Galaxies n°95 (Nouvelle Série)

Revue, n°95, SF - nouvelles - articles - critiques, juillet 2026, 192 pages, 12€

Galaxies n°95 (Nouvelle Série)

Directeur de publication : Pierre Gévart

mercredi 2 septembre 2026, par

Ce numéro de « Galaxies » tourne autour des Intelligence Artificielles génératives, ces IA qui s’invitent dans notre quotidien. Six nouvelles agrémentent la revue, la plupart en lien avec le sujet.

Avec “Ingérence”, Tom Robette a remporté ex aequo le Prix Alain le Bussy 2026. Le contexte est assez contre intuitif avec une société humaine revenue au moyen-âge, alors que deux siècles plus tôt, elle a remporté une guerre interstellaire. Mais les conflits internes ont sapé ses fondations, détruisant tous les acquis. À présent, c’est même un alien, parmi ceux vaincus, qui déambule sur Terre, rendant la justice. Le mélange alien aux multiples épées, vaisseaux détruits, humanité revenue en arrière s’avère étonnant, voire même déstabilisant. Suivant les lecteurs, la nouvelle fonctionnera plus ou moins bien. L’audace a ici payé.
Suit l’ensemble du palmarès, loin de se résumer au seul podium : sept Premiers accessits, sept Seconds accessits, dix-huit Mentions du Jury et seize Citations (la liste n’en compte que quinze). Sur 248 textes retenus, 50 sont cités, soit un sur 5 !

Les évolués n’existent aux yeux de leurs pairs que pour leurs stocks d’œuvres d’art. Le seigneur Bottineghel a décidé d’explorer de nouvelles voies créatrices, faisant fi des traditions, ce qui le relègue au rang des parias, au grand désarroi de son vassal Cranadürach. Magnanime, son seigneur lui présente son vaste projet “Renaissance de la femme” dans une antre nauséabonde qui décontenance son fidèle vassal. Gulzar Joby nous invite dans l’univers de l’art, mais dans le futur et pas pour les humains. C’est pas toujours clair, mais plutôt original et l’auteur emploie même des groupes de signes pour désigner untel (il y a d’ailleurs un loupé) dans une tentative d’embellir le texte par l’art.

Vendre son foie, voilà une activité professionnelle qui a perdu de son importance. Tout le monde s’y met, alors les prix ont dégringolé. Celui d’Olga arrive à maturité, il lui faut obligatoirement trouver preneur, car elle n’a pas les moyens de se faire opérer. La cliente qui la contacte va-t-elle la tirer d’affaire ? Le commerce d’organes est une réalité dans la société imaginée par l’Ukrainien Sergey Gerasimov. Olga ressemble à une proie, à une victime consentante face à une cliente servant d’intermédiaire, ce qui donne une note plus horrifique. “Cannibalisme d’automne” est vraiment bien tournée, prenante, cette nouvelle remue par l’idée malsaine : quand il ne reste plus que des bouts de notre corps à monnayer... Une très bonne Lettre venue d’Ukraine.

