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Women in Chains
Thomas Day
Le Bélial’, recueil (France), science-fiction, 276 pages, février 2026, 20,90€

Au premier abord, les amateurs de Thomas Day penseront à une réédition du recueil paru en 2012 sous le même titre chez ActuSF. Toutefois, en regardant le sommaire ils détecteront des différences entre les deux versions. Si trois nouvelles y sont reprises (“La Ville féminicide”, “Nous sommes les violeurs” et “Eros-center”), “Tu ne laisseras point vivre” a été modifiée pour devenir “Toute la vérité sur la sorcière de l’est” et “Poings de suture” a été remplacée par la novella inédite “El Fantasma”.
De plus, l’auteur a ordonné les nouvelles suivant deux parties : “Le livre des sorciers” et “Le livre des sorcières”. Il a également rajouté deux brefs textes : “En amuse-gueule : une amatrice” et un “Coda : Le sac d’entraînement”. Le présent « Women in Chains » diffère donc sensiblement de sa première mouture.



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Pour autant, l’ensemble n’a rien perdu de sa force. Au contraire !
Dans la première partie, « Le livre des sorciers », le mâle est dominant, la femme est considérée comme un objet pour assouvir ses penchants, un moyen de pression sur les populations. Elle n’a pas voix au chapitre, n’est qu’une marchandise tarifée, un défouloir pour des hommes avides de montrer leur supériorité ou se venger de leur situation sur plus faible que soi. La domination du sexe faible par ce qui est considéré comme le sexe fort est au cœur de ces récits. “L’amuse-gueule : une amatrice” donne le ton. Une jeune femme voulait se venger de son ex la considérant comme un mauvais coup au lit en tournant une vidéo porno. Elle va vite le regretter quand elle deviendra le temps d’une scène un vulgaire jouet sexuel.
“La ville féminicide” n’est autre que la tristement célèbre Ciudad Juàrez au Mexique. Des femmes y disparaissent par centaines, certains corps sont retrouvés, mais la plupart, jamais. Sergeï y débarque, bien décidé à s’amuser, à assouvir ses désirs les plus malsains. Il n’a peur de rien, joue du couteau comme personne et l’arrivée de cet ange exterminateur est remarquée par un pouvoir de l’ombre, défiant l’entendement et remontant loin dans le passé.
“Nous sommes les violeurs” laisse la parole à des mercenaires en Afghanistan. Toubib, Goran... autant de salopards qui ont fait régner la terreur en violant des femmes, victime collatérales pour mieux assoir l’ordre. Ils décrivent leurs actes sous couvert d’anonymat, jouissant de l’impunité, ce qui rajoute encore à l’horreur de la situation.
La longue nouvelle “Eros-center” nous conduit dans le Francfort du sexe, et plus particulièrement du côté d’Africaines recrutées en leur promettant Paris et l’univers de la mode. Mr André les tient en son pouvoir de sorcier, les obligeant à tapiner pour lui. Le timide Orhan tombe sous le charme de l’une d’elles et fait tout ce qu’il peut pour la délivrer de cette emprise. Une première lueur apparaît dans ce recueil, un homme se transforme en chevalier servant, croyant au grand amour et est prêt à tout pour sa belle. Jusqu’ici, le camp masculin semblait peuplé uniquement de pervers, de brutes, aussi cette irruption n’est-elle que plus appréciée. La narration d’“Eros-center” est éclatée, c’est-à-dire que les événements ne sont pas racontés dans l’ordre, mais la compréhension n’en souffre aucunement et le déroulement est clair.

