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Outrenoir, tome 3 : Le Chant des Déchus
Marc J. Gregson
Lumen, roman (USA), fantasy-SF, 721 pages, mars 2026, 18€

Malgré la reddition des Lantiens, le roi fait tirer au Désintégrateur sur les Zones. Conrad et ses amis y sont expédiés avec tous les opposants au roi Ulrich, dans une mission-suicide savamment médiatisée. Malgré les dangers des nombreux inContrôlables en liberté, Conrad parvient à remplir cette mission impossible, aidé par Angh, le serpent de Goerner. Mais Ulrich trahit encore une fois sa parole et élimine le conseil lantien. Conrad s’échappe et retourne dans les Îles. Séparé de ses amis, déclaré mort, il s’invente une novelle identité sur Renaissance et entreprend de se hisser assez haut dans la méritocratie, à force de duels, pour défier son oncle...



Dans la chronique du tome précédent, j’ai écrit que notre seuil d’incrédulité était bien mis à mal. Dans ce dernier volume, c’est bien simple, mieux vaut le mettre dans une boîte, cette boite dans un coffre et le coffre au fond d’une rivière. Car en 700 pages, et quelques mois, il se passe tellement de choses qu’il vaut mieux se laisser porter d’une scène d’action à l’autre sans plus réfléchir du tout.

Ulrich tenant les Îles d’une main de fer après avoir remplacé tous les maîtres de guilde par ses proches, il n’y a plus de contestation officielle. Personne ne sait que les Lantiens ont capitulé, et personne le se dresse contre la mission-suicide confiée au prince Conrad. Du moins à la connaissance de nos héros.
En-Dessous, c’est un paysage de désolation après le tir du Désintégrateur, les Zones de surface sont ravagées. Nos héros errent dans un éboulis remplis de monstres, et bien sûr chaque fois qu’un brave soldat les rejoint, c’est lui qui se fera bouffer le premier. On se demande encore comment ou pourquoi il y a tant de monstres biomécaniques, leur taille varie : les grenouilles géantes font "15 pieds et de haut, le double de large" (page 120) mais arrivent à avaler les capsules de combat, les digérer et.. les excréter (on va être poli).
J’anticipe un peu, mais alors que la guerre dure depuis 600 ans, qu’au début du tome 1 le gorgantaun de classe 5 (500 pieds de long, on rappelle) est le pire monstre, on aura ici des classe-6 et 7 et des gigantauns de 2000-3000 pieds. En quelques mois, l’inflation est purement spectaculaire. Les batailles aériennes, mêlant vaisseaux de la Chasse, croiseurs et monstres sous contrôle, rendent ridicules les expéditions de chasse du début de cette histoire.

Mais revenons en-Dessous. Après la traversée des Zones pauvres ravagées, et quelques retrouvailles, Conrad doit affronter un membre du Conseil, au nom d’un autre, pour remporter le pouvoir. Cela se passe mal, et il tombe aux mains de Sebastian, le méchant increvable, qui le fait se battre dans une arène pendant un mois, le rafistolant à coups d’injections du médicament miracle à la rareté flexible en fonction des besoins de l’histoire. Un mois balayé en deux lignes par l’auteur, procédé qui se reproduira plus tard sur Renaissance quand Conrad enchainera à nouveau les combat, puis encore lorsqu’il s’entrainera pour atteindre un meilleur niveau et.. affronter un Supra pour le compte d’un autre. Quoi, encore ? Notre jeune héros serait-il le jouet de ses alliés ? Ou n’est-ce qu’un pattern scénaristique un peu léger ? Attendez le moment où Samantha exige qu’on retrouve Sebastian pour accepter de s’allier à eux ! Ou qu’il faille battre le roi des pirates pour obtenir leur allégeance ! On se croirait dans un jeu vidéo aux quêtes secondaires interminables : "je t’aide si tu fais ça, ça et ça pour moi... ok !"

Enfin, bref, après beaucoup de coups donnés et reçus, le laïus sur la Méritocratie tempéré par les valeurs de la famille Elise "on est plus forts ensemble" et quelques rebondissements, tous nos amis se retrouvent enfin, on refait le point sur ce qui s’est passé dans les Îles pendant que Conrad la jouait solo, et on monte une grande armée, certes pas suffisante entre les défections de traitres et les alliés qui arrivent pile au bon moment, pour aller affronter Ulrich. Ulrich ont la puissance a donc, en quelques mois loin de nos yeux, enflé comme la logique ne le permet pas, pour nous offrir une bataille finale tellement dantesque que cela en devient ridicule.

Heureusement qu’on a quelques passages introspectifs sur le fait de devenir roi, la violence nécessaire et légitime, la peur de devenir un monstre... Puis les grandes retrouvailles avec Ella enfin libérée de l’éducation de son oncle (un peu larmoyantes), les quelques bisous avec Bryce trop concentrée sur leur mission pour y trouver la place pour des sentiments (un petit côté puritain comme dans « Twilight » ? pas de sexe avant la victoire). Et la population qui soutient le prince déchu, tandis que la noblesse fuit, craignant pour sa tête. Parce que sinon, c’est baston, baston, bataille navale, ellipse temporelle et on recommence. Ah, et puis on fête son anniversaire, aussi : Conrad atteint ses 18 ans. Les moments de convivialité sonnent tellement faux dans le contexte de guerre, avec Akira qui mitonne des petits plats cinq lignes après qu’on aura lu que les provisions sont au plus bas.

Bref, on ne change pas une recette qui gagne : l’accumulation de scènes d’action, de violence teinté d’héroïsme/sacrifice, de grosses bêtes toutes plus impossibles, entrecoupée de bons sentiments espère masquer, chez le public cible (les 14+) les incohérences à la pelle et les facilités scénaristiques qui font s’effondrer toute cette histoire pour peu qu’on s’interroge deux secondes. J’essaie de me souvenir de la sortie de « Hunger Games », il y a 15 ans. On avait déjà les mêmes faiblesses de fond, mais les personnages et l’intrigue étaient un peu plus travaillés, et j’ai la sensation qu’on prenait un peu moins les lecteurs pour des aveugles et des neuneus, sous prétexte de divertissement.

Je dis cela car en remerciements, Mark Gregson salue les producteurs du film tiré d’« Outrenoir », dont Antoine Fuqua. Les infos sur ses réseaux sociaux (Instagram et Tiktok semblent indiquer que le projet n’est pas tombé à l’eau. Cela promet donc du grand spectacle plein les yeux, sans les détails gênants ou le temps de s’arrêter dessus.


Titre : Le Chant des Déchus (downfall, 2026)
Série : Outrenoir (above the black), tome 3/3
Auteur : Marc J. Gregson
Traduction de l’américain (USA) : Ombeline Marchon et Jonathan Oriol
Couverture : Artem Chebokha
Éditeur : Lumen
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 721
Format (en cm) : 22,5 x 14 x 5
Dépôt légal : mars 2026
ISBN : 9782371025233
Prix : 18 €


OutreNoir
1 - Les titans du ciel
2 - La fosse aux serpents
3 - Le chant des déchus


Nicolas Soffray
30 mars 2026


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