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Dagon
H.P. Lovecraft illustré par Armel Gaulme
Bragelonne, Les Carnets Lovecraft, n°1, traduit de l’anglais (États-Unis), fantastique (illustré), 77 pages, août 2019, 15,90€

Tout juste un siècle après sa publication originale (1919), Dagon ressort une nouvelle fois des abysses, sous une livrée qui devrait séduire les collectionneurs.



Nous ne détaillerons pas ici « Dagon  », nouvelle à présent séculaire et souvent rééditée. Disons simplement qu’elle relate l’aventure d’un naufragé qui, venant au terme d’une longue dérive à travers les mers du sud s’échouer sur des terres étranges, y découvre une civilisation et un dieu inconnus. Un récit fantastique qui décrit mais aussi suggère, qui évoque l’horreur incommensurable avec une certaine retenue, et qui, à travers l’effet produit sur le narrateur et sa bascule progressive vers la folie, la fait comprendre et toucher du doigt, laissant une porte entrouverte sur ce à quoi l’homme civilisé ne souhaite pas être confronté. Un récit typiquement lovecraftien, donc, dans sa construction comme dans ses thématiques.

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« C’est la nuit, alors que la lune gibbeuse décline, que je vois la chose. J’ai essayé la morphine, mais le drogue, tout en ne m’offrant que de légers sursis, a irrémédiablement fait de moi son esclave. Je dois donc en finir, à présent que j’ai raconté toute mon histoire pour avertir mes contemporains. »

Armel Gaulme, l’illustrateur, a fort opportunément évité l’écueil de la surenchère, des monstres surfaits, des crocs à foison ou des tentacules à tout-va. Car, même si Lovecraft n’a jamais totalement rechigné à décrire les monstres et les divinités de son panthéon imaginaire, il est sans doute avant tout un auteur de l’évocation et de la suggestion : l’influence qu’il exerce depuis plusieurs générations sur des domaines variés (sur ce point, on lira avec profit « Cthulhu, l’influence du mythe sur le métal  » de Sébastien Baert), le démontre aisément. C’est donc du côté de l’illustration classique, du noir et blanc, du dessin au trait, de ces planches et gravures anciennes, comme l’on en trouvait dans les ouvrages de Jules Verne, bien plus évocatrices et plus créatrices d’ambiances que des œuvres contemporaines trop explicites, trop colorées, qu’Armel Gaulme a choisi de se tourner. Il s’en explique en détail dans une longue postface consacrée à sa relation avec les textes lovecraftiens. “J’ai parfois l’impression de revenir moi-même des contrées lovecraftiennes, d’avoir vu les obélisques couverts de bas-reliefs impies, d’avoir passé des portiques cyclopéens”, écrit-il, avant d’ajouter : “Et de ma course pour échapper à ces entités secrètes, à l’indicible dont je n’ai aperçu qu’un jeu mouvant de masses inquiétantes me restent les souvenirs d’ambiances, mais très peu des monstres du regard desquels j’ai cherché à me soustraire.”

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C’est donc sous la forme d’illustrations de carnet de voyage, dont la fonction est plus de capter l’essence des moments et des lieux que de rendre un visuel détaillé et fidèle – restant ainsi en accord avec le propos lovecraftien – qu’Armel Gaulme met en images la dérive du narrateur confronté à une civilisation inconnue. Si les premiers croquis – le subrécargue en tenue, les navires militaires et marchands d’époque, les chaloupes abandonnant le navire – permettent de situer le contexte et l’époque, le lecteur de trouve rapidement projeté dans l’univers lovecraftien, avec les images de rivages sinistres et d’une déambulation à travers des univers minéraux et cyclopéens, quelque part entre forêts de piliers, abîmes, et chaussée des géants. Ce sont ensuite des croquis de frises, de statues, des bas-reliefs, dans le style ethnologique et archéologique, qui laissent deviner, comme le texte lui-même, une civilisation inquiétante, différente, pas tout à fait humaine, et profondément étrangère. Puis se dévoile ce que le naufragé, avant de s’enfuir, voit, devine, imagine, ce qui le hantera et le fera basculer dans la démence.

Un texte classique, une couverture à la tonalité justement choisie, entre le vert céruléen et le vert Bianchi, des illustrations en harmonie avec la démarche lovecraftienne qui accompagnent le lecteur vers les étendues marines, les terres inconnues, et surtout les zones indéfinissables du songe et des rêves troubles : ce « Dagon  » fait un élégant petit volume relié au format intermédiaire agréable. Un bel écrin pour une nouvelle certes connue, mais à laquelle il fait honneur, et le premier volume des « Carnets Lovecraft », en attendant « La Cité sans nom », également illustrée par Armel Gaulme.


Titre : Dagon (Dagon, 1917)
Auteur : Howard Philips Lovecraft
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Arnaud Demaegd
Couverture et Illustrations intérieures : Armel Gaulme
Éditeur : Bragelonne
Collection : Les Carnets Lovecraft, tome I
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 77
Format (en cm) : 14 x 20,7
Dépôt légal : août 2019
ISBN : 97891028104078
Prix : 15,90 €


Armel Gaulme sur la Yozone :

- « Armel Gaulme – La Course
- « Armel Gaulme – ce fou de croquis


Hilaire Alrune
21 octobre 2019


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