
Publié en quatre tomes de 2008 à 2016, “Les Gens honnêtes” est réuni dans cette intégrale de près de 300 pages. Un fort bel album à la couverture d’une belle sobriété affichant un Philippe à l’air serein, en train de lire au milieu de quantité d’ouvrages, le verre et la bouteille de vin à portée de mains. C’est bien vu et donne un bon aperçu de l’histoire. En l’observant de plus près, des portraits de deux personnes importantes y figurent également.
Ce que Gibrat et Durieux nous offrent ici, c’est la vie, tout simplement, avec ses hauts et ses bas. Philippe n’est pas un surhomme, juste un homme comme beaucoup d’autres. Il est distrait, vit au jour le jour sans penser aux lendemains qui peuvent être durs. Quand les problèmes se présentent à lui, il préfère les fuir plutôt que les affronter, cherchant l’oubli dans la bouteille. Il a besoin d’aide, de motivation pour refaire surface. C’est à ça que servent la famille et les amis.

Toutefois cela se mérite, il faut avoir la volonté et vouloir s’en sortir. La vie est jalonnée de hasards, d’opportunités qu’il faut savoir saisir, mais aussi de rencontres. Un homme et une femme changent le cours de son existence. Philippe retrouve foi en lui et fait preuve d’initiative. Eh oui !
Gibrat et Durieux qu’on ne peut dissocier dans cette intégrale, même si le second s’est chargé seul du dernier album, mettent en scène la vie d’un homme ordinaire obligé de prendre un nouveau départ après avoir été sur des rails pendant plus de vingt ans. Que sa femme l’ait quitté n’a été qu’une étape jusqu’ici.
Aujourd’hui, nul ne sait ce qui l’attend dans le futur. Chacun avance dans l’inconnu, même si certaines voies semblent plus certaines que d’autres. D’un côté, c’est inquiétant, et de l’autre, cela peut se révéler stimulant, la routine pouvant être prise en défaut.
Philippe traverse ainsi des épreuves destructrices, mais aussi des moments de félicité où le monde semble lui appartenir. L’optimisme et le pessimisme se côtoient. Rien n’est facile mais quand la réussite est au bout, la saveur n’en est que meilleure.

À la lecture des “Gens honnêtes”, les lecteurs passent par toutes les émotions. Dans les pas de Philippe, ils rencontrent des gens, de simples personnes avec leurs qualités et leurs défauts, mais qui font vraies. Gibrat et Durieux exposent la vie, celle qui blesse et récompense, distille ses joies et ses peines. Ils n’en insufflent pas moins une touche de folie en la personne du bouquiniste Robert, un esthète dans les alliages livres et vins. L’amour des gens, de la vie et de ses plaisirs transpirent des pages. La bonne humeur est communicative. Carpe Diem !
C’est un bonheur de tous les instants, d’autant que le dessin de Christian Durieux fait des merveilles dans ce registre. Il aime ces personnages et cela se ressent dans les expressions. Je dirais presque que les deux auteurs y ont mis du leur, qu’ils s’y sont investis à nul autre, car le sujet leur parlait.
C’est une franche réussite, une intégrale magnifique à toujours avoir sous le coude pour se rappeler des bons moments que la vie peut réserver.
Les Éditions Dupuis ont pris l’habitude, pour les fleurons que compte presque à tous les coups la très belle collection Aire libre, de publier une édition limitée à 777 exemplaires avec ex-libris inédit, numéroté et signé, imprimé sur papier d’art. Ce titre en profite évidemment, avec une jaquette de couverture inédite.
Un ouvrage à l’esprit collector au prix de 50 €.
Les gens honnêtes
Scénario : Jean-Pierre Gibrat
Dessin : Christian Durieux
Couleur : Marmelade pour les trois premiers albums et Christian Durieux pour le dernier
Éditeur : Dupuis
Collection : Aire libre
Dépôt légal : 15 septembre 2017
Pagination : 296 pages couleurs
Format (en cm) : 31 x 23,7
ISBN : 9782800170657
Prix public : 35 €
Illustrations © Christian Durieux et Dupuis (2017)