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Affreuses nouvelles
Matteo Joffin
Éditions Baudelaire, nouvelles noires, 168 pages, 1er trimestre 2025, 16 euros


Trouver l’âme sœur est d’autant plus difficile pour le narrateur qu’il ignore qu’un démon femelle s’obstine à contrecarrer ses plans – mais il n’est point besoin pour cela d’une créature véritablement surnaturelle (“Apparences”). Ceci dit, les créatures surnaturelles existent bel et bien dans l’univers de Mattéo Joffin, mais le personnage de “Condamné à vie” aurait peut-être préféré ne jamais rencontrer son ange gardien, qui n’apparaît pas tout à fait aussi angélique que dans les contes. Sans compter les malédictions générationnelles des sorcières, capables de faire se répéter des drames identiques au fil du temps (“Maudit amour”), les sournoiseries et magies de la mer qui font qu’après une journée de pêche agitée on ne retrouve pas vraiment sa femme, ou pas tout à fait (“Vague à l’âme”). Et puisqu’il est question de retrouvailles, que l’on sache qu’il en existe comme on n’en souhaite pas vraiment (“Rédemption”) que retrouver une bague de fiançailles peur représenter une joie d’un genre particulier (“Un amour éperdu”), et qu’à l’occasion d’un déménagement tomber sur de vieilles photographies tend à prouver que les amours prétendument éternels sont bien éphémères (“Rétrospective”).

Quant à la déception amoureuse, elle peut prendre bien des formes, mais elle aura toujours les mêmes couleurs – le rouge ou le noir – depuis l’amère saint Valentin (“Courage mon ami”) aux retrouvailles cauchemardesques (“Ignominie”), en passant par l’évolution catastrophique d’un mariage (“Domination”) ou la folie d’un parfumeur trahi (“Fragrance’). Et une rencontre galante tant attendue peut toujours mal finir – il est vrai qu’une nouvelle avec un ascenseur ne peut être qu’un récit à chute (“Ascenseur émotionnel”).

Il y a du Titanic dans l’air pour ce personnage qui après vingt-cinq ans de mariage laisse en toute confiance son épouse s’éloigner pour un mois, sans songer un instant que son bonheur pourrait bel et bien couler (“Brise marine”). D’autres chutes viennent se raccrocher non pas à l’histoire mais à l’Histoire ou à des personnalités connues (“Éminence”, “Le Trac”), voire à des problèmes scientifiques connus comme les défis mathématiques du programme de Hilbert considérés comme une étrange fatalité » (“Les sept problèmes du millénaire”).

Si l’on peut donc regrouper quelques-unes de ces vingt-neuf nouvelles ne catégories thématiques, les sujets abordés sont dans l’ensemble assez éclectiques. On trouvera ainsi un crime, mais pas celui que l’on attendait (“Homicide”), une révolte contre la walt-disneysation des esprits et l’abord purement mercantile de l’imaginaire (“Influences”), un récit d’horreur efficace dont la chute rappelle la fameuse « Nuit des morts vivants » de George Romero (“Jusqu’à l’aube”), le désastre existentiel d’un perdant-né condamné à la banalité, un individu en même temps raté et capable de se faire dépouiller d’une œuvre de génie par un personnage d’allure et peut-être d’essence diabolique (“Le Prix du succès”), un goût morbide pour les accidents qui n’est pas sans évoquer James Graham Ballard (“Crash”), une once de folie à la fois douce et tragique (“Déni”), un coup de folie tout autant tragique, mais moins inoffensif, à la manière de l’« Amok » décrit par Stefan Zweig ou de la « Chute libre » mise en scène par Joël Schumacher en 1993 (“Jugements derniers”), les dangers consentis de la vanité (“L’Apprentie chimiste”), une vision et une comparaison originales entre chauffeur de bus et psychopompe, entre quidam et âme perdue (“Le Passeur”), la triste rançon de la misère (“Mille”), une fable animalière (“Pauvre bête”), un cauchemar aéroportuaire (“Nouveau départ”), ou l’éternelle loi venant confirmer que l’enfer est pavé de bonnes intentions (“Trop bon”).

Ces « Affreuses nouvelles » sont une publication éditeur à compte d’auteur. On n’en attendait donc pas de miracle, même s’il est intéressant de noter qu’aux éditions Baudelaire on est capable de comprendre qu’un recueil de nouvelles mérite une table des matières, ce qui – nous le signalons régulièrement dans nos chroniques – semble au-delà des capacités de bien des éditeurs ayant pignon sur rue. On notera également que l’auteur n’a que vingt ans, et qu’il a déjà un premier recueil (« Mauvaises nouvelles ») à son actif. Même si certaines de ces nouvelles sont assez convenues et s’il est parfois possible, pour les lecteurs chevronnés, de sentir venir la fin (il est difficile de faire du neuf dans la nouvelle courte et noire, qui est un chemin ancien et déjà bien arpenté sur lequel on a souvent tendance à réinventer des chutes semblables, sans compter, pour les auteurs qui sont également de grandes lecteurs, le phénomène de cryptomnésie pouvant conduire à l’élaboration inconsciente de redites ou de simples variantes), le bilan reste très honorable. On a là une série de contes secs, dégraissés, pas vraiment optimistes, dans un monde où les illusions font rarement long feu et où le quotidien tourne le plus souvent au cauchemar. Des nouvelles dans la veine d’un auteur classique de récits courts et noirs comme Fredric Brown, et des fables sociales et morales féroces comme en écrivait Maupassant.

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Titre : Affreuses nouvelles
Auteur : Mattéo Joffin
Couverture : non créditée
Éditeur : Éditions Baudelaire
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 168
Format (en cm) :15 x 21
Dépôt légal : 1er trimestre 2025
ISBN : 9791020381743
Prix : 16 €



Hilaire Alrune
7 juillet 2025


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