Solaris n°241

Revue, n°241, science-fiction / fantastique / fantasy, nouvelles - articles - chroniques, été 2026, 162 pages, 14,95 $ CAD

Solaris n°241

L’anthologie permanente des littératures de l’imaginaire

mercredi 26 août 2026, par

Cinq nouvelles au sommaire et deux importants articles, voilà un « Solaris » bien fourmi et prometteur.

Michèle Laframboise débute la partie Fictions avec le texte lauréat du Prix Solaris 2026 : “Emprunt en souffrance”. La gardienne Keats est la bio-bibliothécaire à bord du vaisseau. Il y a la bibliothèque officielle, autorisée, et celle ouverte aux seuls initiés, des lecteurs de confiance. Ces ouvrages cachés sont stockés dans ses lombaires et un ouvrage non rendu en temps et en heure lui rappelle douloureusement son absence et surtout le danger à ce que les autorités le découvrent, d’autant qu’il appartient à la liste des ouvrages prohibés. L’idée s’avère très originale, un ouvrage manquant s’apparente à un déchirement. Le retrouver est impératif et cette quête s’accompagne de réflexions sur cette société : condition des femmes en capacité d’enfanter, censure, délation, mais aussi solidarité, résistance autour de la culture. Une nouvelle très riche, attrayante qui a largement mérité son prix.

“La fréquence du vide” est aussi d’une grande richesse, mais aurait mérité à mon sens de dépasser les quatre pages, car le déroulement s’avère trop rapide. Anna est reliée à Adrien par les liens affectifs, mais surtout par un implant qui la prive de liberté. L’arrivée d’une comète lui rappelle cette entrave invisible. L’imaginaire de Létizia Exiga se révèle puissant par les idées et, au final, la technologie s’efface derrière l’humain. Une première publication réussie qui en appelle d’autres.

La fin d’“A-V-E-U” de Frédéric Parrot m’a laissé dubitatif avec son allusion christique. Jean Jacques a beau avoir une identité, une adresse, un numéro de téléphone qui le définissent, il ignore qui il est vraiment. Ce ne sont pas les rencontres fortuites de gens pensant le connaître qui l’éclairent, c’est plutôt tout l’inverse, tant il endosse facilement une autre identité. Cette nouvelle est intrigante à souhait, elle interpelle sur l’identité, sur ce qui nous définit, mais la fin...

René n’en a plus pour longtemps dans sa chambre d’hôpital, aussi accueille-t-il avec la plus grande joie la visite d’une fée. Du moins, c’est ce qu’il pense, même si son aspect est pour le moins déroutant. Un dialogue plein de sensibilité agrémente les dernières heures de cet écrivain de SF. Yves-Daniel Crouzet nous offre ici une belle incursion “Par-delà les nuages”

Et Michèle Laframboise revient avec “Essaim de liberté” pour clore la partie Fictions, ce dont on ne peut que se féliciter. Un groupe d’intérêt privé veut prendre le pouvoir au Québec en mettant à mal son système bancaire au moyen de la nanotechnologie. Le social, très peu pour eux, ils comptent faire le ménage, alimentant la rancœur envers les migrants. Nath est justement une influenceuse qui véhicule ces idées nauséabondes, n’y voyant que son intérêt, n’obéissant qu’à son goût du luxe. Le changement est en route... L’autrice dénonce ces extrémistes surfant sur les inquiétudes des populations, la science-fiction lui sert de révélateur, la technologie entre les mains de gens sans scrupules peut emprunter des chemins bien biscornus. Encore une belle nouvelle interpellant les lecteurs sur la fragilité de la société.

Deux articles d’une trentaine de pages chacun achèvent ce numéro 241, il s’agit de deux rendez-vous, un annuel avec “Le cabinet des curiosités surnaturelles” et l’autre trimestriel avec “Les carnets du futurible”. Sébastien Chartrand nous fait la visite du “Hall des sciences occultes”. Il nous initie aux différentes formes que peut prendre la magie au fil des temps. Puissances supérieures, savoirs secrets, hérédité... d’où vient-elle ? Est-elle la même pour les gens du peuple que pour les gens aisés ? La pratiquer est-ce autorisé ? Même si l’essor des sciences l’a mise à mal, la chimie cherchant à se distinguer de l’alchimie, l’astronomie de l’astrologie... elle n’a pas disparu pour autant, le spiritisme connaissant de beaux jours au début du XXe siècle. Quant à nos jours, il suffit de voir l’engouement de certains pour l’ésotérisme pour comprendre qu’elle fait encore rêver et qu’ils sont nombreux à chercher à être initiés. Dense, d’une grande érudition comme les trois précédentes visites, ce hall mérite largement que l’on prenne le temps d’y flâner à ses risques et périls.
Quant à Mario Tessier, le Futurible en chef, il nous conduit dans “Les bunkers de l’apocalypse ou tout le monde à la cave”. Ces constructions nées avec la bombe nucléaire peuvent prendre plusieurs formes. Des états ont tout mis en œuvre pour protéger la population en cas de conflit nucléaire, d’autres ont laissé les personnes s’équiper. Quant à la France, elle a choisi la dissuasion nucléaire, ouf, on est donc sauvés ! Il existe des catalogues de bunkers plus ou moins grands, plus ou moins luxueux, plus ou moins chers... Si la Guerre froide appartient au passé, le conflit en Ukraine a réveillé les anciennes peurs, relançant le marché. La Science-fiction ne pouvait que s’intéresser à ce thème pour le moins anxiogène. Là aussi, les lecteurs passent un moment des plus instructifs.
Avec tout ça, il ne reste plus qu’une dizaine de pages pour les chroniques de livres, ce qui n’est pas grave en soi.

Un « Solaris » dense, particulièrement attrayant avec de belles nouvelles et des articles stimulants. La couverture signée Grégory Fromenteau renvoie à la nouvelle lauréate du Prix Solaris 2026, nous rappelant que les livres nous accompagnent toute notre vie. Lisez, vous ne le regretterez pas !

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Titre : Solaris
Numéro : 241
Direction littéraire : Geneviève Blouin, Francine Pelletier, Pascal Raud et Élisabeth Vonarburg
Couverture : Grégory Fromenteau
Illustrations intérieures : Grégory Fromenteau, Laurine Spehner, Sagana Squale et Émilie Léger
Type : revue
Genres : nouvelles, articles, critiques
Sites Internet : Solaris ; numéro 241
Période : été 2026
Périodicité : trimestrielle
ISSN : 0709-8863
ISBN : 9782925427353
Dimensions (en cm) : 13,4 x 21
Pages : 162
Prix : 14,95 $ CAD



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francois.schnebelen[at]yozone.fr



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