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Galaxies n°92 (Nouvelle Série)
Directeur de publication : Pierre Gévart
Revue, n°92, SF - nouvelles - articles - critiques, octobre 2025, 192 pages, 11€

Sous la supervision de Jean-Guillaume Lanuque, le dossier est consacré à Christophe Siébert, un auteur jusqu’à présent passé sous mon radar. Il s’agit donc d’une découverte, aussi bien de la personne que de ses écrits.



Lacune comblée grâce à Jean-Guillaume Lanuque qui le présente en deux pages, avant de décrypter ses différents récits, dont se dégagent son premier roman « Nuit noire », semble-t-il le plus dérangeant, et les livres se rattachant à sa grande œuvre, le cycle de Mertvecgorod. Il s’agit d’une cité imaginaire entre la Russie et l’Ukraine, un lieu de perversion, d’inégalités où tout semble permis, du moins possible. On en a un aperçu dans “Deux visions de l’amour et du sexe à Mertvecgorod dans les années 2030”. Le contexte de la première vision “Le carnaval des animaux” est assez intéressant avec ce passage dans la ville des nantis dont les fonctionnalités sont uniquement accessibles à travers la réalité augmentée. Décadence, fantasmes, prostitution, et morale pas forcément du côté que l’on penserait. La fin ne justifie pas les moyens. À la lecture, on dirait qu’un passage a été caviardé (la douche), ce qui donne un léger coup d’arrêt. “Fake Fuck”, la seconde vision, est moins percutante.
Bizarrement, les extraits du “Guide du Crevard, édition 2029” dus à Luc Pleudon apparaissent plus malsains que l’original, c’est-à-dire que la nouvelle de Christophe Siébert.
Malgré tout, quand Jean-Guillaume Lanuque évoque en titre “Autopsie d’une œuvre pratiquée à vif”, il n’a pas tort. L’auteur secoue le lecteur en déambulant dans des territoires malsains où la perversité humaine semble sans limites, si ce n’est celles de ses fantasmes.
Complètent le dossier trois entretiens, le premier bien sûr avec Christophe Siébert qui n’a toujours envisagé qu’une voie, celle de l’écriture, ne se voyant pas occuper un métier alimentaire pour assurer ses jours. Mais aussi ceux avec Morgane Caussarieu qui écrit dans la même veine et a codirigé l’anthologie « Nouveaux déviants » avec lui, et Raphaël Boudin, son éditeur au Diable Vauvert.
Je n’ai pu m’empêcher de remarquer qu’aucun de ses ouvrages n’a été repris en poche et qu’il a publié chez plusieurs éditeurs dans la même période. Voilà un auteur clivant dont il n’est pas facile de se faire une image, si ce n’est en le lisant.

Première nouvelle au sommaire, “Clinamen en ascension pulvérulente” a remportée le Prix le Bussy d’argent 2025. Pour vivre sur une lointaine planète, l’option végéville a été retenue. Problème : la croissance n’est pas maîtrisée et tous les jours, la configuration de la ville, les habitations changent. Des services travaillent à juguler cette folie végétale et il y en a qui pronent un retour au métal, les Méterrauristes. La planète resterait-elle viable en ce cas ? Au début, l’idée développée fait mouche, mais Blanzat lâche la bride à son imagination et le final ressemble à un tour de magicien avec un lapin sorti de son chapeau. Difficile d’y croire jusqu’au bout.

Janis Ian nous présente une civilisation dérangeante en diable. Elle n’invente rien pourrait-on dire sur la condition des femmes dans certains pays, mas elle pousse le curseur beaucoup plus loin : une opération lourde dès la naissance, des caisses pour les déplacer... Mahmoud s’estime bon mari et, pour lui, ses trois femmes n’ont pas à se plaindre. Et qu’en pensent “Les femmes de Mahmoud” ? L’auteure suggère beaucoup, ce qui n’en est que plus inquiétant sur la situation. Un texte qui fait froid dans le dos et qui n’est pas dénué d’humour.

“Développement de fonctionnalités pour les réseaux sociaux” relate une invasion zombie. Tout se fait via échanges de messages sur un réseau social et par mail. Benjamin Rosenbaum privilégie la forme qui s’avère pour le moins pénible, notamment les en-têtes des mails. Comme c’est la seule originalité, reste un texte des plus pauvres.

“Sans se retourner” parle d’une planète inhospitalière dont une petite zone est contre toute attente habitée. Et il s’agit d’humains ! Comment est-ce possible ? D’autant qu’ils sont tous beaux, bien portants, ne connaissent pas la mort. Entre le scientifique qui est allé à leur rencontre et ceux restés en orbite envisageant la terraformation de la planète, la communication devient impossible. L’auteure Maria Galina nous offre une réflexion intéressante, un cas de conscience aussi bien qu’un casse-tête. Un bref entretien suit cette nouvelle et éclaire les lecteurs sur la situation de l’auteure entre Russie et Ukraine.

Dans le cadre de “SF et musique”, Jean-Michel Calvez met en avant Peter Zinovieff, l’inventeur d’un synthétiseur analogique abordable au tournant des années 1970. Un papier comme toujours instructif sur la musique électronique. Par contre, il y traîne une coquille de présentation : la légende d’une image n’a rien à voir avec elle, sa place étant sûrement plutôt page suivante en conclusion d’une phrase s’achevant sur le mot sur.
Dans sa “Croisière au long du Fleuve”, Didier Reboussin met l’accent sur une bonne pioche de la collection Anticipation, à savoir Frank Dartal.
Et bien sûr, un important volet critique achève ce numéro. Que l’on soit amateur de films, romans, recueils, essais ou encore de bandes dessinées, chacun trouvera des idées d’évasion.

À travers un dossier bien ficelé, ce « Galaxies » met en avant Christophe Siébert, un auteur à l’imaginaire dérangeant. Il y a du bon et du moins bon dans les nouvelles, ce qui est agaçant, mais suivant les perceptions de chacun, l’avis pourra être plus nuancé.


Titre : Galaxies Nouvelle Série
Numéro : 92 (134 dans l’ancienne numérotation)
Directeur de publication : Pierre Gévart
Couverture : Quentin Aubé
Traductions : Pierre-Alexandre Sicart (Les femmes de Mahmoud), Jean-Michel Calvez (Développement de fonctionnalités pour les réseaux sociaux) et Sofia Berkovska (Sans se retourner)
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, entretiens...
Site Internet : Galaxies
Dépôt légal : octobre 2025
ISSN : 1270-2382
N° ISBN : 9782376252511
Dimensions (en cm) : 13,5 x 21
Pages : 192
Prix : 11 €


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
22 novembre 2025


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