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Petites histoires de la Science-Fiction française
Alain Grousset
Les Nouvelles Éditions ActuSF, essai/mémoires, 510 pages, juillet 2025, 22,90€

Quand on s’intéresse à la Science-Fiction depuis des décennies, de surcroît quand on a atteint un certain âge (la cinquantaine passée pour ma part), il y a des livres dont on ne peut faire l’économie. En plus des livres de SF, il y a aussi les essais consacrés au genre, les guides qui apportent de nouvelles pistes de lecture, sortent de l’oubli des auteurs, des œuvres. S’ensuit alors la recherche des ouvrages qui nous ont tapé dans l’œil. Finalement la pile de livres à lire ne diminue jamais, ou si peu, car de nouveaux apports l’alimentent sans cesse. La Science-Fiction se révèle addictive - oh que oui !- , cette volonté d’évasion, d’espaces inconnus, ces plongées dans le futur proche ou lointain, que ce soit sur Terre ou dans l’espace profond, abreuvent cette soif de nouveautés, cette envie de voir autre chose et autrement. Bien des personnes se sont lancées dans l’histoire de la Science-Fiction avec leurs choix de départ, leur sensibilité, apportant ainsi leur pierre à l’édifice.
Alain Grousset a pris un parti différent, ce n’est pas l’histoire de la Science-Fiction française qu’il se propose de partager, mais les « Petites histoires de la Science-Fiction française ». Une nuance qui a son importance.



Le sous-titre est peut-être encore plus explicite : « Mémoires d’un demi-siècle de la SF française : 1945-2000 ». Alain Grousset part de l’après-guerre 1939-1945 jusqu’à l’an 2000, deux années symboliques s’il en est. Il explique bien comment la seconde guerre mondiale a divisé le monde de l’édition, entre ceux qui ont résisté à l’occupant nazi et ceux qui ont fait avec, allant parfois jusqu’à la collaboration. L’intelligentsia française était partagée entre repartir de zéro ou ne rien oublier et faire payer à ceux qui ont frayé avec l’ennemi. Cette partie conséquente expose bien le malaise de l’époque, cette dénonciation des mauvais auteurs français à l’opposé des bons. Certains ont dû se justifier pour passer d’une catégorie à l’autre, à l’exemple de René Barjavel. Ce débat a alimenté près d’une décennie.
Alain Grousset passe en revue chaque année, relatant les faits relatifs à la naissance de la SF française (auparavant on parlait plus de merveilleux scientifique). Certaines ne sont guère riches en événements notables, alors que d’autre ressemblent à des feux d’artifice. Il remet en avant des noms aujourd’hui oubliés, alors que sans eux rien n’aurait pu se faire. On peut ainsi citer Michel Pilotin, alias Stephen Spriel, et George Hilaire Gallet, sous l’impulsion desquels a été lancée en 1951 la première grande collection de SF :« le Rayon Fantastique » dans une improbable collaboration entre Hachette et Gallimard. Il est amusant de constater que les choix les plus audacieux, pour ne pas dire les meilleurs, n’étaient pas forcément de celui ayant une culture SF. Cette même année a vu les début d’« Anticipation » au Fleuve Noir. Cette décennie s’est révélée très riche. Sous la direction de Valérie Schmidt, la Librairie de la Balance devient en 1953 le rendez-vous incontournable des amateurs de SF. Pour alimenter les rayons, Philippe Curval faisait le tour des bouquinistes avec son Solex. En décembre s’y tient l’exposition « Présence du Futur », nom qui sera repris en 1954 pour une célèbre collection. 1953, c’est aussi le lancement de deux revues : la première « Fiction » à laquelle le nom d’Alain Dorémieux sera lié et « Galaxie » qui verra plusieurs moutures. La place des auteurs français sera longtemps sujet à débats. Les année se suivent ainsi, chacune apportant aussi bien son lot d’anecdotes que de faits importants. C’est ainsi qu’apparaissent les noms de Jacques Sternberg, Pierre Versins, Gérard Klein, Jacques Goimard, Jacque Sadoul... La Science-Fiction française peine à acquérir ses lettres de noblesse au regard de la littérature générale, à être simplement prise au sérieux. Bizarrement, Robert Kanters qui a longtemps dirigé chez Denoël la collection « Présence du Futur » n’était pas vraiment un amateur du genre, alors qu’il a fait des choix éclairés. Les rédacteurs de « Fiction » faisaient feu de tout bois, leur plume acéré n’épargnant rien ni personne, et cela a duré tout le temps de l’existence de la revue qui a vu quasi tous les noms de la SF française y défiler comme auteur ou critique. Les collections dédiées ont atteint le nombre de 44 en 1975 pour retomber à 7 en 1988. La bulle s’était effondrée sur elle-même, la faute à des chiffres de vente moyenne en baisse avec l’explosion de l’offre, une SF qui faisait peut-être moins rêver. Comment ne pas opposer « Ailleurs et Demain » à « Ici et Maintenant », deux visions différentes de la SF, la seconde très politique et loin de vendre du rêve ? Certains ont aussi privilégié la forme au détriment du fond, perdant au passage les lecteurs. Le groupe Limite a ainsi connu son heure de gloire à défaut de succès éditorial pour son recueil « Malgré le monde ». Il est à noter qu’aujourd’hui, les collections de SF seraient heureuses de tutoyer les chiffres de vente alors jugés décevants.

