Une fois de plus, Padraig Kenny signe une belle histoire à destination des plus jeunes (dès 10-12 ans) pour parler de sujets d’actualité avec douceur mais sans fausse pudeur. Dans « L’Après », si Jen et son père n’évoquent qu’à demi-mots le passé, une fois dans la communauté, les avis tranchés et opposés permettent d’éclaircir un peu les origines du cataclysme. Et elles sont en germe aujourd’hui : un magnat des nouvelles technologies, omniprésentes, Seacroft, n’a pas vu venir le black-out qui a paralysé tous les systèmes dont dépendaient les pays. La dépendance à l’électricité, aux serveurs, à des outils distants et centralisés a laissé l’Humanité démunie lors de l’invasion. C’est ce qui explique le retour à la terre des communautés, la valorisation du savoir-faire, l’échange de connaissances et de compétences.
Ces communautés incarnent le côté idyllique, retour à zéro de l’Humanité. En face, la violence, incarnée par les pillards, seuls ou en bande, demeure, et les paysans de l’Après ne font pas le poids contre quelques armes à feu certes anciennes, mais toujours mortelles. Kenny montre comment le refus de la violence dans un monde par nature violent est une voie compliquée.
Enfin, parlons de Jen et son père. Si la couverture n’est passez explicite, les répliques du père, sa façon de parler à sa fille, ses références doctes à un Guide d’éducation parentale comme à une Bible infaillible ne laisseront guère planer le doute : il est un robot. Mais, comme le défendra Jen, pas une machine comme celles qui ont ravagé le monde. Lui a appris, est devenu indépendant du cerveau central, et la somme de ses expériences du monde a fait de lui un être à part entière, au-delà de toute programmation. Sans évoquer les lois d’Asimov, Padraig Kenny explore avec délicatesse, à la portée des jeunes, les possibilités comme les limites de "l’IA". On est attendri par cette machine, par ses sentiments indéniables pour Jen, mais peu à peu on pense aussi en termes de programmation, de règles logiques. La machine ayant conscience d’en être une, le flou est fréquent et, d’un point de vue littéraire et intellectuel, très appréciable même pour un lectorat adulte.

Je n’en dévoile pas trop, le roman est suffisamment court : Jen sera tiraillée entre son envie de demeurer avec d’autres gens et son objectif d’atteindre le Lac Placide avec son père. La communauté, découvrant son état de robot, sera divisée. Enfin, ce qui se cache dans le bunker sera-t-il une solution ou un danger ? Là je n’en dis rien, si ce n’est que l’auteur adopte la solution à la fois la plus simple et la plus appréciable possible, qui rend la leçon parfaite pour les plus jeunes.
« L’Après » est donc un joli petit roman, parfait pour aborder et comprendre l’impact de la surabondance et de la dépendance aux technologies numériques, au détriment d’autres savoirs-faire et des liens vrais entre les gens. Kenny n’est clairement pas dans le camp des techno-solutionnistes, mais pas non plus un doux rêveur, et ses personnages présentent toutes les nuances attendues d’une Humanité dévastée.
Un dernier sur les illustrations ultra-pixellisées / low-def de Steve McCarthy, qui donne une ambiance de (très) vieux jeu d’aventures, époque LucasArts, où la réflexion et les dialogues primaient très souvent sur l’action. Cela colle parfaitement à l’effondrement technologique décrit, et rappellera aux plus âgés que nous n’avions pas besoin de graphismes ultra-réalistes pour nous immerger dans l’histoire, si elle savait nous parler et nous émouvoir.
Titre : L’Après (after, 2025)
Auteur : Padraig Kenny
Traduction de l’anglais (Irlande) : Camille Cosson
Couverture et illustrations : Steve McCarthy
Éditeur : Lumen
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 259
Format (en cm) : 21 x 15 x 2
Dépôt légal : mai 2025
ISBN : 9782371025158
Prix : 15 €