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Derniers maillons (Les)
Boris Quercia
Pocket, n° 7389, traduit de l’espagnol (Chili), science-fiction, 178 pages, octobre 2025, 8,10 €


Après « Les Rêves qui nous restent », Boris Quercia revient à la science-fiction, toujours dans le domaine de la dystopie, pour un récit plus âpre encore, plus tragique et plus noir. Dans un futur totalitaire sans doute inspiré par la dramatique histoire de son pays, le réalisateur et romancier chilien imagine une société de contrôle où le dernier espoir des libertaires repose sur un artefact, le Neuron, à la fois clef et développement d’un réseau alternatif qui serait un premier pas, sinon un renversement, en faveur d’un monde meilleur.

Tout repose donc, au sens propre, entre les mains du héros, Victor, membre de la Société du peuple libre. Cette ultime copie du Neuron, d’où vient-elle quand on la lui glisse dans la paume et pourquoi doit-il la convoyer vers d’autres et non pas l’activer lui-même ? On ne le saura jamais vraiment, et peu importe car cet objet prétendument capital apparaît surtout dans un premier temps comme un McGuffin, un prétexte narratif à la poursuite et à la capture de Victor par les sbires du pouvoir en place.

Victor a été trahi, sans doute, mais par qui ? Et Victor une fois capturé arrive à soustraire le Neuron au regard de ses ravisseurs, mais par quel miracle ? Avec finesse, Boris Quercia fait deviner au lecteur que cette histoire sera d’un bout l’autre un jeu de dupes. On sent, de manière quasi subliminale, qu’il y a quelque part des chausse-trappes, des pièges de la perception, et que, comme dans un roman de Philip K. Dick, les cartes sont truquées. En sachant que l’auteur a ces cartes bien en main et qu’il ne les dévoilera que lorsqu’il le jugera nécessaire.

« La vérité ne sert à rien. »

Le roman gagne donc en intérêt au fil de la lecture, avec, sur fond de renversements politiques, de coups d’état, de violence populaires, policières et militaires une sorte de méta-physique organo-cérébrale à la Dantec (dont la neuromatrice n’est pas très loin). Sans compter les extractions de conscience censées procurer une vie éternelle mais dont les véritables vivants se soucient comme d’une guigne, lesdites consciences finissant “abandonnées, entassées dans des hangars humides ou jetées directement à la poubelle, où elles ont continué à ruminer les mêmes pensées qui les avaient accompagnées pendant toute leur vie et ne les avaient menées, une fois encore, absolument nulle part.” Chez Boris Quercia, on le voit, et malgré les aspirations à un monde meilleur, l’avenir n’apparaît pas vraiment rose, ni pour les vivants, ni même pour les morts. Et le pouvoir restera toujours le pouvoir, qu’il soit celui d’une révolution réelle ou factice, sans cesse dévoyé, sans cesse récupéré, et tombant tour à tour entre les mains de Charybdes et de Scyllas tristement interchangeables.

Avec moins de deux cents pages, séquencé en chapitres brefs et souvent cinématographiques, « Les Derniers maillons » se lit vite, peut-être trop, comme un film cherchant, à force de rythme et de changements de point de vue, à se défausser d’un travail nécessaire pour conférer une authentique profondeur aux personnages pour brosser une société future véritablement lisible. Mais telle est la rançon d’un choix, celui d’une brièveté qui fait de ces « Derniers maillons », comme l’était déjà « Les Rêves qui nous restent », un roman concis et axé sur l’essentiel. Reste une vision dystopique très noire mais terminée par une lueur d’espoir, comme une lumière mystique au bout du tunnel.

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Titre : Les Derniers maillons
Auteur : Boris Quercia
Traduction de l’espagnol (Chili ) : Gilles Marie
Couverture : Frédéric Tarcer
Éditeur : Pocket (édition originale : Asphalte, 2023)
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 7389
Pages : 181
Format (en cm) :10,5 x 17,5
Dépôt légal : octobre 20258
ISBN : 9782266351577
Prix : 8,10 €



Hilaire Alrune
17 décembre 2025


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