Chargement...
YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Fleur de Dieu (La), tome 1
Jean-Michel Ré
Albin Michel Imaginaire, roman (France), Science-Fiction, 332 pages, juin 2019, 19,90€

En 10996, les pèlerins affluent de tout l’Empire sur Sor’Ivanyia, la planète où pousse la Fleur de Dieu. Sa prise permet d’accéder au divin, de savoir ce qu’il y a après la mort. Elle n’éclôt que tous les quelques décennies, mais après de nombreux efforts, sa composition a pu être définie, ce qui permet de la synthétiser. Lorsque sa formule chimique, jalousement conservée par les Technoscienseurs, est dérobée par un groupe anarchiste, cela a tout d’une catastrophe et tous les moyens sont mis en œuvre pour la retrouver.
D’autres troubles surviennent aussi : un mystérieux enfant défie toutes les lois de la nature sur Sor’Ivanyia, des soulèvements s’en prenant aux intérêts des églises scientistes de l’Ordo se produisent sur de nombreuses planètes et le Seigneur de Latroce complote contre l’Empereur et l’Ordo.
La situation est tendue, voire explosive.



« La Fleur de Dieu » est le premier roman de Jean-Michel Ré et le début d’une trilogie de space opera, dont les prochains tomes sont prévus au second semestre 2019 et au premier semestre 2020. Pour un début, l’auteur fait montre d’une incontestable ambition.
Ce roman débute par la galerie des différents personnages qui dépasse deux pages et s’achève par un glossaire qui en couvre pas loin d’une cinquantaine. Voilà qui a de quoi effrayer au premier abord ! Cela pose aussi la question de savoir comment l’aborder : ne vaut-il pas mieux le lire d’entrée, histoire d’être en terrain connu ? Faut-il s’y référer quand on tombe sur une entrée dans le texte ? Ou uniquement lorsque le besoin s’en fait sentir ? Pour ma part, j’ai choisi la dernière option pour ne pas trop hacher la lecture.
L’entrée sur le Credo, un ensemble d’articles adoptés lors de conciles œcuméniques, pèse ses sept pages ! À bien y regarder, il apparait que ce glossaire n’est rien de moins qu’une histoire du futur ébauchée par Jean-Michel Ré. Il part de nos jours, évoque le désengagement des États sur la question sociale que les Églises reprennent à leur compte, remettant ainsi la main sur les fidèles. Par exemple, en 2087, sous le nom de l’Ordo, les Églises scientistes se réunissent en une toute puissante confrérie religieuse, contenant d’éminents savants.
L’univers décrit par l’auteur s’avère d’une grande richesse, il n’a pas fait les choses à moitié, donnant vraiment du corps à sa trilogie.

Vous l’aurez compris, « La Fleur de Dieu » s’apparente à une introduction, à une mise en place à travers les différents personnages et les nombreux enjeux évoqués : le monopole de l’Ordo sur la Fleur de Dieu, un Seigneur de guerre fomentant un complot contre l’Empereur et l’Ordo, un enfant remettant en question l’ordre des choses, des anarchistes qui ont volé la formule...
Rentrer dans le récit ne s’opère que progressivement : il faut un temps d’acclimatation pour s’y habituer et apprivoiser le contexte général, à grand renfort de consultation du glossaire. Mais une fois que c’est fait, on peut enfin goûter à ce début de trilogie. Toutefois l’auteur aurait pu élaguer un peu, l’équilibre entre le trop et le suffisant est parfois dépassé.

Entres autres références, « La Fleur de Dieu » n’est pas sans rappeler « Dune » par certains côtés : les épigraphes avant chaque chapitre, l’Épice / Fleur de Dieu, le côté mystique... mais ce serait un tort de comparer ce roman avec le chef-d’œuvre de Frank Herbert. Malgré la difficulté d’y entrer à cause de la lourdeur du procédé, Jean-Michel Ré fait le boulot, son imaginaire s’avère prenant et, au fil des pages, le rythme de lecture augmente, jusqu’à prendre son rythme de croisière.
L’illustration de Pascal Casolari donne une petite idée de la planète Sor’Ivanyia avec ses grands végétaux / minéraux de plusieurs kilomètres de haut, abritant des déserts dans ses ramifications et où pousse la très rare Fleur de Dieu. De bonnes idées émaillent le texte, lui donnent du corps et il faut saluer l’implication de l’auteur qui a réfléchi à long terme sur son histoire prenant racine de nos jours. Il explore les côtés politiques et religieux, montrant comment tous deux tiennent les peuples en otages.

Malgré une entame un brin laborieuse, « La Fleur de Dieu » montre rapidement tout son potentiel. Jean-Michel Ré nous invite à explorer un pan d’une histoire du futur qu’il a soigneusement dressée. Ce premier tome de la trilogie installe les personnages et les enjeux, il permet aussi de se familiariser avec le contexte.
Il serait dommage de comparer ce livre à ses glorieux aînés qu’il évoque parfois, ce dont certains ne pourront s’empêcher et ce qui ne tournera pas à l’avantage de « La Fleur de Dieu » qui mérite de vivre sa propre existence littéraire.
En conclusion, j’ai apprécié l’incursion dans ce lointain futur et suis curieux de lire la suite, d’autant qu’elle s’annonce spectaculaire.


Titre : La Fleur de Dieu, tome 1
Auteur : Jean-Michel Ré
Illustration de couverture : Pascal Casolari
Éditeur : Albin Michel
Collection : Albin Michel Imaginaire
Directeur de collection : Gilles Dumay
Sites Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 332
Format (en cm) : 14 x 20,5
Dépôt légal : juin 2019
ISBN : 9782226442369
Prix : 19,90 €


Autres livres de la collection sur la Yozone :
- « Mage de bataille, tome 1 » de Peter A. Flannery
- « American Elsewhere » de Robert Jackson Bennett
- « Les étoiles sont légion » de Kameron Hurley
- « La cité de l’orque » de Sam J. Miller
- « Terminus » de Tom Sweterlitsch

Pour écrire à l’auteur de cet article :
[email protected]ozone.fr


François Schnebelen
15 juin 2019


JPEG - 37.6 ko



Chargement...
WebAnalytics