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Dracula
Bram Stoker
Marabout Fantastic & LGF-Le Livre de Poche, roman, traduit de l’anglais (Royaume-Uni - Irlande), fantastique, 570 & 605 pages, septembre & octobre 2009, 12€

Jonathan Harker, récemment intégré à un cabinet de notaires anglais, est chargé de mener à bien une importante transaction immobilière avec un comte transylvanien.
Mais il découvre rapidement qu’il est plus prisonnier qu’invité et que le comte se livre à des pratiques obscures.

Jonathan réussit à s’échapper et à rentrer en Angleterre, où il découvre bientôt que le Comte Dracula a mis son projet à exécution. Aidé des amis de la première victime anglaise de Dracula, également meilleure amie de sa femme, il traque la bête à travers le pays et par-dessus les flots.



Soyons clair dès le départ : la réédition du « Dracula » utilise comme sous titre « Le chef-d’œuvre de l’épouvante ». Je ne suis pas d’accord. Ne vous attendez pas à vous cacher sous les couvertures ou à devoir fermer les portes avec des colliers d’ail en lisant ce livre. Ce n’est pas un livre d’épouvante, et cela ne se veut pas un livre d’épouvante.

Par contre, c’est un superbe livre d’ambiance. Et tout le génie de Bram Stoker est là. Uniquement écrit sous la forme de retranscriptions des journaux des différents protagonistes (à l’exception de Dracula dont nous n’avons jamais le point de vue) et de lettres, ce livre crée une atmosphère de tension et d’attente à l’aide d’un canevas méticuleusement brodé. Il ne se dévore pas, il se savoure… Il fait partie de ces récits pour lequel il faut prendre son temps, le laissant se développer dans notre esprit comme un bon vin en bouche.

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L’affiche Française du « Dracula » (1992) de Francis Ford Coppola dont le titre original, très révélateur, est “Bram Stoker’s Dracula.

Pour l’histoire, nous la connaissons tous, ou presque, elle fait partie de l’imaginaire commun désormais. Jonathan Harker est un jeune notaire anglais, il est promis à un brillant avenir et se voit confié une affaire importante pour le compte d’un richissime et obscur noble transylvanien, auquel, au début du récit, il part expliquer les détails de la transaction. Mais Jonathan se rend rapidement compte qu’il n’est pas invité mais prisonnier : portes fermées à clé, courriers dictés et espionnés. Il comprend aussi que le Comte n’est pas à proprement parler “normal” : il ne mange jamais en sa compagnie, ne se laisse voir que la nuit, marche sur les murs, dort dans un cercueil… Jonathan parvient heureusement à s’enfuir et à retourner à la civilisation où sa fiancée, Mina, l’attend avec impatience et inquiétude.
Mais Mina est bientôt confrontée à la mort de sa meilleure amie, Lucy, dans des circonstances étranges et après une maladie non moins déroutante. Les médecins qui ont tenté de sauver Lucy, son fiancé et d’anciens prétendants découvrent rapidement l’horrible vérité et assurent le dernier repos de la jeune femme. Et engagent la traque dans le but premier de chasser le monstre d’Angleterre. Aidés par Jonathan et Mina, ils acculent le comte Dracula qui s’en prend alors à cette dernière. Pour la sauver, les cinq hommes traverseront les mers, et se rendront au dernier refuge du Vampire.

Le Mythe

« Dracula » a été écrit en 1897, mais Bram Stoker n’est pas à l’origine du mythe vampirique, qui apparaît principalement dans les années 1810 en Angleterre (et n’oublions surtout pas le chef d’œuvre « Carmilla » d’un autre écrivain irlandais, Joseph Sheridan Le Fanu, paru en 1871. Bram Stoker avouera d’ailleurs l’influence majeure de ce roman sur son « Dracula » NDLR).
Cependant il introduit de nombreuses caractéristiques du vampire qui seront reprises par la suite tant son roman a fortement marqué les esprits et a ensuite servi de référence dans le genre.
Il est en effet facile de le voir partout : le cycle des Vampires de Anne Rice et son fantastique « Entretien avec un Vampire », le « Traité de Vampirologie par le Dr Van Helsing » de Édouard Brasey, tous les livres plus ou moins récents liés à l’engouement du public pour le vampirisme ces dernières années. En fait, étant très probablement à l’origine du mythe vampirique grand public, il est assez facile de lui attribuer une parenté plus ou moins éloignée pour tous les livres du genre et de son imaginaire : BD (chez Marvel : « Tomb of Dracula » ; plus proche du roman : « Dracula » de Fernando Fernandez) ou « Sur les Traces de Dracula : Bram Stoker » (Casterman), séries (dont la plus connue est très certainement « Buffy, The Vampire Slayer »), pièces de théâtre (dont la toute première adaptation –« Dracula : or the Undead »-a été écrite par Bram Stoker lui même), ballets (« Nosferatu » de Jean Claude Gallotta par exemple), comédie musicale (« Dracula : Entre la Vie et la Mort » de Gregory Hlady), jeux vidéos…Et ce n’est là qu’un petit aperçu de la diversité culturelle que Bram Stoker a su inspirer.

