Nous sommes prévenus, de la 4e de couverture à l’avant-propos signé par l’éditeur (mais peut-être de la main d’Humm, copiant en tout cas son style) : ces 230 pages seront aussi affligeantes que l’ont été celles de « Roman Fleuve », couronné de l’Interallié 2022, à savoir une aventure sans gloire aucune, accumulation de catastrophes frôlées de près et d’exemples navrants de petitesse morale des protagonistes. Notre auteur et narrateur, excepté, cela va sans dire, quoique.
Il est donc normal de se jeter avec gourmandise sur « Roman de Gare », comme une rallonge inespérée d’éclair au chocolat.
La promesse est tenue : comme dit avec humour noir, on prend la même recette et on recommence, au grand plaisir du compte en banque de l’auteur (et de l’éditeur) (le volume ayant pris 3€ de plus que son aîné pourtant plus long de 50 pages).
Et c’est d’ailleurs par une histoire de banque que débute l’histoire : l’auteur, confronté à son banquier et à un solde dans le rouge. un premier échange ubuesque, entre les mots couverts et trop policés du conseiller bancaire et les réponses lunaires et premier degré de l’auteur, donneront le ton de la suite à qui n’avait pas lu son ouvrage précédent.
Mais donc, de ces petits soucis pécuniaires va germer ce projet de partir, comme les hobos, vivre libre, en marge de la société. Une germination facilitée par un copieux arrosage au comptoir d’un café. Dûment préparé par la lecture intensive de références du genre - l’occasion de noter quelques noms, si vous voulez approfondir le sujet : Vollmann, Tully, London, Kerouac,Conover - l’auteur embarque un nécessaire compagnon, Simon, dit le gros parce que dodu du bidou et épais de l’esprit. Breton et moustachu, ce partenaire sera un ancrage bienvenue dans la réalité et le pragmatisme, lorsque notre auteur s’épanchera dans de trop grandes envolées gonflées d’idéalisme littéraire.
On en apprend aussi beaucoup sur les trains, l’auteur-personnage s’étant bien documenté aussi, mieux que l’aventurier n’ayant préparé son sac (même si on note des progrès depuis la balade en barquette). Humm dresse également un tableau du fret ferroviaire français, et un arrêt dans un dépôt chimique prend des allures de thriller ou de film catastrophe.
Plus sérieusement, dans ce 2e roman Philibert Humm équilibre mieux les pitoyables et picaresques rebondissements de son odyssée avec certaines considérations sur la liberté de voyager, de sortir son corps et son esprit du carcan de la société. On apprécie la mise en lumière de l’omniprésence des barbelés, des grillages, de cette sécurité qui pour beaucoup tombe sous le sens, mais nuit beaucoup à la liberté de quelques-uns. "À croire que la SNCF fait exprès de compliquer la vie des hobos."
C’est donc faussement léger, jamais grave mais jamais totalement innocent, et cette nostalgie un rien bobo d’un ultime rempart de la liberté "à l’américaine" conduit à une histoire très franchouillarde sur la forme et plus subtile sur le fond.
Comme promis également, la fin est brutale, en eau de boudin, mettant fin à l’aventure expérimentale, ramenant les personnages à leur situation initiale et leur place dans le grand ordre social, à peine marqué par leur expérience et sa futilité. Du moins en apparence. Car ce qui a changé, bien sûr, c’est le regard du lecteur.
C’est beau, toujours bien écrit, saupoudré de citations et de traits d’esprit ou de plumes, et sous son apparente légèreté, pas si drôle. On imagine bien sûr pas une troisième déclinaison avec les avions. Mais on espère que cette veine épuisée, Philibert Humm trouve un autre sujet pour laisser éclater sa verve si plaisante à lire.
Titre : Roman de Gare
Auteur : Philibert Humm
Couverture : Stéphane Rozencwajg d’après un dessin de Philibert Humm
Éditeur : Les Equateurs
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 233
Format (en cm) : 21 x 15 x 3, hardcover
Dépôt légal : juin 2024
ISBN : 9782382846827
Prix : 22 €