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Maître des Dragons (le)
Fabrice Colin
Albin Michel, Wiz, roman (France), fantasy uchronique, 619 pages, octobre 2008, 17€

Il existe quatre sortes de pirates. Thomas Goodwill a été les quatre. Mousse sous les ordres du célèbre Wild Stark, il est aussi l’artisan de sa mort, enfant terrosié par l’Inquisition. Déjà passionné, il souhaite mourir... et se réveille mystérieusement dix années plus tard, en jeune apprenti de Dorchester, le savant spécialiste des dragons. Son maître accusé d’hérésie et emprisonné, il redeviendra pirate, le plus grand capitaine depuis Wild Stark, rusé, implacable, parfois cruel... avant de croiser la route de Mary Wickford.
Il la voyait comme la clé pour délivrer son maître des geôles impériales, elle le conduira à sa perte. Trahi, capturé, abandonné, Thomas va devoir, seul, repartir à la conquête de sa vie, passée et à venir.



« Le Maître des Dragons » n’est pas la suite de « La Malédiction d’Old Haven », mais plutôt un miroir. Il relate les évènements de la même période, qui s’achèvera par la mort de l’Empereur de la main des narrateurs (pour ne pas dire héros, titre que Thomas se refuse) des deux romans.

« La Malédiction d’Old Haven » était un enchantement littéraire, alliant le roman d’apprentissage à des aventures teintées de magies, blanche contre noire, et de créatures cauchmardesques.
Dans « Le Maître des Dragons », le point de vue est celui de Thomas Goodwill, récit de sa jeunesse couché sur le papier tandis qu’il sent approcher ses vieux jours. L’occasion d’en apprendre plus sur ce personnage dont les actes et la présence s’étaient avérés déterminants dans le précédent volume.

Peut-être personnage masculin oblige, le roman est plus violent, le héros plus mature que la frêle Mary Wickford. Mais alors que la jeune fille se découvrait des forces insoupçonnées, Thomas se révèle torturé par son passé, ainsi que les vides qui l’émaillent, et l’inébranlable capitaine du “Rédempteur” dévoile parfois ses faiblesses de jeune adulte. Une ambivalence visible à mon goût dès la couverture, signée comme précédemment Benjamin Carré.

On a plus ici affaire à un roman de pirates, teinté de magie, et c’est l’occasion pour Fabrice Colin de nous dépeindre une partie de son univers qu’il n’avait jusqu’alors que suggérée. Les références mythologiques délaisseront quelque peu Poe et Lovecraft pour les récits de forbans, qui forment ici un quotidien pratique et dénué de l’auréole héroïque des légendes racontées un verre de rhum à la main. On retrouvera l’ambiance sombre des scènes les plus poignantes de la trilogie “Pirates des Caraïbes”, notamment la pendaison qui ouvre le 3e volet. Cerise sur le gâteau, le légendaire Davy Jones sera de la partie.

Comme dans le tome précédent, nos héros se rencontrent à mi-volume, lorsque Thomas attaque la goélette sur laquelle sont réfugiés les rescapés d’Old Haven.
Le changement de point de vue des scènes les éclaire singulièrement, montrant tout le talent de conteur de Fabrice Colin : dans « La Malédiction d’Old Haven », Thomas nous était apparu (à moi du moins) comme un “gentil pirate”, façon justicier redresseur de torts, pas vraiment méchant, et qu’on devinait déjà amoureux de Mary.
La scène prend une toute autre tournure dans « Le Maître des Dragons », où le pirate nous semble bien plus déterminé à parvenir à ses fins, quels qu’en soient les moyens.
On réalisera également que les deux personnages ne se croisent en tout et pour tout que trois fois dans le roman : leur rencontre suite à l’abordage, les aveux de Thomas dans la cellule de Gotham, et leurs retrouvailles sur l’île des dragons, bien plus tard...
Il faudra du temps pour que Thomas avoue, y compris à lui-même, ses sentiments à Mary : quasiment la totalité de son récit. Temps qui lui sera nécessaire pour chasser les démons du passé, entre créatures maléfiques tirées de la mort et des mers, et d’autres, plus dangereuses encore, nées dans son coeur : remords et culpabilité.

Contrairement au premier volume, « Le Maître des Dragons » n’est pas linéaire. Nous suivions Mary jour après jour, et avec elle le récit des évènements qu’elle déclenchait par sa simple présence. S’appuyant sur ces évènements, le récit de Thomas est plus chaotique, dicté par sa condition d’amnésique et les souvenirs de ses multiples vies passées.
Aussi vaut-il mieux lire les deux tomes dans l’ordre de leur écriture, ce qui comblera les blancs. On suivra les pérégrinations du jeune pirate à la recherche de son passé comme du moyen d’abattre l’Empereur.
Et bien qu’on connaisse déjà la fin, on se surprendra à dévorer « Le Maître des Dragons » jusqu’à la dernière ligne, preuve de l’incontestable talent de conteur de Fabrice Colin.

Une douzaine de coquilles relevées, dont la moitié imputables à la mise en forme et à l’impression. Faites-en fi, et jetez-vous sur cette histoire.

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Le Maître des Dragons - corrections

Si la collection jeunesse vous rebute, sachez qu’il devrait reparaître bientôt en Livre de Poche Fantasy, comme vient de l’être « La Malédition d’Old Haven ».


Interview de Fabrice Colin sur la YOZONE


Titre : Le Maître des Dragons
Auteur : Fabrice Colin
Couverture : Benjamin Carré
Éditeur : Albin Michel
Collection : Wiz
Sites internet : sur le site de l’éditeur, le mini-site de Wiz, le site perso de l’auteur
Pages : 619
Format (en cm) : 21,4 x 14,6 x 4,5
Dépôt légal : octobre 2008
ISBN : 978-2-226-18624-9
Prix : 17 €


Nicolas Soffray
3 octobre 2009






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