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Monstres (Les), tome 3 : Méchant un jour...
Vanessa Len
Lumen, roman (Australie), romance & fantastique, 620 pages, octobre 2025, 18€

Joan, Nick, Aaron, Ruth et Jamie sont coincés dans la nouvelle chronologie établie par Eleanor. Il y découvrent que leurs alter egos en ont disparu, de diverses manières : Joan est morte en bas âge, quant aux Liu, la nouvelle reine a purement éradiquer cette famille au pouvoir trop dangereux pour son règne.
Alors qu’ils se réfugient à l’auberge Serpentine, ils réalisent que ce nouveau monde est gouverné par des monstres touts-puissants, et que les humains y sont réduits en quasi-esclavage, devant 40 ans de vie à leurs maîtres. Guidés vers la résistance par l’écho de sa grand-mère, Joan apprend que son leader, Nick, vient d’être capturé et tué... par Aaron, le patriarche des Oliver, remplacé par son ami, qui doit donc jouer les impitoyables pour assurer leur couverture.



Ce dernier tome des « Monstres » est riche en rebondissements, et fort d’une grande tension. Plane très vite l’épée de Damoclès qu’Eleanor fige cette chronologie, et qu’il ne soit plus possible d’en changer, de revenir à un monde certes imparfait, mais où les humains, soit la moitié de l’ascendance de l’héroïne, ne sont pas du bétail.
Même si changer le monde, clore cette chronologie signifie, de fait, tuer tous ceux qui y vivent.

Vanessa Len parvient à renouveler son intrigue, en s’éloignant un peu de son matériau d’origine. Dans ce dernier volume, pas (ou très peu) de voyages dans le temps, puisque ce monde créé de bric et de broc a les coutures qui craquent. Notre groupe de jeunes héros cherche déjà à échapper aux autorités et retrouver des alliés. C’est le temps de redécouverte de ce Londres transformé, avec des bâtiments modifiés, d’autres permanents (l’auberge Serpentine, un ancrage pour les monstres), mais surtout une société radicalement différente, avec des humains réduits en esclavage. Il ne faut pas chercher trop loin, malgré les lois énoncées par Eleanor, pour voir que ce système très oppressif est trop extrême pour durer, aussi vaut-il mieux fermer un peu les yeux dessus et se laisser porter par l’urgence de la narration, et les divers plans du groupe pour renverser la reine.

C’est aussi un temps de retrouvailles, et quels que soient les couples, on constate qu’il persiste toujours quelque chose des relations des autres chronologies (par exemple Jamie et Tom Hathaway), même si le lien entre Nick et Joan, issu de la Vraie Temporalité, est le plus fort. L’autrice le fait évoluer pour répondre aux doutes de son héroïne lorsqu’elle se rapproche d’Aaron : le couple devient triangle, et les hésitations du trio sont au cœur de l’intrigue sentimentale de ce dernier tome : Aaron se sait éternel second derrière Nick, mais lorsqu’on croit celui-ci disparu, Joan se jette dans les bras du jeune Oliver. L’autrice confronte son héroïne à deux sentiments, celui de la destinée et celui de son cœur, et si la solution offerte est finalement commode (le trouple), elle aura torturé nos jeunes adultes quelques chapitres durant.

Les rebondissements s’enchainent avec force retournements dramatiques (lorsqu’on croit Nick -encore- mort) et entre nouveaux pouvoirs et rencontre avec la famille Grave, on ne sombre ni dans la redite ni dans l’ennui, même si parfois l’accumulation et l’opportunisme de certains éléments finissent par pousser sur notre seuil de crédulité.
Mais l’essentiel est que le fond, c’est-à-dire les questionnements sentimentaux de Joan, la portée de ses choix sur les vies humaines de toute une Chronologie, la solidarité, la rédemption, le sens du sacrifice au nom d’un bien plus grand que leurs vies, l’emporte sur cette surenchère d’effets spéciaux.

Vous l’aurez deviné, après un combat dantesque, cela finit presque trop bien, et les monstres acceptant une nouvelle loi et une cohabitation non-prédatrice avec les humains. Un message d’espoir un peu naïf, mais qui récompense les souffrances de Joan au fil de ces 1800 pages.

En conclusion, cette trilogie n’était pas désagréable, peut-être un peu touffue avec toutes ces familles, ces pouvoirs, ces méchants. Les voyages dans le temps et les chronologies alternatives sont un multivers dangereux et il faut compter sur la bienveillance des lecteurs pour ne pas chercher la petite bête et accepter d’y croire. Les romances sont bien gérées, les amitiés et amours "forcés" ou non par la destinée sont crédibles, et on est souvent en empathie avec Joan tiraillée entre deux garçons dont les différentes versions cherchent à la tuer à un moment ou un autre. Enfin, comme écrit plus haut, il y a une bonne dose d’action et de scènes de forte tension, entrecoupées avec ce qu’il faut d’humour, pour que la lecture glisse toute seule, au fil de trois tomes à l’univers assez différent.
Et les couvertures d’Eevien Tan, rehaussées d’or, sont magnifiques.


Titre : Méchant un jour... (once a villain, 2025)
Série : Les Monstres, 3/3
Autrice : Vanessa Len
Traduction de l’anglais (Australie) : Mathilde Tamae-Bouhon et Elorri Nickel
Couverture : Eevien Tan
Éditeur : Lumen
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 620
Format (en cm) : 23 x 15 x 4,5
Dépôt légal : octobre 2025
ISBN : 9782371023789
Prix : 18 €


« Seul un monstre... »
« Jamais un héros... »


Nicolas Soffray
12 décembre 2025


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