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Jour J Los Alamos - Édition spéciale
Fred Duval,Jean-Pierre Pécau, Denys et Scarlett
Delcourt

Même mort, “Jour J” bouge encore ! En réalité, depuis 2017, la série uchronique avait pris l’habitude de ressortir certains de ses titres en version augmentée. À l’occasion du 80e anniversaire du tragique double bombardement atomique sur le Japon, c’est le diptyque formé par le 32e et le 33e albums qui bénéficie de ce lifting, son titre de “Los Alamos” remplaçant “Sur la route de Los Alamos” et “Opération Downfall”.



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L’intrigue prend place dans la toute dernière année de la Seconde Guerre mondiale, alors que les recherches du projet Manhattan sont sur le point d’aboutir. C’est le moment que choisit Robert Oppenheimer pour abandonner subitement le centre de recherches (et son épouse). Croisant sur sa route un certain Jack Kerouac, déserteur de l’armée, et son ami Neal Cassady, il se lance dans un road-movie improvisé, laissant libre cours à une consommation débridée d’alcool et de drogues diverses. Les responsables du projet Manhattan, que le départ inopiné d’Oppenheimer handicape de manière décisive, décident alors de lancer sur ses traces un certain Eliott Ness, en concurrence avec le FBI qui soupçonne des menées crypto-communistes. Un troisième fil se noue, par l’intermédiaire du fils d’un des physiciens du projet, engagé chez les marines et qui se bat contre les Japonais dans le Pacifique.
La suite renforce cette dimension de roman noir, éclairé par les délires des membres de la Beat Generation, puisqu’on découvre en sus un William Burroughs paranoïaque et un Allen Ginsberg mystico-sexuel. La dernière partie de l’intrigue, une des plus réussies, laisse à voir ce qu’aurait pu donner une invasion conjointe du Japon par les Soviétiques au nord et les États-Unis au sud (la fameuse opération downfall, projet authentique), aboutissant à une division de l’archipel.

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Si l’idée de départ est sympathique, l’association entre Kerouac et Oppenheimer manque toutefois de consistance : qu’est-ce qui retient l’écrivain auprès du scientifique ? Quelles sont les motivations profondes de ce dernier ? Certes, un flash-back nous donne à voir la complicité qui se noue, à Los Alamos, entre Oppenheimer et les navajos employés sur la base ; le savant les aide en effet à se rendre sur un de leurs sites sacrés, accaparé par l’armée, afin d’y célébrer une cérémonie à laquelle Oppenheimer participe, et qui semble lui ouvrir des perspectives inédites… Mais lesquelles ? Autre point discutable, l’hypothèse historiographique d’un débarquement étatsunien au Japon, en cas de non utilisation de l’arme atomique, qui se serait révélé particulièrement meurtrier selon l’armée américaine, mais qui n’est qu’une possibilité parmi d’autres. Quoi qu’il en soit, ce diptyque est riche et dynamique, et derrière les rivalités entre armée, FBI et services secrets étrangers, on trouve les thèmes de la défiance à l’égard de pouvoirs politiques hypocrites et du rejet de l’utilisation de l’atome comme arme. Cette édition spéciale comprend en outre plusieurs pages explicatives sur Oppenheimer et la Beat Generation, mais sans aucune recommandation bibliographique.


Jour J Los Alamos - Édition spéciale
- Scénario : Fred Duval et Jean-Pierre Pécau
- Dessin : Denys
- Couleurs : Scarlett
- Éditeur : Delcourt
- Pagination : 120 pages couleurs
- Format : 23,9 x 32,3 cm
- Date de parution : 4 juin 2025
- Numéro ISBN : 9782413044857
- Prix public : 23,75 €


Critique par Jean-Guillaume Lanuque
(Critique publiée dans le n°92 d’octobre 2025 de la revue française Galaxies, consacrée à la science-fiction.)
Mise en page illustrée par Fabrice Leduc


Illustrations © Denys et Éditions Delcourt (2025)



Fabrice Leduc
Jean-Guillaume Lanuque
13 janvier 2026




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Jour J Los Alamos - Édition spéciale - Delcourt



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