Suite à une catastrophe au CERN, la Suisse recrute de force les plus vieux pensionnaires de ses maisons de retraite. Condition : avoir dépassé les 115 ans ! Mission : sauver le monde, rien de moins ! Avec son déroulement improbable et bien sûr comique ponctué de nombreux morceaux d’anthologie, ses jeux de mots et son inventivité, “La zone du dedans” peut se lire et se relire sans rien perdre de sa force, le plaisir reste intact à chaque fois. La destination est connue mais le chemin toujours aussi agréable à parcourir.
Après cette belle entame, place aux lauréats de cette édition.
À la troisième place, Bao Dang présente un homme persuadé qu’il est le dernier être vivant, que tout le reste de l’humanité a été remplacé par des robots. Il lutte avec ses moyens et est attrapé par ses ennemis. Il ne se laisse pas tromper par leur apparence des plus humaines, ni par leurs bons sentiments, décidé à éradiquer “Les Grille-pains”, comme il les appelle. Le lecteur reste longtemps dans l’expectative : paranoïa ou réalité ? Parfois, la situation s’avère plus compliquée et l’auteur interpelle sur des notions telles que la confiance, le respect, le pardon, la valeur d’une vie... avec un final bien trouvé.
Seconde au classement : Anne Goulard avec “The Chicken Wing Syndrom”. Le titre décrit bien ce qui arrive aux humains : des excroissances à l’allure d’ailes de poulet déplumé leur poussent dans le dos. Les exposer en public relève de la pire obscénité. Un couple se déchire à leur sujet, Samh’ar et Ysaël se quittent. Lui ne peut les accepter, alors qu’elle fait avec. Ces appendices divisent la société, créent de nouvelles sources de conflit et de rejet. Cette malédiction doit-elle être considérée comme telle ou faut-il s’en emparer, l’apprivoiser pour en faire une force ? C’est peut-être le seul moyen pour Samh’ar et Ysaël de se retrouver. L’idée de départ s’avère pour le moins étonnante, mais elle est riche en potentialités. L’auteure s’en empare très bien et raconte l’histoire du couple d’une manière originale et qui fonctionne très bien.
Sur la plus haute marche du podium : Ann Carré suit Renard dans la Forêt Rouge. Son pelage fonce, tend vers le noir, aussi décide-t-il de se rendre dans la Forêt Noire, ce que ne peut accepter son ombre qui n’existerait plus alors. Il consulte les autres habitants de la Forêt Rouge pour prendre sa décision finale. Quel beau texte ! Très philosophique mais dans le bon sens du terme, empli d’enseignements à travers les échanges entre animaux ou entre Renard et des végétaux, “D’ombre et de fourrure” s’avère une pépite sur laquelle méditer. Ann Carré livre là un conte animalier aux protagonistes attachants et innocents qui ne s’oublie pas.
L’édition 2025 du concours Visions du futur a livré son verdict et les lecteurs ne peuvent qu’être satisfaits du résultat avec trois textes forts et très différents. Cerise sur le gâteau : la reprise de “La zone du dedans” de Bruno Pochesci, un hommage bienvenu.
Et pour finir, les quatre thèmes de l’édition 2026. À vos claviers !

Titre : AOC
Numéro : 78
Directrice de publication : Evelyne Beuzit
Rédactrice en chef : Agathe Tournois
Couverture : Jean Walter
Illustrations intérieures : NellJob, Yohan Vasse, Marthe Machorowski et Stéphanie Peltier
Type : fanzine
Genre : Science-fiction, fantasy, fantastique
Site Internet : le club Présences d’Esprits
Période : automne 2025
Périodicité : trimestrielle
ISSN : 1772-3442
Dimensions (en cm) : 13 x 20
Pages : 92
Prix : 4 €
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