Après la publication au format de poche des « Contrées du rêve », dont nous avions précédemment rendu compte, les éditions Bragelonne poursuivent la reprise de cette intégrale avec un second volume fort de près de cinq cents pages, qui ne reprend pas seulement le sommaire de l’anthologie éponyme publiée chez Mnémos en 2013, mais l’ensemble des textes du plus gros volume sorti en 2021 chez le même éditeur sous le titre « Les Montagnes hallucinées et autres récits d’exploration ».
“L’appel de Cthulhu”, “Dans l’abîme du temps”, “Les Montagnes hallucinées”, “Dagon”, “La Cité sans nom”, “Prisonnier des Pharaons”, “Souvenir” et “Le Temple” sont donc les huit textes lovecraftiens rassemblés dans ce volume. Une “Note du traducteur” en lien avec les choix de traduction des mesures et noms des institutions, une “Préface – L’Invitation au voyage” de David Camus ainsi qu’un “Addendum à la préface de l’édition de 2013” du même David Camus apportent à ces textes d’utiles compléments. Si l’“Appendice à prisonnier des pharaons”, composé de l’extrait d’une lettre de H.P. Lovecraft à Frank Belknap Long n’est pas mentionné dans la table des matières de cette édition de poche, il est néanmoins bel et bien présent dans le volume.
Les textes qui figurent dans ce recueil ont tous été régulièrement réédités voire retraduits depuis des décennies dans maints volumes aux titres différents. Nous n’en ferons pas ici la chronique détaillée, car en tant que classiques ils ont déjà été abondamment étudiés, analysés, commentés. En ce qui concerne « Dagon » et « La Cité sans nom », nous en avions précédemment parlé à l’occasion de leur publication enrichie d’illustrations d’Armel Gaulme, dans la collection Les Carnets Lovecraft, également chez Bragelonne. On pourra donc en savoir plus en suivant les liens ci-dessus.
Tout comme ces deux récits, “Souvenir” et “Le Temple” sont des nouvelles assez brèves. La première est une courte fable poétique qui confronte le lecteur non seulement à sa fugacité propre, mais aussi à celle de son espèce : un petit goût anticipateur des abîmes du temps. La seconde, en une vingtaine de pages très denses, rapporte, à travers un journal de bord retrouvé en 1917 sur les côtes du Yucatan, le destin peu enviable de l’équipage d’un submersible allemand U 29. Avec ses massacres de marins, son étrange figurine d’ivoire, son mort qui n’est pas vraiment mort, avec la claustrophobie, la psychose, la paranoïa, la hantise, les grands fonds et une civilisation engloutie, ce sont de grands thèmes de la littérature d’aventure et d’épouvante qui sont concentrés dans ce texte emblématique rédigé en 1920 et publié quelques années plus tard. “Prisonnier des Pharaons”, comme le souligne David Camus dans sa préface, contraste en partie avec les autres récits : nouvelle de commande dont le magicien Houdini a fourni les grandes lignes dans l’idée de la publier sous son nom et de la faire passer pour une authentique aventure, elle apparaît comme une curiosité, marquée par une touche d’humour – mais les aspects lovecraftiens, cultes hideux et entités terrifiantes décrites, mais également suggérées, ne sont pas en reste. Curiosité également – mais curiosité effrayante – “’L’appel de Cthulhu” est à connaître parce qu’il est souvent décrit comme le texte fondateur du « Mythe de Cthulhu » qui est lui-même, d’une certaine manière, un mythe : il n’existe pas en tant que tel dans l’œuvre lovecraftienne et a été assez grossièrement construit par ses imitateurs et continuateurs (on pourra lire sur le sujet l’intéressant essai dirigé par S.T. Joshi, « Qu’est-ce que le Mythe de Cthulhu », publié aux éditions La Clef D’Argent). En une centaine de pages, l’ambitieux “Dans l’abîme du temps” confrontera le lecteur à bien des vertiges, ceux du passé comme ceux du futur. Quant aux “ Montagnes hallucinées”, pièce maîtresse du recueil approchant les deux cents pages, nous n’en ferons pas ici le résumé : avec sa formidable puissance d’évocation, ce récit d’exploration fantastique est à découvrir par le lecteur, étape par étape, aux côtés de ses protagonistes.
“À l’instar du narrateur des Montagnes hallucinées, permettez-moi de vous mettre en garde ; ce livre est dangereux. Ni son éditeur, ni moi, son traducteur, ne saurions être tenus pour responsables des conséquences que sa lecture pourrait avoir sur votre santé mentale. C’est pourquoi je vous invite à la refermer et à vous poser cette question : suis-je vraiment prêt à descendre au plus profond de moi-même ? De mon humanité ? »
Nous ne paraphraserons pas la préface du traducteur David Camus, qui en dit suffisamment sur ces textes et sur l’œuvre lovecraftienne pour donner à quiconque l’envie de se plonger dans ces huit récits que beaucoup ont déjà lus. Mais Lovecraft a ceci de particulier qu’il fait partie des auteurs que l’on aime relire et chez qui l’on retrouve à chaque fois le dépaysement, l’émoi, le vertige. Quant à ceux qui ne connaissent pas encore ces textes classiques, ce volume sera pour eux l’occasion de voyager bien plus loin que nul n’est jamais allé, de plonger dans les gouffres et abîmes de la géographie et du temps, de lire enfin ces textes classiques qui ont déjà marqué plusieurs générations et qui, de nos jours, continuent de marquer les esprits.

Titre : Les Montagnes hallucinées
Série : Intégrale tome 2
Auteur : Howard Philips Lovecraft
Traduction de l’anglais (États-Unis) : David Camus
Éditeur : Bragelonne (édition originale : Mnémos, 2021)
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 495
Format (en cm) : 11 x 17,5
Dépôt légal : juin 2026
ISBN : 9791028138219
Prix : 9,95 €
H.P. Lovecraft chez Bragelonne et sur la Yozone :
« Les Contrées du rêve »
« Dagon »
« La Cité sans nom »,
« Le Molosse »
« Les Rats dans les murs »