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Galaxies n°93 (Nouvelle Série)
Directeur de publication : Pierre Gévart
Revue, n°93, SF - nouvelles - articles - critiques, janvier 2026, 192 pages, 12€

“Becky Chambers et le Solarpunk”, voilà qui sent bon la SF bienveillante, des lendemains positifs et plus responsables, bref de l’optimisme.



Becky Chambers est notamment connue pour son cycle des « Voyageurs » et « Histoires de moine et de robot », tous disponibles chez L’Atalante. Jean-Guillaume Lanuque présente l’auteure, puis dresse une bibliographie. Dans l’entretien datant de 2021, on apprend que son premier roman « L’espace d’un an » est tout d’abord paru dans le cadre d’un financement participatif, avant d’être remarqué et repris par un éditeur traditionnel. C’est le début d’une belle histoire. Lucie Chenu décortique justement le cycle des « Voyageurs » (« L’espace d’un an », « Libration », « Archives de l’exode » et « La galaxie vue du sol ») émaillé de thèmes récurrents. Dounia Charaf traite plus précisément de la science dans la novella « Apprendre si par bonheur » et chronique le recueil de nouvelles « Une très bonne hérétique », dont “Dernier contact” aurait pu être une fin alternative à la novella. Quant à François Manson, il analyse les deux courts romans « Un psaume pour les recyclés sauvages » et « Une prière pour les cimes timides », tous deux disponibles en un volume sous le titre « Histoires de moine et de robot ». Marie Sugers est la traductrice des œuvres de Becky Chambers ; dans un entretien elle explique ce qui lui plaît chez l’auteure, les difficultés rencontrées...
Ses œuvres relèvent clairement de la SF positive, elles oscillent entre le Hopepunk (« Les voyageurs ») et le Solarpunk (« Histoires de moine et de robot »). Le bien vivre ensemble, les relations inter-espèces, la volonté d’éviter les conflits, la bienveillance, sans faire fi des violences inhérentes à l’espèce humaine, l’espérance en un avenir meilleur émaillent entre autre ses écrits. C’est un genre qui peut montrer ses limites comme dans « Libration », un roman que j’ai trouvé les trois quarts du temps soporifique.
Dans la nouvelle “La route vers la mer” (“La route de l’océan” dans le sommaire !) de Lavie Tidhar, il ne se passe quasi rien, une impression contemplative s’en dégage et, une fois finie, dire de quoi cela parlait vraiment tient de la gageure. J’avoue que c’est souvent ce que je ressens à la lecture de certaines novellas ou nouvelles relevant du Solarpunk ou du Hopepunk. Une lecture ne laissant pas d’autre souvenir que l’impression d’avoir perdu son temps.
En conclusion du dossier, Jean-Guillaume Lanuque s’interroge sur le “Solarpunk : un autre avenir est-il possible ?” Il appuie sa démonstration sur cinq parutions françaises relevant du genre.
Il faut reconnaître que Becky Chambers mérite amplement la lecture par cette voix optimiste qu’elle apporte, par ses thématiques d’ouverture vers autrui quel que soit son sexe, ses origines.

Avec “Inaliénable”, M. Lagune a remporté le Prix le Bussy d’argent 2025. Dans un paquebot orbital, la bagagiste Elenn voit l’opportunité d’aider son peuple exploité sur une planète riche en ressources minières. Personnage atypique et courageuse qui essuie les quolibets de ses collègues, développements cocasses, thématiques de fond intéressantes, une nouvelle vraiment plaisante à lire.

En fin d’ouvrage, « Galaxies » rend hommage à deux grands noms de la Science-Fiction francophone disparus en fin d’année dernière : Pierre Bordage et Jean-Louis Trudel. Une nouvelle de ce dernier figure justement au sommaire : “Les réfectoires de la pluralité”. Des aliens vivraient-ils parmi les humains, se mélangeant à la population sans que personne ne s’en rende compte ? Dans un contexte intrigant, l’auteur développe cette interrogation, traitant entre autres de la manipulation des masses, des œillères que certains peuvent arborer pour nier l’évidence, préférant la facilité. Un beau texte traité sous un angle original.

Deux auteurs abordent l’art dans leur texte. Jean-Michel Calvez nous invite à une exposition où les femmes sont au cœur de tableaux vivants. Lysanne apparait dans “Le festin de l’araignée”. Elle décrit sa performance, parle de ses collègues. Tout le public n’accepte pas cette forme d’art... Cette nouvelle est fascinante, aussi bien par l’art décrit que par son développement où la technique peut se retourner contre son créateur et ses modèles. Superbe !
Dans le cadre des “Lettres d’Ukraine”, Olena Krasnoselska évoque la première forme d’art conçue dans l’idée qu’elle soit contemplée dans l’espace. Une visiteuse de cette galerie sur Pluton partage ses sensations. “Les ailes” n’est pas aisée à appréhender, mais véhicule de belles images, montre le pouvoir de l’art dans l’esprit de celui qui le regarde, l’interprétant à sa manière. Il s’agit à chaque fois d’une expérience. Une nouvelle intrigante et qui interpelle le lecteur.

Dernier texte au programme : “Pourquoi Singapour ?” Un auteur de SF qui a fait son temps est contacté par une grande firme. Un texte ancien a attiré leur attention et ses dirigeants veulent l’employer pour mettre son talent de prospective à leur service pendant quelques mois. Il a du mal à y croire et pourtant la proposition tient la route, aussi l’accepte-t-il. Alain Grousset régale avec ce texte qui s’apparente à un conte de fées, tant l’histoire est belle pour cet auteur. Quel est le fin mot ? Un texte vraiment bien trouvé à savourer.

Didier Reboussin accoste dans sa “Croisière au long du Fleuve” au port : Hugues Douriaux. Il est toujours intéressant de voir ainsi d’anciens auteurs remis en avant. Dans “Sous le scalpel...” Pierre Stolze évoque notamment la SF des débuts, celle que certains comme le regretté Jean-Pierre Moumon (Laigle), Jean-Luc Buard se battent pour sortir de l’oubli. Il est dommage que ces tentatives ne soient pas forcément accessibles. Et de nombreuses chroniques d’ouvrages, de bandes dessinées et de films concluent ce numéro.

La couverture signée Luc Schuiten est magnifique et elle convient parfaitement au dossier de ce numéro consacré à Becky Chambers et au Solarpunk. Le dossier est intéressant et riche en enseignements ; quant aux nouvelles, le plaisir de lecture est comblé.
« Galaxies 93 », un très beau numéro !

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Titre : Galaxies Nouvelle Série
Numéro : 93 (135 dans l’ancienne numérotation)
Directeur de publication : Pierre Gévart
Couverture : Luc Schuiten
Traductions : Sofia Berkovska (Les ailes) et fredgev (La route vers la mer)
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, entretiens...
Site Internet : Galaxies
Dépôt légal : janvier 2026
ISSN : 1270-2382
N° ISBN : 9782376252443
Dimensions (en cm) : 13,5 x 21
Pages : 192
Prix : 12 €


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
16 février 2026


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