La seconde partie : “Le livre des sorcières” donne un autre visage des femmes. La sorcière se révèle en elle, celle qui se rebelle face à sa condition de victime. Elle doit être forte, écrire les règles selon ses désirs et non subir celles des hommes.
Cassandra a fui l’Angleterre pour se réfugier dans un endroit perdu du Groenland. Cette assoiffée du sexe était prête à tout pour combler ses envies, ne reculait devant aucune pratique et, à l’occasion, elle avait des éclairs de clairvoyance. Sa mère l’a rejetée, son père l’a toujours soutenue, seule sa grand-mère maternelle la comprenait vraiment, car souffrant de la même malédiction. Isolée dans un ancien centre de recherche au milieu de la neige et des glaces, elle attend l’inéluctable qu’elle a entrevu un jour. Sa seule distraction est son amant inuit lui rendant visite de temps à autre. C’est elle qui dirige sa vie et personne d’autre, elle prend ce qu’elle veut, essaie d’avoir la mainmise sur son destin, n’hésitant pas à sortir son fusil pour se défendre et prouver que ce n’est pas une femme facile. “Toute la vérité sur la sorcière de l’est” présente Cassandra sous un nouveau jour depuis qu’elle a grandement coupé les ponts avec ses jeunes années, cherchant une autre voie.
Le journaliste Thomas Diallo a disparu au Tchad. Il est célèbre pour avoir rencontré et interviewé “El Fantasma”, la mystérieuse ennemie de Boko Haram. Il a écrit un livre à succès sur celle qui abat des membres de l’organisation terroriste, mettant en scène ces tueries dans des vidéos postées sur le Net. Comment a-t-il réussi à la rencontrer ? Qui est-elle ? Comment en est-elle arrivée là ? La réalité diffère-t-elle de la fiction ? Cette novella dresse le portrait d’une victime devenue à son tour bourreau. Nouvelle lueur d’espoir ici, c’est un homme qui lui a permis de se relever, d’affronter les bourreaux et de devenir un ange vengeur. Un autre l’a révélée au public, portant son combat dans la société. Elle agit masquée comme si elle pouvait être n’importe quelle femme, n’importe quelle victime d’hommes mal intentionnés. La peur doit changer de camp.
Le coda illustre très bien ce constat. Une femme se défoule sur ce qui lui sert de “Sac d’entraînement”.

À travers cinq destinations, « Women in Chains » dresse un portrait des violences faites aux femmes. Sources de plaisir à sens unique, corps pour assouvir les pulsions masculines, aussi bien sexuelles que violentes, la femme est souvent la victime désignée dans notre société à dominante masculine. Thomas Day expose sans concessions ce constat, il remue les lecteurs pour le moins. Impossible de ne pas éprouver un sentiment de malaise en parcourant ces nouvelles, d’ouvrir les yeux sur ce fléau qui ne se passe pas ailleurs, mais souvent à côté de chez nous à l’abri des murs d’une maison. La violence peut être physique, mais aussi verbale. Le mal n’arbore pas qu’un seul visage, il est protéiforme et ce n’est pas aux seules femmes d’embrasser ce combat, de lutter contre l’injustice qui leur est faîte. À chacun de se regarder dans la glace, de faire son autocritique et de se demander ce qu’il pourrait faire pour rendre ce monde meilleur, plus juste, plus équitable où chacun vivrait en bonne intelligence, se respecterait et ce, quel que soit son sexe. Il reste du chemin à faire !

Avec « Women in Chains », Thomas Day nous met le nez dedans. Il ne fait pas dans la dentelle, il est dans son registre qui colle très bien à la situation des violences faites aux femmes. Le message délivré par cette nouvelle mouture de « Women in Chains » est plus puissant par sa construction remaniée, par les modifications apportées et le rajout d’un amuse-gueule choc et d’un coda dans lequel la peur change de camp.
Et puis, comment oublier l’illustratrice qui accompagne cet ouvrage ? Anouck Faure dans un registre différent met en image les nouvelles et cette prédominance du noir assombrit encore le constat que c’est vraiment moche et que les choses doivent changer.
Un recueil choc, un cri d’alerte salutaire !

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Titre : Women in Chains
Sommaire (dans l’ordre d’apparition) : Première partie – Le Livre des sorciers (En amuse-gueule : une amatrice, La Ville féminicide, Nous sommes les violeurs et Eros-center) et Deuxième partie – Le Livre des sorcières (Toute la vérité sur la sorcière de l’est, El Fantasma et Coda : Le sac d’entraînement)
Auteur : Thomas Day
Couverture et illustrations intérieures : Anouck Faure
Éditeur : Le Bélial’
Directeur de collection : Olivier Girard
Site Internet : Recueil (site éditeur)
Pages : 276
Format (en cm) : 14 x 20,5
Dépôt légal : février 2026
ISBN : 9782381632063
Prix : 20,90 €



Thomas Day sur la Yozone :
- un entretien avec Gilles Dumay
- « L’Automate de Nuremberg » version Une Heure-Lumière et Gallimard, Folio 2€
- « Dragon »
- « 7 Secondes pour devenir un aigle » (Le Bélial’)
- « Sympathies for the Devil » (Folio SF)
- « Du Sel sous les Paupières » (Folio SF)
- « La Cité des Crânes » (Le Bélial’)
- « Le Trône d’Ébène : Naissance, Vie et Mort de Chaka, roi des Zoulous » (Le Bélial’)
- « La Maison aux Fenêtres de Papier » (Folio SF)


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
15 mars 2026


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