Le gros morceau de ce « Galaxies », le dossier sur les Intelligences Artificielles Génératives, est orchestré par Marguerite Roussarie qui a écrit quasi tous les articles le composant. Le travail est remarquable, elle est claire dans son propos, expose la situation actuelle, regarde ce que la SF en a dit avant l’heure, interroge des artistes sur leur ressenti envers l’IA.
Qu’est-ce qu’une IA aujourd’hui ? Quelles sont-elles ? MidJourney, ChatGPT... Comment fonctionnent-elles ? Quel est leur intérêt ? À quoi servent-elles ? À qui s’adressent-elles ? Quel est leur danger ? Y faire appel n’est-ce pas la solution de facilité ? Lui faire faire ce que l’on est incapable de réaliser soi-même (une illustration, un texte), soit par paresse, soit par volonté ou encore compétence ? Plutôt que d’utiliser le moteur de recherche sur Internet et trier les résultats, demander directement à ChatGPT fait gagner du temps à défaut de gagner en pertinence. Car voilà, l’IA est capable de mentir, d’inventer des références pour étayer ses propos. Prendre ce qu’elle dit pour argent comptant revient à croire n’importe quoi, à jeter son esprit critique aux oubliettes. Les réseau sociaux sont grandement nourris par l’IA. Bref, elle est partout, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut l’utiliser, d’autant qu’elle est très énergivore.
“Midjourney, ChaGPT et les autres : quand les IA se mettent à (re)créer la réalité” lève le voile sur l’état de l’IA actuellement et mérite d’être partagé pour mieux la cerner, ainsi que ses enjeux.
Marguerite Roussarie s’interroge aussi sur “La symbiose homme-machine : rêve ou cauchemar cyberpunk ?” et “Les IA et l’art dans la Science-Fiction”, la SF servant de support à cette réflexion. Il y a aussi deux articles plus personnels, l’un d’elle-même et l’autre de Pierre Gévart, chacun donnant son sentiment, son expérience vis-à-vis de l’IA. Elle progresse si vite que le sourire s’est transformé en rictus si l’on peut dire.
Et que disent les acteurs du milieu culturel ( traducteur, auteur, doubleur, illustrateur...) ? Rien de mieux que de leur demander pour découvrir les dangers de l’IA remplaçant à bas coût l’humain. Le pire, c’est justement l’humain qui la nourrit, que ce soit à travers ses œuvres écrites, picturales, parlées... ou par ses petites mains. L’IA ne crée rien, elle applique des recettes, s’appuyant sur ses gigantesques bases de données.
Trois nouvelles accompagnent ce dossier.
“Œil de plastique” illustre la difficile cohabitation entre les incarnés et les construits. Les deux composent la société, les premiers sont de chair et d’os, mangent des aliments, les seconds sont à leur image, mais artificiels et doivent se charger pour vivre. Pierre Gévart met en scène l’intolérance qui s’est déplacée vers l’artificiel. L’autre n’est plus désigné par sa couleur de peau, ses origines géographiques, mais sa nature. Un texte qui fait réfléchir et interpelle sur le racisme.
Dans une galerie, les œuvres d’IA sont vandalisées. La femme qui vient de les acheter semble la coupable idéale (coup de pub ?). Une inspectrice humaine qui en a déjà beaucoup vu et l’androïde AZ mènent l’enquête qui prend un détour inattendu. Comme le préfigure le titre “De l’art... ou du cochon ?”, Marguerite Roussarie fait preuve d’humour, mais là aussi le discours n’est pas dénué de réflexion sur la capacité aux IA de créer. À partir de quel moment ne sont-elles plus influencées et peuvent-elles laisser libre cours à leur seule imagination ? Une nouvelle vraiment plaisante.
Quant à la dernière “Une fleur d’un million d’années”, Caza lâche la bride à l’humour et cela fonctionne très bien. Plato-Le-Prompt, enchanteur de son état, fait preuve d’’imagination dans ses sermons pour faire briller la divine LÏA qui accède aux prières. Malheur à celui qui usera de ses mains pour créer quelque chose. Trois pages savoureuses.

Le dernier tier de la revue abrite de nombreuses chroniques de livres, bandes dessinées et films, ainsi que les rendez-vous incontournables, le premier sur les séries (Alien a aussi droit à ce format), le second sur un auteur de la mythique collection Anticipation du Fleuve Noir (Laurent Genefort, ce qui nous change des nombreux auteurs disparus qui produisaient à la chaîne) et le dernier, “Le scalpel du Dr Stolze” qui met en avant certains ouvrages, pas forcément pour en dire du bien.
Et comment passer à côté de la présentation qui change à partir de la page 68 avec une marge supérieure nettement plus grande, donnant une impression visuelle déséquilibrée ? Un détail malheureux qui couvre les deux tiers de la revue.

La couverture donne le ton, l’IA s’invite dans « Galaxies ». Marguerite Roussarie présente un dossier bien documenté, clair et qui mérite vraiment d’être lu et partagé.
Un numéro que je conseille.

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Titre : Galaxies Nouvelle Série
Numéro : 95 (137 dans l’ancienne numérotation)
Directeur de publication : Pierre Gévart
Couverture : l’IA, of course !
Traductions : Sofia Berkovska (Cannibalisme d’automne)
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, entretiens...
Site Internet : Galaxies
Dépôt légal : juillet 2026
ISSN : 1270-2382
N° ISBN : 9782376252320
Dimensions (en cm) : 13,5 x 21
Pages : 192
Prix : 12 €


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr



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