« Dès qu’elle pénètre dans la morgue, Wren se sent chez elle. Compétente, à l’aise et forte. Tous ses doutes et son stress des dernières semaines s’envolent. Elle est prête. »
Après avoir échoué de justesse à faire croire en sa propre mort, Jeremy, le tueur en série qui, dans « De l’Ombre il surgira », avait décidé de tout faire pour gâcher l’existence de la légiste Wren Muller, revient pour un nouveau tour de manège. Manège macabre, on s’en doute, et pas moins innocent que le précédent. Quittant la Louisiane et ses bayous, théâtre de ses précédents exploits, il s’en va trucider ses victimes dans d’autres terres. Quant à Wren Muller, elle a parfaitement compris qu’elle ne pourra jamais mener une vie normale tant qu’il ne sera pas mis hors d’état de nuire.
Elle a raison : même s’il a été contraint de quitter son terrain de chasse favori, c’est en laissant derrière lui suffisamment de signes liés à son mode opératoire que le tueur, qui avait anticipé sa fuite et sa migration, s’entend à attirer Wren Muller sur des lieux qu’il connaît déjà. Sans surprise, la voilà donc qui part sur ses traces dans le Massachussetts, tout comme Louis, le policier qui lui avait déjà apporté son aide.
Les surprises du premier volume des aventures de Wren Muller reposaient pour l’essentiel sur une astuce narrative (deux trames semblaient parallèles et destinées à fusionner mais n’en constituaient finalement qu’une seule à des temps différents). Plus épais – très exactement cent pages de plus – ce second tome donne l’impression qu’Alaina Urquhart a appris un peu le métier, dans le bon sens du terme avec des descriptions de lieux plus fouillées, mais aussi dans un sens plus discutable avec de longues séquences liées aux traumatismes de Wren (les esprits chagrins diront que ces histoires de traumatismes sont décidément très à la mode mais devront convenir du fait qu’en ce qui concerne Wren Miller, elle a tout de même quelques raisons d’en souffrir) qui contribuent assez peu au récit et ne parviennent pas à donner plus d’épaisseur à son personnage.

« Tant que les calices des paroissiens continueront de déborder d’une bonne dose de foutaises chaque dimanche, la crainte de Satan perdurera. »
De la psychologie, donc, mais Alaina Urquhart semble en manquer quelque peu et n’a pas l’air de se rendre compte que certaines scènes peuvent sur ce point se révéler bien peu crédibles. Lorsqu’un enquêteur sort et distribue au restaurant, entre la salade et le plat de résistance, les clichés de victimes torturées pour les partager avec les autres investigateurs sans que nul ne s’en émeuve, on se demande si elle se rend compte de ce qu’elle écrit, à moins qu’elle n’ait envie de faire passer ses personnages, sinon elle-même, pour des individus dotés de la froideur pure des authentiques psychopathes. Il faut donc passer sur de tels détails pour suivre une alternance métronomique de passages mettant en scène le tueur et ses œuvres (avec ici et là un brin de complaisance dans l’horreur) et de chapitres consacrés à Wren Miller.
« Personne ne voudra admettre que parfois le diable est un être humain qui aime faire souffrir. Ce n’est pas une entité que l’on évoque ni un démon que l’on peut combattre. Les hommes sont les véritables maîtres de l’enfer. »
Bienvenue, donc, dans le Massachussetts : un peu de tourisme funéraire au passage dans le plus vieux cimetière de Salem, puis l’on découvre la ville de Great Barrington, puis Tyringham et Kingsborough. Au passage, on rencontrera quelques figures classiques du genre comme le pasteur pas exclusivement animé par la bienveillance ou les flics locaux incompétents et arrogants, mais, fort heureusement, même si elle ne peut être présente sur les lieux à titre officiel, Wren parvient grâce à ses comparses à se trouver toujours au bon endroit au bon moment, qui plus est avec sa mallette d’autopsie en bout de bras, détail qui peut apparaître incongru mais vu le contexte assez particulier de ses pérégrinations force est d’admettre qu’un tel attirail n’est pas toujours inutile.
Très classiquement aussi, dans une cinétique de tension croissante et d’emballement final, on verra dans la dernière partie apparaître de nouveaux cadavres, le tueur se révélera une fois de plus sadique et machiavélique, et Alaina Urquhart se gardera bien de conclure sur une happy end à laquelle on n’aurait de toute façon pas cru. Loi du genre, loi des séries et porte ouverte à un troisième volume, le serial-killer échappe à une mort qu’il aurait méritée mais à laquelle, au vu des lois du genre, pas grand-monde n’aurait accordé crédit. Que reste-t-il en définitive de ce thriller rondement mené mais qui ne sort guère des sentiers battus ? L’impression qu’il manque quelque chose pour se démarquer du tout-venant de ce genre à part entière qu’est le récit de serial-killer, déjà abondamment arpenté et difficile à renouveler. Reste un roman honnête, facile à lire et rapidement lu, et qui pourra procurer ici et là quelques frissons.
Titre : Le Jeu peut reprendre ! (The Butcher Game, 2024)
Auteur : Alaina Urquhart
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Séverine Quelet
Couverture : Nicolas Caminade
Éditeur : Fleuve éditions
Collection : Fleuve Noir
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 364
Format (en cm) : 14 x 21
Dépôt légal : juin 2025
ISBN : 9782265157125
Prix : 21,90 €
Alaina Urquhart sur la Yozone :
De l’Ombre il surgira