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Disons-le tout net, « Petites histoires de la Science-Fiction française » est une mine d’informations sur cette période s’étalant de 1945 à 2000. Alain Grousset l’a vécue ; étant un acteur du milieu, il a recueilli des témoignages, compilé les informations à disposition et s’est bien sûr souvenu de sa propre expérience. Le lecteur ne peut que rêver à l’évocation des noms prestigieux croisés au fil des pages, des collections telles que le « Club du Livre d’Anticipation »... tous rentrés dans la grande Histoire de la SF française, mais ce sont aussi tous les à-côtés qui en font tout le charme : les festivals comme celui de Metz, les conventions foutraques organisées parfois par-dessus la jambe (ceux critiquant le plus l’organisation se révélant souvent les pires organisateurs), les polémiques à n’en plus finir, les dézingages en règle... C’est cette vision d’ensemble que partage Alain Grousset, restituant bien le contexte et l’ambiance générale.

De nombreuses photographies des acteurs de ces histoires agrémentent les pages dont les renvois en bas de pages ne manquent pas. Ils se révèlent à l’occasion répétitifs ou inutiles, car s’expliquant en poursuivant un tant soit peu la lecture. Parfois l’auteur s’étale beaucoup sur un fait, courant sur plusieurs années voire décennies, avant d’y revenir plus loin. Si cela permet de mettre l’accent dessus, cela fait aussi redites. Chaque lecteur aura sa propre perception à la lecture de ces mémoires, s’étonnera du relatif silence autour d’événements pourtant importants. Au premier chef, je m’étonne du relatif silence autour de la sortie du premier opus de « Star Wars » au cinéma. Je me souviendrai toujours de Norman Spinrad parlant de “Shit Star Wars !” lors de son passage aux Galaxiales à Nancy autour de 2000. Alors que les acteurs de la SF se battaient pour qu’elle soit considérée comme une littérature adulte et non pour adolescents en sortant du carcan du space opera simpliste, le film faisait tout voler en éclat. N’y a-t-il pas eu de répercussions en France ? Je pensais aussi que Gilles Thomas/Julia Verlanger serait plus mis en avant. Des bémols personnels qui n’entachent en rien mon avis général sur cet ouvrage des plus recommandables.
Et pourquoi s’arrêter en 2000 ? Tout simplement, parce que l’auteur reconnaît ne plus être assez impliqué dans le milieu, on sent d’ailleurs un essouflement vers la fin, et puis il n’y aurait plus assez de recul par rapport aux évenements.

Les Nouvelles Éditions ActuSF et Alain Grousset nous proposent les « Petites histoires de la Science-Fiction française », un guide, un essai, un parcours commenté d’un peu plus d’un demi-siècle à travers des naissances et morts de collection, des auteurs et des passionnés faisant découvrir et vivre le genre dans notre pays... Il s’agit d’un excellent moyen pour chaque amateur de SF de se plonger dans le développement de la Science-Fiction française en cheminant à travers ses grandes lignes comme ses petites à l’existence éphémère mais qui ont participé à son émergence. Une mine d’informations à consulter sans modération.


Titre : Petites histoires de la Science-Fiction française
Sous-titre : Mémoires d’un demi-siècle de la SF française : 1945-2000
Auteur : Alain Grousset
Couverture : Damien Dufreney
Éditeur : Les Nouvelles Éditions ActuSF
Collection : Les Trois Souhaits
Site Internet : Essai (site éditeur)
Pages : 510
Format (en cm) : 14 x 19
Dépôt légal : juillet 2025
ISBN : 9782376866954
Prix : 22,90 €


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
18 août 2025


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