Avec “Polygone”, Antoine Pédron, homme-orchestre qui signe le scénario, les illustrations et la colorisation, nous livre un splendide album qui est autant une réflexion sur les effets délétères de la crise climatique, sur la survie en mode autonome qu’ils impliquent, qu’une belle histoire de famille.
Le géant de fer

Dans un avenir vague, le lecteur suit la vie d’une famille installée dans la campagne. On devine les effets de la crise climatique – tempêtes, canicules – mais tout ce petit monde vit en relative autonomie. L’un des garçons de la fratrie, Loé, est féru de bricolage et rêve d’une ville futuriste. Sa vie bascule le jour où il découvre le corps d’un robot géant échoué dans les marais voisins. Très endommagé, Ari – diminutif du modèle Aristillus – n’est pas capable de se déplacer. Qu’à cela ne tienne, Loé met toute son ingéniosité au service de sa réparation. C’est sans compter sur la jalousie de son frère Bo et l’inquiétude de sa mère, qui cache dans son passé un terrible secret…

La relation entre Loé et ce robot débonnaire évoque forcément le dessin animé « Le Géant de fer », mais la réflexion proposée vise surtout notre rapport à la technologie : le robot géant devient alors la métaphore du techno-solutionnisme, ou comment la programmation, y compris celle des IA, reproduit nos propres biais. Visuellement, le sens du détail d’Antoine Pédron est à saluer (il suffit de savourer les moindres recoins de la demeure familiale pour s’en convaincre). Quant aux couleurs, elles privilégient les teintes chaudes pour un rendu proche de celui de l’excellent album de Jérémy Perrodeau, “Le Visage de Pavil”. On est ici dans du solarpunk de belle qualité, “Polygone” ayant d’ailleurs fait l’objet d’une traduction en anglais, un signe qui ne trompe pas !
Polygone
Scénario : Antoine Pédron
Dessin : Antoine Pédron
Couleurs : Antoine Pédron
Éditeur : Dargaud
Collection : Combo
Pagination : 184 pages couleurs
Format : 19.9 x 26,8 cm
Date de parution : 12 septembre 2025
Numéro ISBN : 782205208245
Prix public : 21,50 €
Critique par Jean-Guillaume Lanuque
(Critique publiée dans le n°93 de janvier 2026 de la revue française Galaxies, consacrée à la science-fiction.)
Mise en page illustrée par Fabrice Leduc
Illustrations © Antoine Pédron et Éditions Dargaud (2025)