Ce 7e tome est beaucoup plus calme que le précédent, sans grand événement politique majeur. On y retrouve les recettes habituelles de l’auteur, bien menées : de petites enquêtes pas si anecdotiques que cela, d’autres qui trouveront leurs réponses plus tard. Le cœur de l’intrigue, si j’ose dire, sera cette fois un tournoi de go.
Le stratège Lacan, veuf de la mère de Mao Mao qui l’égalait au go, a publié un recueil de parties commentées. Contrairement à ce qu’en pense Mao Mao (à qui il en a fait livrer un stock), l’ouvrage devient un succès car les joueurs sont nombreux, et le talent du stratège reconnu. Au point que Lahan, jamais à court de bonnes idées pour faire de l’argent (et renflouer les comptes familiaux) décide d’organiser un tournoi en ville. Jinshi, qui souhaite extorquer une faveur au stratège, intrigue pour lui obtenir un lieu adapté et, on le devine, l’affronter, puisque quiconque battra Lacan, 2e meilleur joueur de go après le maître de l’Empereur, obtiendra la faveur de son choix. Jinshi, joueur moyen, est cependant plein de ruse et près à quelques filouteries pour l’emporter.
En toile de fond, le vin étranger semble inondé les rues de la capitale. Sa faible acidité intrigue Mao Mao mais surtout le prince de la lune, et une affaire criminelle va attirer leur attention sur les conséquences imprévues de la première enquête de Mao Mao : l’interdiction du fard au plomb a créé un nouveau débouché pour ce produit hautement toxique. Il est agréable de lire que l’auteur, loin d’enchainer les anecdotes sans conséquences, parvient à rebondir avec des conséquences aussi imprévues que très logiques des choix politiques effectués par Jinshi.
Le tome est encadré par deux chapitres concernant Gyokuyo, la nouvelle impératrice, et annonçant l’arrivée d’un nouvel antagoniste, son demi-frère aîné. Cela reste encore nébuleux.
On avait aussi parlé de grillons dans le tome précédent, l’affaire se poursuit l’espace de quelques chapitres, mais nous laisse encore sans réponse claire.
L’entourage de Jinshi s’agrandit encore, avec l’arrivée de la fille aînée de Gaoshun, Mamei, jeune femme forte qui remet au pas les fonctionnaires impériaux, et Baylo, le frère cadet souffreteux mais très bon bureaucrate. On notera que l’auteur rechigne toujours à nommer ses nouveaux personnages secondaires : il faut parfois une page, voire un chapitre, avant qu’on apprenne leur nom, comme si la propension du stratège à ne pas reconnaître les gens, ou le peu d’intérêt que Mao Mao porte à certains, déteignait sur son écriture, alors que nous sommes en focalisation zéro.
J’avais trouvé le tome précédent mieux écrit, hélas c’était sans doute une sensation infondée : on revient ici à un abus des périphrases pour ne pas nommer les personnages ("le stratège", "l’excentrique", "l’hurluberlu", "la fille de bonne famille", et bien sûr "l’apothicaire"). Quelques passages demandent parfois une seconde lecture pour bien comprendre qui dit ou fait quoi, comme les dialogues à bâtons rompus sans incises. Retour du côté feuilletonnesque ou attention davantage portée au lectorat, alors que dans les premiers tomes il fallait parfois prendre des notes pour comprendre à quoi renvoyait une allusion sibylline, désormais l’auteur n’hésite pas à répéter les plans, complots, décisions prises 2-3 chapitres plus tôt : on passe d’un extrême à l’autre, à un niveau presque infantilisant. Paradoxal, alors que l’action et l’intrigue s’adressent de plus en plus clairement à un public averti.
Le dernier chapitre, à ce titre, alterne l’explicite et l’implicite, mais marque, pour le coup, une évolution nette, actée mais non-dite, de la relation entre les deux personnages principaux.
Encore une fois, cela ce lit tout seul, sans effort ni déplaisir. Le mélange de comédie, de romance, de drame et de mystère est toujours bien dosé. Sans produire de la haute littérature, l’auteur n’en montre pas moins de grandes qualités de constructeur d’intrigue, et cela suffit à nous tenir en haleine pour encore un bon moment.
Titre : Les carnets de l’apothicaire (kusuriya no hitorigoto 8, 2019)
Série : tome 7
Auteur : Natsu Hyuuga
Traduction du japonais (Japon) : Mathilde Gaillard-Morisaka
Couverture et illustrations intérieures : Touko Shino
Éditeur : Lumen
Site Internet : (Instagram éditeur)
Pages : 346
Format (en cm) : 23 x 14 x 5
Dépôt légal : février 2026
ISBN : 9782371025219
Prix : 17 €
Tome 1
Tome 2
Tome 3
Tome 4
Tome 5
Tome 6
Tome 7