
La toute fraîche maison d’édition Esquif l’a bien compris et pour sa troisième parution, lui a demandé un texte. « Dans ma maison sous terre » est né de cette collaboration, car Esquif ne souhaite pas recevoir de soumissions spontanées de manuscrit, c’est elle qui contacte directement les auteurs qu’elle souhaite publier.
Dans sa présentation figure ce passage : "C’est un défi lancé à des autrices et des auteurs au talent confirmé ou à la voix émergeante. Celui d’écrire ce texte avec le sérieux qu’on accorde à son prochain livre. Un récit qui leur ressemble, qui leur permet un pas de côté, qui leur tient à cœur, qui les bouscule depuis longtemps. Un récit qui va à l’essentiel."
En une cinquantaine de pages, Nicolas Martin coche toutes les cases. Il plonge la tête des lecteurs dans l’univers de la mine, nous entraîne sous terre dans des galeries exigües, dangereuses qui ne demandent qu’à avaler les imprudents qui s’y engagent. Au contraire des décideurs, ceux qui n’ont pas le choix, ruinent leur santé dans des conditions de travail déplorables et ne remontent pas toujours. L’incident de 1974 a marqué l’exploitation de la mine Corduroy. Bien que grièvement blessé Jonas a survécu. Quand cette partie a été rouverte en 1985, un nouveau drame a frappé et à nouveau Jonas s’en est tiré. Ce second coup du sort a sonné le glas de la mine, tout le monde l’a quittée, seul Jonas est resté. Son petit-fils né l’année du drame retrouve celui que toute sa famille pensait mort depuis belle lurette. L’auteur nous retrace cette rencontre et les révélations qui en découlent.

Extraits de rapports médicaux, passage du journal local, conversations, récit des événements pas forcément dans l’ordre... dressent un tableau d’ensemble inquiétant. Les mineurs ont beau remonter à la surface, une part d’eux-mêmes demeure au fond, un lien indéfectible se noue entre la terre et eux. Est-ce vraiment Jonas qui en a réchappé les deux fois ? Pourquoi est-il resté sur place, abandonnant les siens ? Toutes les rumeurs rapportées à l’époque sur cette galerie mangeuse d’hommes étaient-elles fondées ? Bien des questions trouvent réponses, mais peut-on les entendre, les accepter ?
L’immersion s’avère totale, dérangeante, car le récit a beau se dérouler en grande partie à la surface, le lecteur éprouve l’impression pesante d’être toujours au fond de la mine. La belle illustration de couverture signée Siou Escallon joue de cette ambiguïté : la porte vers la lumière, donc ce qu’on peut assimiler comme la sortie, semble conduire dans la montagne. Le titre rajoute une couche avec cette maison qui n’est pas à la surface. La mine ne vous lâche jamais, elle vous transforme.

Nicolas Martin nous entraîne en terrain mouvant, inquiétant. Jonas est un rescapé, un témoin, une victime, mais aussi un martyr dans cette nouvelle. Son petit-fils révèle toute l’affaire et l’horreur de la situation.
« Dans ma maison sous terre » s’avère une nouvelle percutante à souhait, suggérant juste ce qu’il faut pour verser dans la terreur, limite horreur. Nicolas Martin est parfaitement à l’aise dans ce registre court allant à l’essentiel.
Et n’oublions pas son premier roman « Fragile/s », une réussite à plus d’un titre et qui n’a pas fini de faire parler de lui.
Souhaitons en passant à Esquif bien des parutions de cette qualité dans l’avenir, d’autant que l’objet livre est élégant, la présentation soignée et l’illustration bien inspirée.
Titre : Dans ma maison sous terre
Auteur : Nicolas Martin
Couverture : Siou Escallon
Éditeur : Esquif
Pages : 56
Format (en cm) : 10,8 x 20,5
Dépôt légal : octobre 2025
ISBN : 9782488172059
Prix : 7,90 €
Nicolas Martin sur la Yozone :
un entretien avec l’auteur
« Fragile/s »
“Lune rouge” dans « Bifrost 119 »
“Un soir d’orage” dans « Bifrost 108 »
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