Claire Suzanne Elizabeth Cooney est ici publiée pour la première fois en français. Ce qu’on remarque au premier regard, c’est la magnifique illustration de couverture signée Anouck Faure, mais aussi l’épaisseur de « Desdemona », 220 pages soit le plus gros titre de la collection RéciFs des éditions Argyll. La couverture aux couleurs chatoyantes s’avère riche en détails, elle correspond bien au texte. Les lecteurs font pour la première fois connaissance avec Desdemona, parée pour la mission qu’elle s’est fixée. Vêtue de multiples couches de fourrures lui constituant une armure, elle est prête à affronter les profondeurs.
C. S. E. Cooney livre une très belle cosmogonie : la Fleur-Monde permet la cohabitation entre Athe, royaume des mortels, le Valwode, monde des bien-nés, et Bana l’Os, celui des kobolds. D’Athe, Desdemona veut se rendre à Bana l’Os, négocier avec le roi de ce monde des profondeurs. Pour ce faire, elle doit passer par le Valwode qui connaît ses propres problèmes avec un souverain incapable de rêver et remettant en cause la structure de ce monde. L’équilibre de la Fleur-Monde est fragile et les portes entre ses différents espaces semblent fermées. Desdemona peut-elle réussir dans sa quête ? Une quête que tout lecteur était bien loin de lui prêter dans l’entame, tant elle apparaît éloignée de toutes contingences terrestres. Toujours à la dernière mode, c’est d’ailleurs elle qui la fait, elle vit pour le luxe, pour le plaisir, mais tout cela n’est possible que grâce à la fortune de son père. Quand elle comprend son origine, les concessions que son père est prêt à faire pour l’accroître, elle ne peut accepter de conserver ses œillères, de tout prendre comme un dû de par sa seule naissance. Le prix à payer est trop important, immoral et sa brutale prise de conscience la sort d’une existence vaine, d’un quotidien sans but. Elle s’en est enfin trouvé un : aller contre les intérêts de son père pour lui prouver qu’elle n’est pas comme lui, qu’elle a une conscience.
Avec Chaz, elle se lance dans l’aventure, n’écoutant aucun avertissement. Elle se prétend poétesse sans l’être, ce qui lui joue un méchant tour, et la voilà obligée de se mettre sous la protection d’un gobelin facétieux qui dispose de plus d’un tour dans son sac. La transition n’est pas anodine et révèle à Desdemona sa nature profonde. Qu’est-ce qu’elle préfère : une vie d’oisiveté où son moindre désir est assouvi ou être elle-même ? Desdemona évolue tout du long du récit, le lecteur s’attache à cette jeune femme dégageant une force de caractère inattendue et des convictions pour une plus grande justice. Elle brave de nombreux dangers, l’auteure rivalise d’ingéniosité à ce propos. Elle rencontre des personnes importantes sans dévier de sa route, elle s’affirme, montre de quoi elle est capable, brisant sa carapace au fil des transformations.
Pas besoin d’être un amateur de fantasy pour apprécier « Desdemona », tant l’histoire est originale. Entre les trois mondes, chacun avec ses propriétés, et les aventures de l’héroïne se débattant au milieu de tout ça, tout à sa quête, cherchant sa voie et n’ayant de cesse d’évoluer pour le meilleur, ce court roman séduit du début à la fin. Distrayant en diable, non dénué d’humour, rythmé, empli de personnages mémorables, « Desdemona » marque une entrée remarquée de C. S. E. Cooney dans notre pays. Aussi l’annonce d’un prochain RéciFs de sa plume ne peut être qu’une bonne nouvelle.
Un nouveau très bon titre à l’actif de cette collection qui s’impose dans le paysage éditorial français.

Titre : Desdemona (Desdemona and the Deep, 2019)
Auteure : C. S. E. Cooney
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Anne-Sylvie Homassel
Couverture et conception graphique : Anouck Faure
Éditeur : Argyll
Collection : RéciFs
Numérotation dans la collection : 11
Pages : 224
Format (en cm) : 12 x 18
Dépôt légal : avril 2026
ISBN : 9782488126397
Prix : 14,90 €
Autres titres de la collection sur la Yozone :
10. « Submergée » d’Arula Ratnakar
8. « Chanter le silence » de Cassandra Khaw
7. « Briser les os » de Cassandra Khaw
5. « Hard Mary » de Sofia Samatar
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