Jo Walton se révèle une personne vraiment intéressante. Elle lit énormément, est amie avec Ada Palmer, est née au Pays de Galles, vit à Montréal et apprécie particulièrement la ville de Florence qui l’a inspirée plus d’une fois. Elle dit sans détours ce qu’elle pense de ses écrits et apparaît des plus sympathiques. Tout pour plaire, et ce n’est pas “Trois contes du crépuscule” qui dément ce constat.
Dans un petit village perdu dans la forêt en ce qui s’apparente le Moyen Âge, la magie s’invite à trois reprises. Le décor et l’ambiance sont très bien plantés et le lecteur se laisse bercer par ses trois histoires se succédant. Pas de grands effets, mais l’ensemble nous emporte sans faillir dans l’imaginaire merveilleux de Jo Walton.

Peter Watts n’œuvre pas dans le même registre. Iris s’inquiète pour sa santé. Difficile de ne pas être paranoïaque en ces temps de contagions diverses et variées. Quand elle décrit ses symptômes à une connaissance ou à un médecin virtuel, tant ceux en chair et en os sont rares, elle n’est pas prise au sérieux. Rapidement son cas n’est plus isolé... “Contraction d’Iris” peut sembler banal au début, Iris est affectée par le décès de sa mère, se sent moins bien, mais petit à petit, la situation sort de l’ordinaire. Et avec Peter Watts, cela peut aller très loin et atteindre les hautes sphères de l’imaginaire ! L’auteur se fait plus rare, ce qui est dommage tant ses récits relevant de la Hard Science sont stimulants et surprenants.
Thomas Gilson veut faire passer une loi qui ne plaît pas au service régulant les interactions entre les quatre univers parallèles connus. Il assure sa sécurité, car il sait que tout peut arriver, mais il ne s’attend pas forcément à la fin qui lui est réservée. Xavier Mauméjean présente un futur où il est possible de circuler entre plusieurs mondes parallèles, l’équilibre est fragile et chaque action doit être pesée pour ne pas affecter la Quaternité. Le contexte est intéressant et a de quoi donner le tournis quand on peut rencontrer ses vis-à-vis. Par son ultime révélation, la conclusion m’a moins convaincu, mais “Le ministère des coïncidences” fait tourner les méninges par les potentialités évoquées.
Ray Nayler surprend avec “L’affaire de la tour sanglante”. Une mort défiant la logique pousse le bey a requérir Qadir considéré comme un savant. Ce dernier est accompagné d’un assistant qu’il vient de sauver de la mort. Dans une culture orientale, voilà une histoire qui rappelle celles de Sherlock Holmes. C’est voulu, l’auteur le revendique et le résultat est réussi. Le contexte étranger s’avère d’emblée dépaysant, mais le déroulement relève du policier s’attachant à relever des indices, à raisonner sur ces derniers pour en tirer des conclusions pouvant mener à la résolution de cette mort mystérieuse. Bien sûr, les faits peuvent défier la raison. Ce récit introduit très bien le contexte et les personnages, et il y a de grandes chances que l’auteur y revienne pour le plus grand plaisir des lecteurs séduits par l’exotisme de cette nouvelle.
“L’énergie venue du soleil”, voilà un thème propice à l’esprit scientifique de Roland Lehoucq. Il ne revient pas sur les sphères de Dyson, mais le sujet n’en est pas moins riche en développements et en alertes sur les dérives que l’esprit humain tourné vers le profit peut en dégager.
Renaud Layet, le libraire de Série B à Toulouse, est interviewé. Il montre qu’une petite structure spécialisée (policier et Imaginaire) est viable, même entre deux mastodontes généralistes du secteur.
Presque quarante pages de chroniques émaillent ce numéro et comment passer à côté de la rubrique “Anthos à gogos” sur les revues et anthologies signé du regretté Philippe Boulier (1970-2026), sans avoir une pensée pour ses proches
« Bifrost » publie aussi une tribune d’Emet North : “L’imaginaire trans dans l’Amérique de Trump”. Il y évoque la chasse aux sorcières menée par le pouvoir contre les LGBTQIA+. Un texte qui remue pour le moins.
Le Prix des lecteurs de Bifrost 2025 a rendu son verdict : pour leurs premières publications dans « Bifrost », Mina Jacobson et Suzanne Palmer ont respectivement remporté les catégories nouvelles francophone et étrangère.
Un « Bifrost » riche en contenu qui fait la part belle aux nouvelles et donne incontestablement envie de lire Jo Walton. Un très beau numéro.
Titre : Bifrost
Numéro : 121
Rédacteur en chef : Olivier Girard
Couverture : Florence Magnin
Illustrations intérieures : Nicolas Fructus, Matthieu Ripoche et Afif Khaled
Traductions : Gilles Goullet (Contraction d’Iris), Apophis (Trois contes du crépuscule) et Henry-Luc Planchat et Olivier Girard (L’affaire de la tour sanglante)
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, nouvelles, entretien, etc.
Sites Internet : le numéro 121, la revue (Bifrost) et l’éditeur (Le Bélial’)
Dépôt légal : janvier 2026
ISBN : 9782381632049
Dimensions (en cm) : 15 x 21
Pages : 192
Prix : 11,90€
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