Chargement...
YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Espèce en voie de disparition (Une)
Lavie Tidhar
Le Bélial’, Une Heure-Lumière, n°62, court roman traduit de l’anglais, Uchronie, 112 pages, janvier 2026, 11,90€

Dans les années 1950, Gunther Sloam arrive à Londres. Une de ses anciennes compagnes, l’actrice Ulla Blau, l’a appelé à l’aide. Son départ sur le front de l’est les a séparés, mais il n’a jamais pu l’oublier. Aussi, dès qu’il le peut répond-il à sa demande, espérant de belles et chaudes retrouvailles. Rapidement Gunther déchante et il n’est pas au bout des mauvaise surprises, surtout quand il identifie son ancien amour à la morgue.



Et la SF dans tout ça ? me direz-vous. Ce que néglige le bref aperçu n’est autre que le fait que l’Allemagne a remporté la seconde guerre mondiale. L’Angleterre, la Terre entière sont maintenant sous le drapeau nazi. Il suffit de voir en couverture Big Ben arborant la croix gammée pour le comprendre. Lavie Tidhar ne s’étale pas outre mesure sur le pourquoi, même si des indices sont disséminés au fil du texte (par exemple, l’Allemagne s’est dotée de la bombe atomique dont le largage a fait plier les Américains).
Gunther est un scénariste du cinéma allemand, il débarque dans une Londres en partie détruite et est accueilli par la Gestapo locale. C’est d’ailleurs un de ses membres, Tom Everly, qui raconte le récit, s’accrochant aux faits et gestes de Gunther qui est sous une surveillance constante. Ce dernier s’étonne de trouver des Anglais dans la Gestapo locale, d’autant qu’ils ne sont pas en reste en terme de méthodes avec la Gestapo allemande. Heureusement que sa condition de citoyen allemand et de héros de guerre (il était dans les troupes qui ont envahi la Russie) le tire de plus d’un mauvais pas, notamment lui évite de finir lesté au fond de la Tamise.
Gunther était plein d’espoir, pensant retrouver tel un chevalier servant son ancien amour et la sauver du malheur. L’assassinat d’Ulla Blau qui le prive de cette alternative le pousse à faire fi de tous les dangers, à remuer le milieu louche londonien pour trouver le coupable, ce qui est loin d’être gagné. Le tenace Gunther a-t-il intérêt à poursuivre ainsi sa quête désespérée et ce, en ignorant les avertissements d’Everly le poussant à prendre l’avion de retour pour Berlin ? Gunther ressemble à un chien dans un jeu de quilles, il s’agite, fait du bruit, dérange du monde, ce qui en arrange d’autres.

« Une espèce en voie de disparition » se lit d’une traite, Lavie Tidhar nous immerge sans faute dans son Londres uchronique. Une fois la situation installée, il déploie les codes du roman noir avec Gunther se débattant dans les milieux louches, interrogeant pour creuser toujours plus profond dans la fange, rencontrant des femmes fatales, laissant des cadavres derrière lui. C’est intéressant de voir que la Gestapo locale fait appel aux autochtones et que c’est un Allemand qui a maille à partir avec les Anglais en plein IIIè Reich. Lavie Tidhar inverse la situation et le titre fait référence à la toute fin de cette novella dans un ultime retournement.
Roman noir uchronique, « Une espèce en voie de disparition » séduit par sa facilité à rentrer dans l’histoire et le contexte, ainsi que par le parti pris de narrer l’histoire du point de vue d’un membre de la Gestapo, ce qui n’est pas sans surprises.
Lavie Tidhar est un auteur qui gagne à être connu, ce que prouve amplement ce nouveau bon titre de la collection Une Heure-Lumière.

JPEG - 133.3 ko

Titre : Une espèce en voie de disparition (The Vanishing Kind, 2018)
Auteur : Lavie Tidhar
Traduction de l’anglais : Julien Bétan
Couverture et conception graphique : Aurélien Police
Éditeur : Le Bélial’
Collection : Une Heure-Lumière
Numérotation dans la collection : 62
Directeur de collection : Olivier Girard
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 112
Format (en cm) : 12 x 18
Dépôt légal : janvier 2026
ISBN : 9782381632025
Prix : 11,90 €


Derniers titres de la collection chroniqués :
- 51. « La marche funèbre des marionnettes » d’Adam-Troy Castro
- 52. « Kid Wolf et Kraken Boy » de Sam J. Miller
- 53. « L’automate de Nuremberg » de Thomas Day
- 54. « Les fils enchevêtrés des marionnettes » d’Adam-Troy Castro
- 55. « Les armées de ceux que j’aime » de Ken Liu
- 56. « As-tu mérité tes yeux ? » de Eric LaRocca
- 57. « L’inversion de Polyphème » de Serge Lehman
- 58. « Défense d’extinction » de Ray Nayler
- 59. « À lire à ton réveil » de Robert Jackson Bennett
- 60. « Voile vers Byzance » de Robert Silverberg
- 61. « Cuirassés » d’Adrian Tchaikovsky

Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
19 février 2026


JPEG - 47.5 ko



Chargement...
WebAnalytics