Le Petit a beau aider Pépé et Mémé dans le jardin, rien n’y fait, le manque d’eau se fait trop sentir. Terre desséchée, craquelée, sable qui recouvre tout... Chaque jour représente un nouveau combat pour la subsistance. De plus, Mémé lui fait observer un étrange rituel, espérant un miracle. Le Petit n’y comprend rien, qu’attendent-ils de lui ? Ses nuits sont peuplées de cauchemars et, lors d’une visite, il apprend quelque chose d’essentiel sur sa situation. Ambre Rêvant sait casser une ambiance. En effet, le lecteur croit assister à d’innocentes scènes de famille avec les grands-parents s’occupant du Petit dans un monde à l’agonie. Au fil du récit, la tonalité évolue, les motivations se dévoilent, rendant l’ensemble d’autant plus poignant. “Où va l’eau qu’on espère” dérive vers le fantastique, l’enfant est obligé de se révolter, de franchir subitement les étapes d’un apprentissage vers un don qu’il ignorait posséder. Un récit très fort de par sa construction, du banal naît l’extraordinaire.
“L’argile de l’homme double” relate la vie d’un garçon abritant deux consciences, la sienne et celle de sa sœur Inatumna. En dehors de son aînée d’une année, aucun membre de la famille ne saisit cette anomalie. Inatumna semble avoir connaissance de l’avenir, protège leur esprit commun et, même si elle ne commande pas au corps, ses rébellions peuvent le tétaniser. Cette étrange cohabitation permet aux deux de survivre au fil des années et de devenir oracle du temple. Un étrange rite permet le partage des souvenirs, mais si on gagne une espèce de conscience collective, on perd en partie la sienne. Lola Rosenfeld raconte beaucoup de choses dans sa nouvelle, peut-être trop, car il n’est pas facile de tout appréhender. Le récit est narré d’une manière détournée, d’autres faits viennent s’y greffer, on a tendance à s’emmêler avec le narrateur. De menus défauts qui nuisent un peu à la compréhension immédiate d’un texte riche en événements.
Anne Goudour vient de remporter le Prix Joël-Champetier, ce qui n’est pas rien. “De l’origine [étonnante mais véritable...] des espèces” montre une fois de plus qu’elle dispose d’une belle imagination pour nous entraîner sur des territoires improbables. Darwin ignorait l’existence de lieux que l’on peut considérer comme de véritables incubateurs à espèces nouvelles. Un animal y entre, quelque chose d’inconnu en sort. Des gardiens veillent sur ces lieux, mais quelqu’un parvient à y pénétrer... Toute l’histoire naît de cet acte apparemment anodin, mais dont les conséquences n’ont pas fini d’attirer la curiosité d’un naturaliste qui se voit confier un drôle d’oiseau aux étonnantes capacités. Le lecteur apprend au fil du récit la chaîne de faits conduisant à une situation assez ubuesque et il lui est impossible de s’y soustraire, tant cette nouvelle est intrigante. C’est improbable en diable, débridé, pourtant cela fonctionne. Ici la magie ne se situe pas uniquement dans le texte. Anne Goudour n’a sûrement pas fini de faire rêver les lecteurs, ce dont on ne peut que se féliciter.
Ce numéro 79 d’« Aventures Oniriques et Compagnie » se compose de trois nouvelles en appelant à la magie. Les trois auteures lâchent la bride à leur imagination au plus grand plaisir des lecteurs toujours avides de surprises en tout genre. Là ils sont servis !

Titre : AOC
Numéro : 79
Directrice de publication : Evelyne Beuzit
Rédactrice en chef : Agathe Tournois
Couverture : Pinlin
Illustrations intérieures : Jean-Michel Prats, Nicolas Clément et Alexandre Pompougnac
Type : fanzine
Genre : Science-fiction, fantasy, fantastique
Site Internet : le club Présences d’Esprits
Période : hiver 2026
Périodicité : trimestrielle
ISSN : 1772-3442
Dimensions (en cm) : 13 x 20
Pages : 78
Prix : 4 €
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