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Mystères à Minuit, la ville la plus hantée du monde
Camille Brissot
Syros, OZ, roman (France), fantastique, 211 pages, avril 2020, 9,95€

A Minuit (3500 habitants et 736 fantômes), le jeune Victor est le seul à voir les spectres. Balti, son meilleur ami, est d’ailleurs l’un des plus vieux de la ville, cela fait 500 ans qu’il a 12 ans. A eux deux, ils se proposent de résoudre de petits mystères, animaux perdus, etc. Facile quand l’un peut traverser les murs et entrer partout !
En cette veille d’Halloween, et la grande fête ultra-touristique qui va agiter Minuit, plusieurs éléments vont conduire Victor et Balti à mener une véritable enquête. D’abord, c’est une des filles les plus populaires du collège qui vient embaucher le discret Victor, puis une nouvelle, Tamara, qui vient lui parler sans le prendre pour un phénomène ! Mais quand Sidonie, la fille du maire, disparaît sans laisser de traces la veille du grand bal, les deux garçons mobilisent toute la population spectrale de Minuit pour la retrouver. En vain...



N’en révélons pas plus, c’est déjà beaucoup pour ce roman destiné aux 9-12 ans qu’on dévorera avec délectation, le talent de Camille Brissot n’étant plus à démontrer. Si la forme est courte (200 pages de 18 lignes), la construction est redoutable d’efficacité, ville et personnages prenant corps à petites touches sans brouhaha superflu. Les répliques des spectres, audibles seulement de Victor, sont clairement marquées par de l’italique, et le texte est régulièrement émaillé de notes de bas de page bourrées d’humour, dans une typo un peu plus cursive. Les titres et fins de chapitres se rehaussés de petits crânes rondelets également très rigolos : petits et moins petits sont immédiatement séduits.

Le duo Victor-Balti marche à la perfection, l’humour est bien dosé, notamment dans le mélange d’argot moderne et de vieux français dans lequel parle le fantôme. Tamara, qui vient s’ajouter à leur équipe, équilibre découverte d’un monde étrange et confiance en elle, loin de clichés d’un extrême ou de l’autre. Les deux jeunes héros sont de plus à cet âge simple de pré-sentiment amoureux, et si Victor rougit régulièrement en présence de filles, leur relation n’est pas encore « polluée » par une omniprésence de doutes affectifs, juste simplement amicale, facilitée par leur statut de « marginaux », lui avec son pouvoir et elle par son arrivée récente en ville. Ils auraient pu se contenter d’être effacés, discrets, l’autrice les fait se rapprocher. C’est ce genre de petits choix initiaux qui, derrière une chouette histoire de fantômes, donne aussi un exemple à suivre aux jeunes lecteurs parfois (souvent) dans leur cas.

Camille Brissot ficelle une solide intrigue, mais n’oublie pas de densifier son univers, refusant de laisser des trous dans la toile. On découvre plein de liens entre des personnages secondaires, comme sa mère et celle de Tamara. Chaque détail donné a son importance, et un rôle à jouer. Jusqu’au dernier chapitre, on découvre que tout est finement lié, que le passé résonne dans le présent, parfois d’étrange et amusante manière. A lire, c’est un vrai plaisir. Rien n’est laissé au hasard, au point qu’on espérera voir paraître un second volume, même si l’éditeur laisse planer le doute à ce sujet. (Si, rassurez-vous, il est prévu pour cet été !)

Je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec « Cassidy Black, chasseuse de fantômes » (Vic Schwab, chez Lumen) lu en début d’année, tant il y a, « forcément », de similitudes : des parents travaillant dans le domaine (ceux de Victor écrivent des romans d’horreur), un duo avec un fantôme, un voile plus ou moins imperméable entre les deux mondes, un historien local incontournable... Il faut y voir un terreau fertile, une base dont les jeunes lecteurs s’emparent avec facilité. Certes, l’âge cible n’est pas le même, la densité du texte non plus, mais « Mystères à Minuit... » est infiniment plus limpide, beaucoup moins laborieux, bref procure un plaisir de lecture immédiat, même chez les « très vieux enfants ». On en attendait pas moins de Camille Brissot, et je me réjouis pour les jeunes lecteurs qui trouveront ici une porte d’entrée dans ses romans, avant de grandir un peu pour découvrir « La Maison des Reflets » et « Ceux des Limbes », plus denses mais aux mêmes qualités.

Une pépite pour initier cette nouvelle collection, OZ, qui tient sa promesse « d’histoires où (presque) tout est possible ! »


Titre : Mystères à Minuit, la ville la plus hantée du monde
Autrice : Camille Brissot
Couverture : Glen Chapron
Éditeur : Syros
Collection : OZ, des histoires où (presque) tout est possible !
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 211
Format (en cm) :
Dépôt légal : avril 2020
ISBN : 9782748527070
Prix : 9,95 €



Nicolas Soffray
10 juillet 2020


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