Les deux jeunes gens vont se rencontrer. Farouchement solitaires tous les deux, ils vont apprécier leur amitié naissante. Ren soignera Sunho, blessé par un démon, et le guerrier, lui-même possédé par une force sombre, va protéger la jeune fille puis l’aider dans sa quête, au détriment de la sienne. Ils retournent vers le Monde Inférieur, la grande ville qui vit dans l’ombre perpétuelle du Monde Suspendu, où la fumée des usines à mithril, le minerai essentiel des machines volantes, noircit les poumons comme les cœurs.
Après le conte poétique « La Fiancée du Dieu de la Mer », Axie Oh nous propose une histoire de fantasy très classique. Le monde secondaire mélange certes un peu de folklore coréen, un conte fondateur aux accents féministes et une ambiance industrielle (le mithril véhicule les mêmes éléments que le charbon ou le pétrole), mais on demeure sur la trame de la princesse amnésique et de son sauveur avec un secret (coucou « Anastasia » de Don Bluth et plein d’autres) et un amour interdit ou au moins compliqué.
Grâce à leurs magies réciproques, les souvenirs remontent, vite, et les autres points de vue, comme Jaeil, permettent de lever toutes les questions essentielles de l’intrigue avant la moitié du roman. On ne doute donc pas de l’identité réelle de Ren, et on se fait une idée à peu près exacte de ce qui est arrivé à Sunho, de l’origine du démon en lui.
La seconde moitié ne sera que péripéties supplémentaires, pour mieux aborder le champ politique, avec des rebelles qui veulent dévoiler la corruption des gouverneurs, et la rivalité entre la famille impériale et le général. L’amour naissant entre les deux héros commence à dire son nom, même s’il crevait les yeux. On creuse le personnage de Jaeil, dont la loyauté à un opère violent est remise en question dès sa première apparition. Et au fond des mines de mithril, on saura le fin mot de l’histoire de Sunho et ses frères d’armes, tandis qu’il a retrouvé tous ses souvenirs.
De fait, l’histoire aurait pu s’arrêter à la fin de ce tome. L’autrice rajoute quelques rebondissements finaux, qui permettront dans le second tome de (sans doute) renverser les rôles de qui sauve qui, et de savoir comment le pays gère les conséquences du coup d’état militaire : un exercice de "et après" toujours intéressant.
Bref, c’est très classique, sans surprise mais pas désagréable et plutôt prenant à lire, l’aventure, le cocktail magie-industrie et la légère romance permettant à tous les publics de s’y retrouver.
J’aime particulièrement la couverture signée de l’artiste singapourien Guweiz, avec ses personnages à contre-jour du Monde Suspendu, et les arabesques dorées reprises à l’intérieur.
Le second tome vient de paraître (chronique sous peu, lien encore inactif). Merci Lumen de ne pas faire mariner ses lecteurs trop longtemps quand c’est possible, c’est fort appréciable (et apprécié).
Titre : Le Mercenaire et la Saltimbanque (the floating world, 2025)
Série : Le Monde Suspendu, tome 1/2
Auteur : Axie Oh
Traduction de l’anglais (USA) : Camille Cosson
Couverture : Guweiz (DeviantArt / ArtStation, une interview)
Éditeur : Lumen
Site Internet : page FB éditeur
Pages : 472
Format (en cm) : 22,5 x 14 x 4
Dépôt légal : mai 2025
ISBN : 9782371024854
Prix : 17 €