Brique de par son épaisseur et de par son contenu d’une belle densité, il s’agit du premier roman d’Alastair Reynolds qui, avec « L’espace de la révélation », lançait « les Inhibiteurs ». En fin d’ouvrage, Emmanuel Tollé trace les grandes lignes de ce cycle auquel se rattachent plusieurs romans et nouvelles. Une série d’ampleur, rien de moins.
Sur Resurgam en 2551, Dan Sylveste met tout en œuvre pour découvrir pourquoi les Amarantins qui peuplaient cette planète ont disparu voilà neuf cent mille ans. Des fouilles révèlent un site dont il espère beaucoup. L’équipage du globe-lumen, le Spleen de l’Infini, cherche justement Dan Sylveste pour guérir son capitaine cryogénisé pour enrayer la pourriture fondante qui s’attaque aux nanomachines. Quant à Ana Khouri, elle est chargée de tuer Dan Sylveste qui constituerait une grande menace pour l’humanité. Tout ce monde est appelé à se retrouver sur Resurgam.
Pour Alastair Reynolds, la vitesse de la lumière reste une barrière infranchissable, donc tout trajet prend des années, voire des décennies. De ce fait, l’histoire ne démarre pas en même temps pour les différents protagonistes, dont les principaux sont deux femmes, Ana Khouri embauchée comme artilleur par Ilia Volyova du Spleen de l’Infini, et Dan Sylveste, le fils d’un père richissime très décrié et décédé. D’autres protagonistes gravitent autour de ces trois là et le lecteur ne cesse de découvrir des intérêts divergents. Si Ilia Volyova veut guérir le capitaine, il n’en est pas forcément de même pour les autres membres de l’équipage. L’arrivée de Khouri déclenche plusieurs incidents, ce qui laisse planer une grave menace autour des terribles armes stockées dans une soute du vaisseau. Les acteurs ne sont pas uniquement humains, de chair, d’os, d’implants... mais aussi des intelligences dématérialisées qui peuvent corrompre la technologie. Certains êtres sont tellement transformés et augmentés qu’ils n’ont plus grand-chose d’humains.
Resurgam est une planète perdue à peine colonisée, mais la présence de Sylveste constitue un grave danger pour elle, tant l’équipage du Spleen de l’Infini veut mettre la main sur lui. Mais aussi démuni qu’il peut le paraître, Sylveste est plein de ressources et il veut par-dessus tout résoudre le mystère de la disparition des Amarantins. Un système binaire proche attire sa curiosité, il le soupçonne d’être la clé et il pousse l’équipage du globe-lumen à s’y rendre. Bonne ou mauvaise idée ? N’est-ce pas contre cela que voulaient se préserver ceux qui désiraient l’éliminer ?
Ces quelques lignes ne rendent compte que très superficiellement de la richesse de « L’espace de la révélation ». Le lecteur a droit à un feu d’artifice constitué d’idées brillantes. Alastair Reynolds prend le temps de développer son récit, ce qui donne un rythme assez lent. La fin est symptomatique de cet état et les événements autour du sytème binaire s’étalent outre-mesure, repoussant sans cesse la révélation ultime. Pour autant, le récit ne s’en révèle pas moins passionnant.
Pour un premier roman, l’ambition animait Alastair Reynolds. Il n’a pas vu petit mais très grand. Les enjeux se situent à l’échelle humaine, les armes engagées peuvent rayer une planète, le terrain de jeu n’est autre que l’espace, les protagonistes balayent tout le règne du vivant, les motivations sont multiples et souvent opposées... pour autant tout commence sur un site archéologique. Tirer les leçons du passé pour, non pas avancer dans l’avenir, simplement en avoir un. Le titre du cycle prend tout son sens avec la découverte de ce que sont « Les Inhibiteurs ». Ici, la curiosité est un vilain défaut !
Dès le début, le lecteur entre dans la littérature du vertige. L’espace, le temps, les protagonistes, tout concourt à le placer dans un avenir lointain, mais avec des thématiques actuelles. Si l’humain change physiquement, sa manière de penser reste la même.
« L’espace de la révélation » pèse ses sept cents pages bien denses qui en appellent à l’intelligence du lecteur qui ne peut se contenter de lire sans chercher à assembler les différentes pièces. Il demande une lecture active pour en tirer la quintessence. Il faut prendre le temps de le savourer pour en saisir l’ampleur et toute la richesse, aussi bien par ses thématiques chères à l’auteur, ses personnages à tiroir à l’exemple de Dan Sylveste que par son déroulement avec le point culminant final.
D’ailleurs, Le Bélial’ publiera en juin, « L’arche de la rédemption » qui peut être considéré comme la suite de « L’espace de la révélation » et qui en reprend certains personnages.
« Les Inhibiteurs » appartient aux grands cycles de la SF, « L’espace de la révélation » en révèle d’entrée de jeu toute la grandeur. Un premier et grand roman, un space opera d’envergure et complexe qui pêche peut-être par son rythme, mais au souffle indéniable à travers l’avenir évoqué.
Une réédition bienvenue !

Titre : L’espace de la révélation (Revelation Space, 2000)
Auteur : Alastair Reynolds
Couverture et conception graphique : Zariel
Traduction de l’anglais : Dominique Haas ; révisée par Laëtitia Rondeau
Éditeur : Le Bélial’ (Première édition : Presses de la Cité, 2002)
Collection : Archive du Futur
Numérotation dans la collection : 1
Directeur de collection : Olivier Girard
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 702
Format (en cm) : 14 x 19
Dépôt légal : mars 2026
ISBN : 9782381632100
Prix : 19,90 €
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