« Depuis trois jours elle pensait comme lui, depuis qu’elle l’avait vu il était en elle, il envahissait son esprit. Encore deux jours et elle boufferait de l’herbe et dormirait en boule sous un sapin. Fallait qu’elle le bute, elle n’avait plus le choix, question de vie ou de mort, la sienne ou celle de la bête. »
Marie-Thérèse Marchepied, tireuse d’élite dans sa jeunesse, chasseuse invétérée depuis toujours, vient de passer quelques décennies à tirer le gibier à travers les forêts vosgiennes. Un jour, elle tombe sur un individu en train de violer une jeune fille. Son sang ne fait qu’un tour, sa carabine Mauser ne tire qu’une seule balle. Personne n’a vu d’où est parti le coup, mais l’inspecteur Berg a bien sa petite idée. Il en a même plusieurs. Par exemple passer un marché avec la tueuse.
« Ils sont douze, comme les mois de l’année, et pour vous ils n’auront pas d’autre nom que celui du mois de leur mort. »
Berg voit s’approcher la fin de da carrière, mais il estime n’en avoir pas fini pour autant. Il a souvent trouvé d’authentiques coupables plus malins que la loi, et l’impossibilité de les mettre définitivement à l’ombre lui laisse un goût si amer qu’il envisage d’autres possibilités. Une fine gâchette vient de lui tomber toute rôtie du ciel : à condition qu’elle fasse quitter ce bas monde aux crapules dont il lui donnera le nom, il laissera Marie Thérèse Marchepied en paix. Si la septuagénaire n’accepte pas de bon cœur, elle n’a pas vraiment le choix. Et puis, peu importe le gibier : quand on a “la balistique dans le sang”, l’essentiel est de partir à la chasse.
« Calibre 7 x 64. Il roule en allemande, il sera très heureux d’être flingué par de la Deutsche Qualität »
Marie-Thérèse, c’est L’Arme Fatale avec un chignon. Mais entre tuer un cerf dans la forêt et déquiller un hominidé sur son territoire sans laisser la moindre trace, il y a un abîme. Elle joue de chance pour son premier meurtre – un entrepreneur pourri – et s’en sort à peu près pour le second. On pourrait dès lors croire que l’auteur, satisfait de sa formule, va dérouler les dix meurtres restants les uns après les autres, la mamie flingueuse déquillant de la crapule entre ses soirées avec un voisin bûcheron, un autre voisin écrivain, des amies chanteuses de chorale, un prêtre qui se dérobe, et un inspecteur la rappelant à ses obligations. Mais Paul Beaupère est plus malin que cela, et ne tombe pas dans le piège d’un déroulement simplement linéaire.
« Ça me rappelle la fois où ma belle-sœur a flingué son robot en essayant de faire du steack haché maison, y en avait partout… il a fallu repeindre la cuisine. »
On le sait : les plans les plus soigneusement conçus ne résistent jamais au contact avec le réel. Le réel, c’est un autre tueur en série, côté Versailles celui-ci, dont une des victimes fait également partie des cibles de Marie-Thérèse. Une cible tuée à deux et même à trois reprises qui restera sans doute dans les annales de la médecine légale du polar. Mais pour Marie-Thérèse, c’est surtout la routine de l’assassinat tranquille qui prend fin : la voilà désormais dans le double collimateur d’un serial-killer particulièrement rancunier et de la police parisienne chauffée à bloc, qui du coup la soupçonne de meurtres qu’elle n’a jamais commis.
« Elle savait qu’elle était la Mesrine des temps modernes, la Bonnie sans Clyde, et qu’à ce titre sa tête était mise à prix comme celle d’un vulgaire sanglier et qu’un jour elle finirait empaillée dans une sous-préfecture. »
Une belle galerie de crapules, un serial-killer aux modes opératoires particulièrement imaginatifs qui devraient faire hésiter les lecteurs à remonter un jour sur une bicyclette, des protagonistes haut en couleurs – y compris des personnages secondaires comme un cafetier sherlockholmesque – des évènements inattendus, des retournements de situation, des dialogues et des réparties à l’emporte-pièce, tels sont les ingrédients de ce « Douze balles pour Marie-Thérèse ». Une Marie-Thérèse qui parviendra malgré tout à tirer son épingle du jeu et à rester du bon côté du fusil. Un polar enlevé, plein d’humour, servi par un joli sens de la formule, et qui, dans le cadre de la littérature de divertissement, atteint très exactement le cœur de sa cible.

Titre : Douze balles pour Marie-Thérèse
Auteur : Paul Beaupère
Couverture : David Pairé Catelier dpcom
Éditeur : City
Collection : City Thriller
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 364
Format (en cm) : 14,5 x 22,5
Dépôt légal : janvier 2026
ISBN : 9782824626314
Prix : 20 €