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Le cyberespace de l'imaginaire




Code Source
William Gibson
Au Diable Vauvert, Littérature Générale, roman, traduction (Anglais, Canada), SF - Cyberpunk, mars 2008, 492 pages, 22€

Il y a Hollis, ancienne chanteuse d’un groupe rock devenu culte et maintenant journaliste d’un magazine branché.
Il y a Bobby, artiste dérangé qui utilise les possibilités du GPS pour concevoir des images virtuelles.
Il y a Tito, adolescent élevé à la dure école de la rue, qui fait on ne sait trop quoi...

Il y a une humanité à la dérive où un luxe daté et hors de prix fréquente la misère la plus terrible.




Entre modernité thématique (le fond cyberpunk, l’exploration futuriste) et classicisme factuel (un style très Beat Generation), William Gibson distille toujours son univers à travers un réel talent d’écrivain.
Roman forcément bizarre, suant la décomposition d’un monde à la dérive, « Code Source » pourra passionner -ou repousser- le lecteur.
Tout est affaire de sensations, car étrangement, ce qui retient l’attention bien au-delà d’une intrigue finalement secondaire, c’est avant tout ce sentiment diffus d’être persuadé que Gibson écrit bien sur son temps, décrivant avec quelques minutes d’avance (pas plus) la chronique d’une humanité malade de son présent.

Si tant est qu’un écrivain invente réellement quelque chose depuis que l’homme est homme, William Gibson fait incontestablement partie de cette caste étrange que l’on regroupera sous le titre « d’interrogateurs de leur époque ». Certes, le romancier passera à la postérité pour avoir co-inventé le genre cyberpunk en Science Fiction, mais vraiment, si l’on souhaite le lire dans les détails et les nuances, il n’y a rien de révolutionnaire dans sa prose (et c’est tant mieux).

Sous le masque du thriller branché réseaux et réalité post-moderne (ambiances culture-pub et tout le fatras dialectal qui va avec), Gibson n’a de cesse de s’interroger sur sa condition d’homme et de questionner ses lecteurs, frères humains aux futurs aléatoires.

Le roman pourrait effaroucher par ses aspects anticipatifs, il n’en est rien.
Les inventions tecnologico-informatiques sont à la portée de la main et ce qui est décrit dans son « Code Source » est déjà là ou presque. Cela n’empêche pas Gibson de livrer une galerie de portraits et de personnages finalement évanescents dont l’existence narrative réelle tient moins à l’intrigue qu’ils vont soutenir qu’aux gadgets qu’ils vont utiliser. Mais soyons francs, de tout cela, on s’en fout un peu !
La petite musique est agréable, berce l’oreille à grands coups de name dropping et de références techno-mode-populaires (« I »quelque chose à tous les étages). Il y a un plaisir certain à piocher des pages, même prises au hasard, car le flot (flow ?) est là.
Apaisé, calme, contemplatif, sans remous particuliers. Fini le Gibson un rien survolté et hyperactif des débuts, bienvenue à l’homme tranquille (et inquiet) du 21e siècle.

Conséquence directe de cette évolution, le lecteur lambda à l’affût d’une bonne histoire capable de le tenir en haleine devra prendre son mal en patience ou directement passer son chemin. Par contre, l’amoureux des lettres et des êtres, qui n’espère rien de spécial d’un roman, si ce n’est une aptitude à penser mieux et différemment, devrait y retrouver ses petits.

Comme tout bon bouquin issu d’un cerveau qui fonctionne parfois plus vite que celui de ses lecteurs potentiels, le contenu est déroutant, parfois énervant ou fatigant, mais jamais ennuyeux. Dans la veine de ses précédents opus publiés par la courageuse maison d’édition Au Diable Vauvert, ce « Code Source » est un aspirateur de l’humeur du temps de l’Amérique de George W. Bush.

Globalement, il y a là d’ailleurs une forme d’incongruité. Alors que William Gibson était venu défendre son petit dernier lors du “Salon du Livre 2008” ou que le “Festival des Utopiales 2008” en faisait son Président d’Honneur sur le thème des réseaux, visions cyber-futuristes à volontés prémonitoires, jamais l’homme et l’écrivain n’ont été aussi proches de notre époque.

Des réseaux et des hommes, en somme... Mais surtout des hommes, en fait.

Titre : Code Source (Spook Country, 2007)
Auteur : William Gibson
À lire : « Neuromancien et autres Dérives du Réseau » (J’ai Lu), « Tomorrow’s Parties » & « Identification des Schémas » (Au Diable Vauvert)
Traduction (Anglais, Canada) : Alain Smissi
Couverture : Olivier Fontvieille (Photo Getty, John Sinal)
Éditeur : Au Diable Vauvert
Collection : Littérature Générale
Pages : 492
Format (en cm) : 20 x 3,2 x 13 (moyen, broché)
Dépôt légal : 6 mars 2008
EAN : 9 782846 261562
ISBN : 978-2846261562
Prix : 22€


Stéphane Pons
13 novembre 2008


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À l’occasion du Salon du Livre de Paris 2008, sur le stand des éditions Au Diable Vauvert (© photo Yozone).



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