YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Fabrice Colin, le rêveur de mondes
Interview Yozone de l’auteur de « Le Maître des Dragons »
Octobre 2009

Fabrice Colin est un auteur prolifique. Et c’est tant mieux. Il est capable de jongler dans de nombreux styles avec une nette préférence pour les mondes de l’imaginaire et autant en adulte qu’en jeunesse. Et c’est tant mieux. Chacun de ses ouvrages est une mine de nouvelles idées étonnantes, de voyages dans des contrées incroyables et de découvertes de personnages attachants. Et c’est tant mieux. Il nous a accordé cette interview avec la gentillesse qui l’anime malgré son emploi du temps débordant (la préparation des prochains tomes de la saga d’Elric avec l’auteur originel, Michael Moorcock entre autres…). Et c’est tant mieux…




Les livres jeunesse de Fabrice Colin sur la Yozone :
Le Maître des Dragons
La malédiction d’Old Haven
La fin du monde
Le livre des Monstres
Memory Park
Le réveil des Dieux

Les livres adultes de Fabrice Colin sur la Yozone :
Winterheim Tome 1
Winterheim Tome 2
Winterheim Tome 3
Sayonara Baby


La Malédiction d’Old Haven & Le Maître des Dragons

L’univers des deux romans est celui d’une uchronie. Comment travaillez-vous le fond historique ? Faites-vous des recherches, établissez-vous une « histoire parallèle » complète, façon bible de référence ?

À mes yeux, l’univers des romans n’est pas une uchronie mais bien un monde parallèle. L’uchronie suppose un point de divergence à partir duquel l’Histoire se modifie. On n’en trouve pas ici.
Pour le reste, oui : je prends copieusement des notes et j’établis une chronologie très détaillée, à laquelle je me réfère chaque fois que nécessaire.

Au-delà de l’aventure des deux personnages, il y a une peinture sociale saisissante, notamment le racisme persistant envers les Noirs et les Indiens, et un fanatisme religieux certain. Une volonté de conserver la mentalité des XVIIe et XVIIIe siècles en Amérique ? Voire aujourd’hui encore ?

Je ne suis pas un militant. Les persécutions et le fanatisme religieux sont aussi vieux que l’Histoire et ne sont pas l’apanage de la civilisation américaine. Ils n’en constituent pas moins un formidable matériau dramatique.

Reviendrez-vous dans cet univers, pas forcément pour une suite, mais une prochaine aventure ? Celle des enfants, petits-enfants de Mary et Thomas, ou plus tard encore ?

J’ai en effet plusieurs projets, tous indépendants les uns des autres. En premier lieu, je voudrais raconter l’histoire de Dakota, une descendante de Mary et de Thomas vivant au tout début du 20e siècle dans une ambiance « western crépusculaire. » Ce serait un roman de la même ampleur que les deux autres, mais très différent dans sa tonalité.

L’incursion de l’univers de Lovecraft est surprenante, et le mélange avec la fantasy historique très original. D’où vous est venue cette idée ? La collection Wiz s’adressant aux (grands) ados, pensez-vous leur faire découvrir ce grand nom du fantastique ?

On peut aimer et comprendre « La Malédiction… » ou « Le Maître des Dragons » sans avoir jamais lu la moindre ligne de Lovecraft – lequel n’est d’ailleurs jamais cité nommément. Les allusions à son univers ne peuvent donc toucher que les initiés. Mais ça ne me dérange pas d’en parler dans les interviews. J’aime cette idée de l’écrivain passeur, désireux de conduire son lecteur vers des plaisirs plus âpres ou subtils que ceux qu’il est lui-même capable de leur procurer.

Quelles autres influences extérieures (littéraires, musicales, cinématographiques…) ont joué dans la rédaction des deux romans ?

J’avais en tête quelques relents de Hawthorne (« La Maison aux sept pignons »), que Lovecraft présentait comme « le Shakespeare américain » mais, en-dehors de ce livre et de ceux de Lovecraft lui-même, je ne sais pas trop quoi vous dire. Lorsque je me lance dans un roman, c’est souvent après une longue période de maturation, de sorte qu’il m’est difficile d’identifier, rétrospectivement, quelque référence que ce soit.

« La Malédiction d’Old Haven » venant de reparaître en Livre de Poche Fantasy, accordez-vous une importance au public visé par l’édition ?

« La Malédiction… » sort dans une collection « pour adultes », sous une couverture le destinant sans ambigüité à la gent féminine. Ce genre de pari éditorial est toujours instructif. Sur plusieurs salons du livre, j’ai eu l’occasion de me rendre compte que mon diptyque intéressait aussi un public adulte.

Est-ce différent d’écrire pour des adultes ou pour des ados ? Avez-vous une préférence ? À quelle tranche d’âge estimez-vous destinés ces deux romans ?

Quand j’ai écrit mes deux romans, j’avais clairement un public adolescent en tête. Mais ce n’est pas une question qui m’obsède. Bon, je dois reconnaître que j’aime beaucoup écrire pour les ados : leur jugement n’est pas obscurci par des éléments extérieurs au livre et ils fonctionnent à l’intuition, pas à la critique ou aux préjugés.

Où aimez-vous travailler ?

Idéalement : à la campagne, ou à la montagne. Sinon, je suis capable d’écrire à un peu près n’importe où. Il me faut juste une prise de courant et du silence. Même la table est optionnelle.

Avez-vous une méthode de travail particulière ?

Ma seule « manie », c’est de prendre des notes sur un cahier. J’ai plein de cahiers à la maison, que je suis seul à pouvoir lire : on peut appeler ça des plans, des brouillons, ou des travaux préparatoires. Une fois achevé le travail préparatoire, je rédige un premier jet assez rapide, à raison de 20 000 ou 30 000 signes par jour. Puis je réécris tout jusqu’à ce que je sois satisfait, ce qui n’arrive jamais. Les relectures sur épreuves sont un calvaire pour moi, mais plus encore pour mes éditeurs. Ma tête doit être mise à prix chez certaines correctrices.

Avez-vous un objet fétiche (stylo, ordinateur...) ?

Disons que je n’aime pas les Mac, ni les stylos à bille.

Avez-vous un rituel avant de commencer un livre ? Pendant l’écriture ? Après l’avoir terminé ?

Absolument aucun. Je ne suis pas quelqu’un de superstitieux. Le seul rituel que je me connaisse après l’écriture d’un livre, c’est la paresse et l’apathie.

Auriez-vous quelques conseils à donner à un aspirant-écrivain ?

Je ne suis pas très bon pour ça non plus. Disons : croire en l’intelligence du lecteur, et faire bon usage de son ego. Mais ça vaut pour les relations humaines en général.

Votre futur éditorial ?

Les tomes 2 et 3 de la série des « Etranges Sœurs Wilcox », le tome 3 de la « Saga Mendelson » (le tome 2 sort en novembre) et, chez Flammarion, un recueil de nouvelles d’un genre très particulier.

Merci Fabrice.


Nicolas Soffray
3 octobre 2009






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