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Jardin des Anatomistes (Le)
Noémie Adenis
Pocket, Thriller, roman (France), polar historique, 414 pages, janvier 2025, €

Sous le règne de Louis XIV, un jeune herboriste de province monte à Paris remettre un mémoire dangereux, hérité d’un lointain parent. Pris sous l’aile d’étudiants en anatomie de son âge, il est impliqué dans la mort très suspecte de l’un d’eux.
Rapidement, Sébastien réalise que ce crime n’est pas isolé, et que les morts ont un rapport avec les leçons d’anatomie de Pierre Dionis, le chirurgien qui donne cours au Jardin du Roi.
Repéré par le commissaire Parisot, un enquêteur un brin hâtif dans ses jugements, il va devoir s’innocenter et lever les soupçons qui pèsent, à tort selon lui, sur ses amis...



Noémie Adenis offre ici une suite à son « Loup des Ardents ». Sa lecture n’est pas indispensable pour pleinement apprécier « Le Jardin des Anatomistes », l’autrice semant suffisamment d’éléments pour saisir ce qui s’y est passé et pour comprendre la motivation de son personnage. Néanmoins, vu la qualité littéraire de ce roman, ce serait dommage de se priver du précédent.

Je n’en révélerai pas plus sur l’intrigue, pour m’attacher aux nombreuses qualités du roman. Tout d’abord, la documentation historique autour de ces leçons d’anatomie par le chirurgien du roi, et la levée de boucliers de l’Académie de médecine, ultra-conservatrice, professant un savoir pétri de religiosité et de théories démontées par, justement la science anatomique. Les cours sont interrompus, ça manifeste, les deux camps en viennent aux insultes et aux mains. Assez vite, le lecteur devine que vouloir faire cesser ces cours peut être un mobile puissant.
Ensuite, l’immersion historique. L’an dernier, je déplorai que dans « La Société Royale » de Robert J. Lloyd, on pouvait oublier sans mal quand on se trouvait. Ici, Noémie Adenis sollicite au contraire tous les sens, et notamment l’odorat : Paris pue, les ruelles empestent le vin, la sueur, la pisse et les déjections, la prison est un cloaque... La chambre de pension de Sébastien est un placard, plein de courants d’air. Et la faim, souvent. Bref, on ressent l’Histoire, loin de la Cour, chez les petites gens du commun. Les deux pieds dans le réel, la misère, la promiscuité, l’insécurité. Le contraste avec la maison de Parisot, en devient frappant : le commissaire côtoie l’horreur tous les jours et a fait de son domicile un refuge, un cocon, presque une cage dorée pour sa jeune femme.
Restons sur Parisot pour parler des personnages. Le commissaire, qui nous apparaît d’abord bête, puis fonctionnaire fainéant, s’avère retors, cruel, puis finalement simplement humain. De même que les nouveaux amis de Sébastien, au premier abord unis, mais de fait liés par certains secrets. Charles est ouvertement accueillant, et Sébastien se lie d’emblée avec celui qui lui a ouvert la porte de leur groupe, à l’inverse, Alexandre est froid et hautain. Les rebondissements de l’intrigue nous feront également changer d’avis à leur propos. Les femmes sont plus rares, le milieu estudiantin étant masculin, mais il faut citer la logeuse et sa fille, sacrément débrouillarde et beaucoup moins godiche que notre provincial protagoniste.

Reste pour finir l’intrigue : grâce à tout ce qui précède, une documentation solide, un terreau fertile, des personnages complexes, l’autrice nous tisse une aventure pleine de fausses pistes, de dangers, de révélations. C’est haletant de bout en bout, et au fil des découvertes de notre enquêteur amateur, un brin naïf quant à la complexité des Hommes, on en devient aussi suspicieux que lui envers tout un chacun. Jusqu’au dénouement cruel, qu’on aura peut-être pu deviner au travers des lettres mystérieuses qui truffent le roman entre les chapitres, éclairant à demi la jeunesse de certains protagonistes.

C’est dense, érudit et palpitant, jetez-vous dessus.


Titre : Le Jardin des Anatomistes
Fait suite à : Le Loup des Ardents (mais peut être lu indépendamment)
Autrice : Noémie Adenis
Couverture : Antoine Desfilis
Éditeur : Pocket (édition originale : Robert Laffont, La Bête Noire, 2024)
Collection : Thriller
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 19617
Pages : 414
Format (en cm) : 18 x 11 x1,5
Dépôt légal : janvier 2025
ISBN : 9782266348348
Prix : 9,60 €



Nicolas Soffray
17 novembre 2025


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