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Ce roman a aussi engendré de nombreux films, adaptations plus ou moins fidèles du roman. « Nosferatu le Vampire » (1922) de Friedrich W. Murnau est le premier d’une longue liste et connut une fin tragique, les négatifs originaux et presque toutes les copies ayant finis brûlés, le réalisateur accusé de plagiat. Seul le « Dracula » de Tod Browning a reçu le soutien de la famille Stoker. Et tout le monde connaît l’œuvre de Francis Ford Coppola, de l’avis général, l’adaptation la plus fidèle au roman. Il est aussi à l’origine de films tels que « Van Helsing » (2004), de Stephen Sommers axé sur le professeur, ou « Le Bal des Vampires » (1967) de Roman Polanski qui revisite surtout le personnage du tueur de vampires avec un bel humour.

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Les artworks des couvertures des différentes éditions sont plus ou moins travaillés. La toute première édition est extrêmement basique : couverture jaune et écriture rouge. La couverture de l’édition de 1902 est rouge et présente, en médaillon central, un homme, jeune, de type slovaque, accompagné d’un loup, une chauve-souris à l’horizon. Une édition de 1921 est très simple, le titre apparaît en vert, une guirlande de roses rouges en dessous, une couverture plus digne d’un conte de Noël que d’une édition de « Dracula ».
Niveau couverture, la version du Livre de Poche est assez commune, l’édition Marabout de 2009 est très esthétique, une femme, étendue, la morsure sanglante au cou, mélangeant drame et beauté, tout ce que représente le vampirisme à notre époque romantique !

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Enfin, depuis peu, « Dracula » a une suite : « Dracula l’Immortel » qui a également reçu l’approbation de la famille et pour cause : son auteur n’est autre que Dacre Stoker, l’arrière-petit-neveu de Bram et Ian Holt spécialiste reconnu du Roi–Vampire.
À lire bientôt dans ces colonnes !


Titre : Dracula (Dracula, 1897)
Auteur : Bram Stoker
Couverture : Clayton Bastiani/Trevillion Images
Traduction : Jacques Finné (1979)
Editeur : LGF, Le Livre de Poche
Collection : Fantastique
Site Internet : fiche roman (site Livre de Poche), fiche roman (site Marabout)
Dimensions (en cm) : 17,9 x 11 x 2,5 (poche, broché)
Pages : 605
Dépôt légal : octobre 2009
ISBN : 978-2-253-02338-8
Prix : 5,50€

À noter :
l’édition du Livre de Poche offre en prime le premier chapitre de la suite (inutile) dont notre critique vous proposera une évaluation très prochainement (« Dracula l’Immortel » de Dacre Stoker et Ian Holt chez Robert Lafon).
Également, trois pages de notes manuscrites de Bram Stoker ayant servi à l’écriture de cette suite (s’il avait su, le pauvre, il se serait abstenu de laisser ses notes derrière lui !) ainsi que le très intéressant article critique paru dans le Times du lundi 23 août 1897 (traduction de Jean-Noël Chatain).

Stéphane Pons


Titre : Dracula (Dracula, 1897)
Auteur : Bram Stoker
Couverture : Antoine Helbert
Traduction : Lucienne Molitor
Editeur : Marabout
Collection : Fantastic
Site Internet : Dracula
Dimensions (en cm) : 20 x 14 x 4
Pages : 560
Dépôt légal : septembre 2009
ISBN : 978-2-501-06287-9
Prix : 12€



Emmanuelle Mounier
17 février 2010






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Édition Marabout (septembre 2009).



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Édition du Livre de Poche (octobre 2009).



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