas rare de changer de point de vue toutes les pages. Rien que dans les 22 premières, on change de point de vue une bonne vingtaine de fois (y compris celui d’un rat qui passait par-là, le temps d’un paragraphe...) !
Résultat : rien n’est jamais approfondi, on zappe en permanence de scène bâclée en personnage survolé, et les péripéties s’enchaînent dans l’ennui et un style très plat, truffé de phrases toutes faites.
Bref, on s’ennuie dans ce roman beaucoup trop long (450 pages) qui n’est que le premier tome d’une trilogie. Il y avait éventuellement matière à un petit roman resserré (après tout, un peu de SF humaniste et écolo ne peut pas faire de mal, on reconnaîtra ce mérite aux deux auteurs).
À moins que le tome 2 ne rattrape le coup, 1400 pages, c’est beaucoup trop pour une histoire ni originale, ni bien traitée.

Titre : Tome 1 : Paradis Perdu
Série : GeMs
Auteurs : Corinne Guitteaud et Isabelle Wenta
Couverture : Guess
Éditeur : L’Atalante
Collection : La Dentelle du Cygne
Format : 15 x 20 x 3
Nombre de pages : 452
Dépôt légal : mars 2006
ISBN : 2-84172-329-1
EAN : 9 782841 723294
Prix : 21€


Philippe Heurtel
Ketty Steward
Henri Bademoude
8 juillet 2006






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