Dans ce second tome, on suit toujours nos personnages, et la tension mont d’un cran. Alouette, avec Mikane, sa mère blessée et Martin l’Aylish tentent de rejoindre la capitale. Trouver de l’aide dans les villages s’avère impossible : les inquisiteurs les traquent avec des Sirènes. Alouette obtient des provisions d’une ancienne amie de sa mère, qui vit dans la peur de son mari et des dénonciations d’autres villageois. Le groupe parvient à s’échapper en délivrant la Sirène, et se réfugie auprès des rebelles du Greensward, plus nombreux que le pouvoir le croit. L’autrice rend très bien l’ambiance pesante dans le village, cette atmosphère de suspicion générale, comme sous l’Occupation, où les enfants endoctrinés deviennent eux aussi un danger pour les parents résistants. Le retournement de la Sirène est aussi un message d’espoir : ceux qui travaillent pour l’ennemi sous la contrainte et la peur peuvent encore reprendre leur liberté. Bel la jeune femme traumatisée, humiliée par son inquisiteur, ne se laisse pas apprivoiser facilement mais retrouve confiance en l’Autre grâce à Alouette et Martin.
Du côté de Rossignol, ce sont les montagnes russes. Elle qui pensait parvenir à guider lady Swan pour défendre les Torches et sauver les Crysalides déchante : l’égérie de Brightland ne s’est pas remise du meurtre de Pérégrine, et alterne entre remords profond et sincère et crises d’autoritarisme, d’autant que Kite ne lui a pas (ô surprise) donné la place promise au Conseil. La jeune femme, déjà assez perturbée, refuse de se faire manipuler par sa petite Torche cachée, et en ces temps troublés, elle se met à jouer sa propre partition. Un jeu dangereux avec beaucoup d’improvisation. Elle n’hésite pas à utiliser son image et ce qui lui reste d’influence auprès de Kite pour écarter d’autres requins au Conseil. Tandis que Rossignol se referme sur elle-même, déterminée à sauver sa mentoresse changée en Crysalide, Swan prend son envol sur fond de déclaration de guerre. Les chapitres consacrées à ces deux-là sont oppressants, et on craint pour leur vie à chacune de leurs décisions.
La nouveauté vient donc d’une nouvelle Voix, Petra. L’autrice lui donne un peu plus de place en début d’ouvrage, pour aiguiser notre curiosité quant à cette troisième faction qui va entrer en jeu. Au travers du journal d’expédition de la jeune fille, on découvre donc qu’elle voyage à bord d’une sorte d’aéronef, depuis l’autre côté du globe, qu’elle fait partie d’une civilisation bien plus avancée, où les Torches forment la caste dirigeante... et les humains sont esclaves, ou quasi. Au fil des chapitres, on découvre que ses parents sont peu progressistes, que l’amiral qui commande est bien réac, que son fils (à qui Petra est plus ou moins fiancée de force) est un gros... mec bien conscient de son rang et de ses droits, notamment de violer les jeunes esclaves (qui font aussi mères porteuses), et de mansplanner toutes les femmes du vaisseau. La ficelle est presque grossière, elle a le mérite de ne pas laisser les lecteurs dans l’incertitude. Elle montre que la position bienveillante de l’Ayland, le choix de vivre en harmonie, n’est pas une évidence, puisque eux dominent et oppriment les humains comme les humains oppriment les Torches dans le Brightland.
Le récit avance, grâce aux actes de nos héros, vers de multiples confrontations, qu’elles soient guerrières ou sociétales. Certains personnages se retrouvent (Rye et Piper) pour juste ce qu’il faut de mélodrame, ajoutant les sentiments personnels au stress du conflit qui menace d’exploser.
Je n’ai pas parlé de Wren, une troisième épouse qui s’est enfuie et croise le chemin de Rye, qui permet de parler de transgenre. Le traumatisme vécu est fort, mais c’est dit à mots couverts, avec délicatesse.
Cela permet aussi de cocher une case supplémentaire dans les sujets abordés par cette fiction taillée, on le rappelle, pour une déclinaison grand public en série TV. Et au risque de me répéter avec la chronique du tome précédent, tout cela est fait avec métier, peut-être trop ? : les scènes attendues sont là, les personnages évoluent dans "le bon sens" (Piper ne devient pas un fanatique en refoulant son homosexualité, au contraire il s’assume et est prêt à en payer le prix) grâce à des compagnons qui réagissent avec eux. Swan apporte une sorte d’instabilité, de folie (auto-)destructrice, de chaos dans une histoire qu’on devine, qu’on espère voir bien finir. Tout cela est bien fait, donne toujours envie de lire un chapitre de plus, même si les plus chevronnés n’y trouveront jamais le rebondissement réellement surprenant qui ferait sortir l’intrigue du sillon habituel.
Bref, ça se dévore, on a hâte de le voir à l’écran, mais cela reste à mon goût (de "vieux" lecteur) encore et toujours la même trame remise sur le métier, avec des couleurs à la mode actuelle certes, mais dans la masse des romans jeunesse publiés actuellement, je ne sais pas si cette « Trilogie des Torches » brillera davantage ni pour combien de temps. Je revoyais dans mes étagères la trilogie des « Puissants » de Vic James, et malgré son prix Utopiales Jeunesse en 2018, cette histoire qui brasse les mêmes thèmes avec autant de force n’a quasi plus d’existence éditoriale aujourd’hui (pas même un tirage poche). Récemment, la sortie du film « Uglies » sur Netflix n’a pas provoqué de réédition de la quadrilogie de Scott Westerfeld... qui a bientôt 20 ans. Il est donc de plus en plus difficile de devenir un classique de l’Imaginaire jeunesse, et on espère que la déclinaison TV de la « Trilogie des Torches » pourra l’y aider.
Comme pour le premier tome, La Martinière l’a décliné en collector, avec couverture rigide et jaspage du plus bel effet, pour quelques euros de plus.
Titre : Torchfire (torchfire, 2025)
Série : La trilogie des Torches, livre 2/3
Autrice : Moira Buffini
Traduction de l’anglais (Royaume-Uni) : Thomas Leclere
Couverture : David Wyatt
Éditeur : La Martinière Jeunesse
Collection : Fictions
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 572
Format (en cm) : 21,5 x 14,5 x 4
Dépôt légal : novembre 2025
ISBN : 9791040117605 / 9791040121664 (collector jaspé)
Prix : 21 € / 25 €