Lax voulait adapter le Don Quichotte de Miguel Cervantès et, surtout, ne pas juste batailler contre quelques moulins à vents ! Ainsi est né Mike Cervantès qui, pour avoir fait pousser un peu de marijuana en Arizona, paie une addition salée à la justice américaine en étant obligé de s’engager dans les Marines.
L’Afghanistan sera une terre de souffrance dont il rentrera brisé, humilié et amputé de la main gauche. Un retour qui signe alors son inadaptabilité à une société qui oublie bien vite qu ’il a donné une partie de son corps pour la protéger. Sa colère se retournera contre un des symboles d’une Amérique qui sur-consomme, qui espionne, qui joue l’inquisitrice, même contre ses propres soldats... et c’est là que Lax fait se rencontrer Mike Cervantès et Miguel de Cervantès.
En prison, l’ancien GI fait connaissance avec le Don Quichotte d’un auteur qui, comme lui, connût la guerre, fût amputé de la main gauche et vécût plusieurs années en captivité. Une révélation, mieux, un chemin de vie, contre toutes le injustices, contre toutes les inquisitions, Mike Cervantès va se lever et combattre. Il ouvre les yeux sur l’Amérique de la censure (livres retirés des bibliothèques), des fortunes qui se font sur le dos des malheureux ruinés par la crise bancaire (rachat à bas prix des maisons saisies), du racisme et de l’exclusion (il fait d’un Mexicain en situation illégale son Sancho Pancha)... et traverse les Etats-Unis d’Ouest en Est au volant de sa Ford Mustang, pour s’opposer à cette société ultralibérale qui produit tant d’injustices.
Dans son propos, Lax s’avère sans concession, dépeignant une Amérique de contrastes, oublieuse des moins riches, amnésique de ceux qui rentrent brisés après avoir défendu ses intérêts sur le complexe champ de bataille économique et idéologique mondial. Le concept est décapant, ambitieux et particulièrement engagé. C’est ce que j’aime en ce Lax, lâché sur plus de 200 pages pour un récit romanesque particulièrement moderne qui s’ancre sur une œuvre magistrale du XVIe siècle et lui redonne un éclat irrésistible.
Avec une grande maestria, Lax visite ces USA si contrastés, entre paysages urbains de fer et de béton, ruralité sauvage et étendues désertiques, sèches et hostiles. Ses pinceaux visitent une palette de gris colorés et font merveille sur les décors panoramiques de cette formidable aventure.
Le double objectif de saluer l’œuvre et la vie de Miguel de Cervantès et d’y associer un récit contemporain qui fasse réfléchir aux dérives de sociétés toujours plus agressives et liberticides est somptueusement atteint.
“Un certain Cervantès” est un ouvrage qui marque et restera dans les esprits. Sans aucun doute une des meilleures BD de l’année 2015. Du très grand Lax !
À noter, le très bel Ex-libris signé Lax, offert avec l’album.
Un certain Cervantes
Scénario, dessin et couleur : Christian Lax
Éditeur : Futuropolis
Format : 19,5 x 26,5 cm
Pagination : 208 pages couleur
Dépôt légal : 2 avril 2015
Numéro ISBN : 9782754809818
Prix public : 26 €
À lire sur la Yozone :
L’Aigle sans orteils
Le Choucas
Illustrations © Christian Lax et Éditions Futuropolis (2015)