Troisième volet des aventures de notre AssaSynth. Après avoir sauvé les miches de jeunes scientifiques travaillant sur la détection de xéno-éléments, notre androïde sédition échafaude l’hypothèse d’un lien entre ces deux histoires. La découverte d’une station de terraformation abandonnée, en orbite autour d’une planète lointaine, lui offre la possibilité de collecter des preuves à rapporter au docteur Mensah, à qui iel s’est finalement attaché.e.
Cette fois, pas de bot-navigateur collant et intrusif comme EVE : iel pourra se gaver d’épisodes de ses séries préférées pendant le trajet vers la planète lointaine. Sauf que deux humaines, Wilken et Gerth, sont finalement du voyage, avec le même objectif : accompagner l’équipe de GoodNightLander Ind., nouveaux propriétaires de la station, durant leur audit. Jouant de ses talents de hacker, notre androïde se faufile dans la navette de l’expédition puis dans la station apparemment déserte et purgée de toutes ses données. Seul Miki, le bot de Don Abene, la responsable, l’a remarqué, mais iel s’est fait passer auprès du robot pour un renfort supplémentaire - et discret.
Iel est obligé de se découvrir quand des bots de combat se réveillent et s’en prennent aux humains. Les deux agentes de sécurité sont bien sûr, d’après l’androïde, complètement inefficaces. Et il reste visiblement en lui un bout de code - ou de personnalité - qui l’empêche de laisser des humains, aussi stupides soient-ils, se faire tuer.
Avec ce troisième tome, on pourrait craindre de tomber dans la redite, puisque le quotidien de notre AssaSynth obéit à un certain motif : aller chercher des réponses, fréquenter des humains confrontés à des dangers, les empêcher de mourir. Néanmoins, comme les plans de notre héros sont un peu en contradiction avec les façons de faire des grandes corpos, c’est un risque. La brièveté des volumes, entre autres, contrebalance cette répétitivité. Le reste, c’est la personnalité attachante de notre héros, toujours très humain dans sa façon de penser, maintenant débridée des contraintes de son module superviseur. Et de fait, iel se retrouve toujours à regretter de devoir endosser le rôle de chevalier blanc et/ou de nounou (selon le niveau d’intelligence qu’il accorde aux humains face à lui).
Dans la première partie de ce « Cheval de Troie », iel se retrouve à faire la police parmi les passagers d’une navette d’ouvriers. Iel renonce très vite à discuter du statut de quasi-esclaves pour lequel ils vont signer pour 20 ans (mais "la prime finale est bonne") et se retrouve à faire le gendarme entre gens qui ne se supportent plus au bout de quelques cycles en espace restreint. Et l’empêchent de regarder ses séries. Tout cela parce qu’il a accepté d’endosser ce rôle auprès du vaisseau. Comme un bête réflexe. Du coup, il n’hésite pas à brandir la menace de sanctions violentes et physiques, avant de se réfugier dans son cocon en comptant les cycles avant d’être débarrassés d’eux. Cela rappelle le management, tiens.
Au coeur de Cheval de Troie, toujours une équipe d’humains plus intelligents (jusqu’à un certain point, après lequel les émotions et donc l’irrationnalité prennnet le dessus) et donc Miki, un bot humanoïde moins perfectionné qu’AssaSynth (qui se fait appeler Rin), mais considéré comme un membre à part entière de l’équipe, un ami. Et qui va considérer Rin comme un ami à son tour, teintant de bienveillance et de guimauve leurs échanges. Jusqu’à ce que les choses déraillent sévèrement.
Vous l’aurez probablement remarqué, mais cela fait 3 tomes que les personnages de Martha Wells sont essentiellement féminins. Outre notre héros parfaitement asexué, les personnages forts, bons au mauvais, sont des femmes. Ici encore, la cheffe de groupe, Don Abene, et les deux mercenaire de sécurité. Les hommes sont davantage présents dans le groupe d’ouvriers du début, et même dans l’équipe d’Abene, on constate qu’ils sont souvent vecteur de chamailleries, de panique, de problèmes, en tout cas du point de vue de notre narrateur. Et comme on dit, c’est drôle parce que c’est vrai.Néanmoins, on le lit, cette matriarchie ne rend pas l’univers socialement moins violent.
Pas mal d’action, de suspense et toujours de second degré dans cette histoire de station fantôme où autant que Rin, nous craignons de voir quelque-chose de pas sympa jaillir subitement de l’ombre. Martha Wells joue parfaitement avec les codes du genre horrifique, et nous épargne la séparation du groupe (jamais une bonne idée). L’intrigue est encore une fois complexe, et c’est accentué par le manque d’informations dont disposent les protagonistes sur les enjeux et les motivations du camp adverse. Coupé de HubSystem, notre héros est un peu aveugle, mais toujours bougon et débrouillard.
On enchaine directement sur le quatrième et dernier volet, « Stratégie de Sortie », qui reprend à la seconde où termine celui-là.
Titre : Cheval de Troie (rogue protocol, 2018)
Série : Journal d’un AssaSynth (murderbot diairies), tome 3
Autrice : Martha Wells
Traduction de l’américain (USA) : Mathilde Montier
Couverture : Pierre Bourgerie
Éditeur : L’Atalante
Collection : La Dentelle du Cygne
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro :
Pages : 122
Format (en cm) :
Dépôt légal : août 2019
ISBN : 9791036000119
Prix : 11,50 €
Journal d’un Assassynth :
1 : Défaillances Systèmes
2 : Schémas Artificiels
3 : Cheval de Troie
4 : Stratégie de Sortie
5 : Effet de Réseau