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Submergée
Arula Ratnakar
Argyll, RéciFs, n°10, court roman traduit de l’anglais (États-Unis), Science-Fiction, 98 pages, février 2026, 9,90€

Avec le dérèglement climatique, rien ne semble pouvoir enrayer les vagues d’épidémies qui s’enchaînent. Pour assurer sa survie, l’humanité n’hésite pas à détruire encore plus son environnement. Dans les fonds des océans, une variété d’éponges semble prometteuse en terme de traitement. La scientifique Noor qui travaillait dessus est morte mystérieusement. Une enquête est ouverte et la solution se cache sûrement dans son cerveau qui est équipé pour qu’une personne puisse revivre ses dernières années. Nithya plonge justement dans les souvenirs de Noor pour comprendre.



Première traduction française de l’auteure, « Submergée » séduit à plus d’un titre. Ce futur plus ou moins lointain a de quoi inquiéter, mais hélas il n’en est pas moins plausible. Dérèglement climatique, nous sommes en plein dedans ; les épidémies, nous en avons eu un avant goût récent et douloureux ; surexploitation des ressources planétaires sans grandes considérations environnementales du moment qu’il y a un profit à en tirer, ce modèle a encore de beaux jours devant lui. Rien de réjouissant au programme ! À tel point qu’une partie des enfants témoigne son mécontentement envers les adultes en ne parlant plus, en n’arborant plus aucune expression faciale. Comment savoir ce qu’un enfant ressent alors ? Ils communiquent par tablettes, refusant ainsi de partager le moindre sentiment. Sana, la fille de Noor, a développé une manière originale de communiquer avec sa mère en jouant de la flûte. Si Noor accepte le choix de Sana, d’autres parents ne parviennent pas à le faire, comme si leur progéniture leur avait été retirée. Ce mode de protestation silencieuse reste en mémoire des lecteurs, car c’est un signe fort.
Arula Ratnakar n’hésite pas à nous plonger dans des considérations scientifiques poussées pour expliquer le procédé permettant de revivre les dernières années de Noor, ainsi que les caractéristiques de l’éponge P. meyeri. Elle verse dans la Hard Science du côté des neurosciences, de la biologie et ce pan est vraiment fouillé et intéressant. P. meyeri s’avère encore plus étonnante que prévu, à tel point que, lors d’une plongée, Noor fait une découverte la conduisant à revoir ces recherches sur cette variété d’éponges. La fin justifie-t-elle les moyens ? Jusqu’à quel point de non-retour sommes-nous prêts à aller ? Science sans conscience...
« Submergée » n’oublie toutefois pas l’humain, le plaçant au centre du récit. Noor vivait une relation amoureuse avec Irène, celle qui équipe justement Nithya pour plonger dans les souvenirs de Noor. Nithya le comprend rapidement, car la nuit, elle vit en rêve les jours de Noor. Le matin il lui est parfois difficile de faire la part des choses entre les sentiments de Noor et les siens. Ce qu’elle éprouve pour Irène vient-il d’elle-même ou de la part de Noor avec laquelle elle compose quotidiennement ? Autre point commun : toutes les deux sont infectées et le remède pour la guérison est tiré de P. meyeri. Cette histoire d’amour naissant entre Irène et Nithya s’avère belle et tragique à la fois. L’ombre de Noor plane au-dessus, mais aussi des non-dits qui peuvent tout remettre en question. Au fil des semaines, Nithya se rapproche de la mort de Noor et aussi du pourquoi. Si ce dernier ressort clairement, les circonstances de son décès restent éludées. Il apparaît que Noor s’est battue pour ses convictions, faisant fi de ses sentiments personnels.

« Submergée » est une novella subtile à tous points de vue. La Hard Science n’y estompe en rien les sentiments humains, l’histoire est belle et des plus intéressantes par son aspect fouillé. Arula Ratnakar signe là un récit marquant qui ne s’oublie pas. Ces enfants silencieux donnent le frisson, car ils nous placent face aux dérives passées, leur laissant en héritage une planète malade. Et P. meyeri dépasse le statut de simple éponge, devenant un enjeu d’intérêt commun et un débat éthique sur les limites de la recherche scientifique. Quant à ce procédé de partage des souvenirs, est-ce une formidable opportunité ou un piège ?
Une belle pépite à l’actif de la collection RéciFs, dépassant le cadre de la simple distraction par les messages qui s’en dégagent.

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Titre : Submergée (Submergence, 2021)
Auteure : Arula Ratnakar
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Jean-Daniel Brèque
Couverture et conception graphique : Anouck Faure
Éditeur : Argyll
Collection : RéciFs
Numérotation dans la collection : 10
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 98
Format (en cm) : 12 x 18
Dépôt légal : février 2026
ISBN : 9782488126144
Prix : 9,90 €


Autres titres de la collection sur la Yozone :
- 8. « Chanter le silence » de Cassandra Khaw
- 7. « Briser les os » de Cassandra Khaw

Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
27 février 2026


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