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Au-delà de la rivière noire
Robert E. Howard
Bragelonne, traduit de l’anglais (États-Unis), héroïc-fantasy épique et autres, 693 pages, janvier 2026, 12,90 €


C’est à travers les plusieurs dizaines de volumes de Robert E. Howard traduits par François Truchaud et publiés aux Nouvelles Éditions Oswald, depuis « Le Pacte noir » (1979) jusqu’à « La Tombe du dragon » (1990) – et non pas, comme le prétend Patrice Louinet dans sa préface, à l’occasion de sa propre série de retraductions à partir des années 2007 – que l’on a pu prendre en France la pleine mesure d’une œuvre mal connue et souvent réduite à la caricature d’un Conan le Barbare de bandes dessinées médiocres, archétype raillé par Pierre Pelot dans sa série de romans « Konnar le Barbant » ou par Coucho et Pailler dans « Déconan le Barbaresque » publié à l’origine dans le journal Pilote. Que Howard – tout comme H.P. Lovercraft ou Clark Ashton Smith – ait été un auteur de « pulps », nul ne saurait le nier. Pourtant, il a su construire comme eux, en marge de textes purement commerciaux, une œuvre littéraire à part, qui depuis les années trente, aura marqué des générations de lecteurs. Une “patte ” singulière, une appétence pour l’Histoire, une facilité à passer d’un contexte historique à un autre, une aisance à brosser en peu de lignes un tableau, une situation, un personnage, et surtout à donner un souffle épique aux quêtes et aux combats sont quelques-uns des aspects de son œuvre. Un souffle épique dont cherche à témoigner “Au-delà de la rivière Noire”, recueil de dix textes comprenant une nouvelle inédite.

« Une vague écarlate déferla dans la grande salle du skalli, une tempête meurtrière qui fracassa les tables, brisa les bancs, arracha les rideaux et les trophées suspendus aux murs, et macula le sol d’une mare rouge. »

Barbares des temps reculés, Pictes, Normands, Saxons, Vikings, chevaliers de l’époque des croisades : c’est un vaste panorama de lieux et d’époque qui se déploie ici sous le plume de Robert E. Howard. Nous ne chroniquerons pas ici l’ensemble de ces textes qui, après de nombreuses éditions, ont déjà été abondamment commentés. Avec “Les Clous rouges” et “Au-delà de la rivière Noire”, on a deux des meilleurs récits mettant en scène le personnage de Conan. “L’Homme noir” est marqué par la présence de Turlogh le Noir, alias Turlogh O’Brien. Dans “Les Faucons d’Outremer”, ce sera Cormac Fitzgeoffroy et dans “Les Rois de la nuit”, le terrible Bran Mak Morn. “L’Ombre du Vautour” met en scène au seizième siècle l’allemand Gottfried von Kalmbach, un personnage dévoyé qui ne sera pas récurrent comme la plupart des héros de Howard, mais qui rencontre une certaine Sonya la Rousse, alias Sonya la Rouge – qui, elle, reviendra plus d’une fois, et prendre place dans la galerie des héroïnes howardiennes, parmi lesquelles on pourra citer Agnès de Chastillon. Dans “Les Cavaliers de la tempête” (également connue sous le titre « Les Cavaliers de l’Armagueddon », dans le recueil « Sonya la Rouge » aux Nouvelles Éditions Oswald) on découvre Cahal le Rouge et l’Orient au temps des Croisades, une bataille échevelée, et un final très, très crépusculaire. Quant au sujet des “ Guerriers du Valhalla”, aventure pleine de bruit et de fureur, l’un des récits de réincarnation du contemporain James Allison, ici projeté dans un de ses lointains passés, le lecteur pourra se rapporter à notre chronique des « Dieux de Bal Sagoth »

« Des volutes de fumée bleue s’élevaient des canons de ses armes, formant un voile vaporeux à travers lequel son sombre visage apparaissait, impassible et implacable, tel celui d’une statue de granit, mais ses yeux flamboyaient. »

Pour ce qui est des “ Vautours de Wahpeton”, on n’est pas vraiment dans l’épique, et on arrive dans le domaine du western où Howard a rarement été au niveau de ses récits consacrés à des époques plus anciennes, mais un inédit de l’auteur, qui plus est long de près d’une centaine de pages, ne pouvait que susciter la curiosité. Lorsqu’un as de la gâchette est recruté pour aider le shérif Middleton à faire régner la loi dans une bourgade de chercheurs d’or, il se trouve confronté à une situation inextricable. Entre les Vautours, qui assassinent sans vergogne les mineurs pour s’emparer de leur or, et qui partout se promènent à visage découvert car on ignore qui ils sont, et les Vigilants du colonel Hopkins désireux de faire cesser de telles exactions, la situation pourrait apparaître limpide. Mais qui fait vraiment partie de quel groupe, de qui peut-on être sûr, qui joue franc jeu, qui joue double jeu ? Le shérif Middleton et son adjoint Mc Nab sont-ils eux-mêmes irréprochables ? La fièvre de l’or : une grande thématique de la légende de l’Ouest américain, et un univers où l’on échange plus souvent des balles que des pensées philosophiques. Des dialogues parfois trop théâtraux et explicatifs et une fin quelque peu tronquée desservent ce tumulueux récit marqué par l’odeur du sang et de la poudre, par le sifflement des balles et les morts violentes.

« Mais, pour ceux qui le trouvaient, l’or devenait souvent un poids doré pendant à leur cou, les entraînant vers une mort sanglante. Invisibles, inconnus, avançant à pas furtifs, les loups humains rôdaient parmi eux, désignant infailliblement leur proie, frappant dans l’ombre. »

« Au-delà de la rivière noire et autres récits épiques » est le premier d’une série de trois recueils destinés à mettre en lumière les talents de Robert E. Howard. Avec près de sept cents pages, avec une introduction et une “Note sur l’origine des textes” en guise de postface, et sous une très belle couverture à l’ancienne de Stéphane Collignon, le lecteur en aura largement pour son argent. “L’épique, chez Howard”, explique Patrice Louinet, “ce n’est pas tant la grande aventure que coucher sur le papier les convulsions d’un monde en proie à la folie et à un sort destructeur. » Il y a en effet souvent chez Howard quelque chose d’intensément crépusculaire, et l’on retrouve ici, à travers quelques grands héros howardiens, les destins des homme profilés sur l’effondrement des empires, sur cette fragilité civilisationnelle que l’on trouvera encore dans d’autres grands textes de Howard comme ceux mettant en scène Kull, le roi barbare.

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Titre : Au-delà de la rivière noire et autres récits épiques
Auteur : Robert E. Howard
Série : Le meilleur de Robert E. Howard T. 1
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Patrice Louinet
Couverture : Stéphane Collignon
Éditeur : Bragelonne
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 693
Format (en cm) : 11 x 17,7
Dépôt légal : janvier 2026
ISBN : 9791028137540
Prix : 12,90 €


Robert E. Howard sur la Yozone :

- « Les Dieux de Bal Sagoth »
- « Le Royaume des chimères »
- « Conan le Texan », essai de Simon Sanahujas
- Tout Conan au Livre de Poche
- Solomon Kane au Livre de Poche



Hilaire Alrune
15 janvier 2026


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