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Rois et Capitaines
Anthologie présentée par Stéphanie Nicot
Mnémos Fantasy, anthologie (France), nouvelles de fantasy, 310 pages, mai 2009, 22€

Présentée à l’ouverture du Festival Imaginales 2009, cette anthologie « Rois et Capitaines » est née du souhait de Stéphanie Nicot de laisser une trace de chaque millésime des Imaginales. Un recueil pourrait donc voir le jour chaque année, ainsi qu’elle me l’a suggéré lors de quelques mots échangés plus tard.



Le recueil associe des auteurs “ayant leur rond de serviette à Épinal” comme Pierre Bordage ou le spinalien d’adoption Johan Héliot, à d’autres plus jeunes, mais également présents durant cette édition, comme Lionel Davoust, Maïa Mazaurette ou le coup de cœur et prix Imaginales 2009 Jean-Philippe Jaworski. Douze auteurs dont un petit nouveau, Julien d’Hem, recommandé par Michel Robert, et qui se paie l’honneur de la quatrième de couverture, cette dernière magnifiée par un Julien Delval au mieux de sa forme.

Le thème laissait peu de place à un autre univers que la fantasy, et suggérait d’évoquer les liens entre monarques, installés là de droit divin, et capitaines, parvenus à ce rang à leur seul mérite. Ou pas, l’un comme l’autre. Des confrontations qui n’auront pas toujours lieu, certaines manipulations se faisant de loin, ou un personnage prenant l’ascendant sur l’autre, et accaparant l’histoire. Revue de détail, car pour un tel recueil il faut bien cela.

Tous ensemble


À tout seigneur, tout honneur, c’est Jean-Philippe Jaworski qui ouvre l’anthologie avec “Montefellone”, un texte prenant place dans son Vieux Royaume, champ d’action de son « Janua Vera » et de « Gagner la guerre », prix Imaginales 2009. L’occasion de tâter du style riche de l’auteur, à la limite de la surcharge lexicale mais profondément immersive.

Son histoire parle du prix de la loyauté et du goût amer de la trahison, comme celui de Rachel Tanner, “la Damoiselle et le roitelet” où son héroïne, fière capitaine, pallie la mort prématurée de Jeanne de Domrémy pour sauver la couronne de Charles VI. Le tout avec une fluidité délicieuse, un soupçon de féminité dans cette brutalité toute masculine, et une cuillère de virilité pour une héroïne “qui préfère la guerre à la vaisselle” (dixit l’auteure).

“Dans la main de l’orage” de Claire et Robert Belmas surprend d’abord par sa langue à la tournure de chanson de geste, tâtant des récits de la Table Ronde, avant de se teinter d’influences plus étranges, qui m’ont rappelé la bande dessinée « Millénaire » de Richard D. Nolane (4 tomes parus), avant une fin à la limite du mystique. Le raccord à l’anthologie est purement formel, et le tout laisse un peu sur sa faim.

Le “Sacre” de Maïa Mazaurette nous ramène à l’histoire de France, et au futur Saint Louis encore enfant, malmené entre une mère Régente qui lui refuse la moindre reconnaissance et une guerre contre les Albigeois. L’histoire prend place durant un siège où la volonté du petit roi s’affermit en même temps que sa virilité adolescente. Le retournement final de cette nouvelle assez courte n’est pas dénué d’humour, et fera la joie intellectuelle du lecteur.

“L’impassible Armada” de Lionel Davoust est magnifiquement écrit. On flotte dans une uchronie médiévale teintée de fantastique, où des hommes au bord de la folie vont tenter l’impossible pour survivre à l’appel de la mort. Assurément l’un des meilleurs textes du recueil, je n’en dis pas plus.

Après la dureté dramatique de Davoust, le détournement de contes de Catherine Dufour s’annonce comme un rafraîchissement. Mais “Le Prince des pucelles” s’avère longuet et un peu brouillon, malgré une idée initiale très amusante, proche de la BD « Garulfo » d’Ayroles et Maïorana (si vous ne connaissez pas, il n’est jamais trop tard).

“La reine sans nom” de Thomas Day apporte la touche de poésie et d’onirisme qui manquait jusqu’ici. Court et impeccable, il nous transporte sur un autre continent, celui des rêves et des malédictions passées.

Avec le “Serpent-Bélier” d’Armand Cabasson, nous restons entre Europe et Asie pour explorer les relents d’animisme de la taïga tandis que les Mongols ravagent la Russie. Une fin aussi christique qu’apocalyptique confère une grande force à ce récit ouvert sur les pires travers des hommes de pouvoir.

Pierre Bordage nous emporte “Au cœur de l’Araan” dans un désert qui, par la faute du capitaine de son récit, deviendra océan. Et de nous faire vivre ce phénomène par le récit du seul autre survivant. Si on ne devait juger l’auteur qu’à ces quelques pages, il conserverait tout de même son “rond de serviette” spinalien ad vitam.

Comme pour lui faire concurrence, Johan Héliot défend son droit d’auteur local en mettant en scène dans « Au plus élevé Trône du monde » d’Artagnan et Cyrano, tous deux morts et sur la Lune, et dernier rempart pour empêcher la guerre entre le satellite et la France de Louis XIV. Héliot mélange une gouaille irrésistible à un excellent mélange de messieurs Dumas et Rostand, pour des morceaux de bravoure truffant une intrigue riche en références. Un régal, mais on n’en attendait pas moins de sa part. À ceux qui en réclameraient sur le thème, l’excellent Ayroles déjà précédemment cité a publié avec Masbou déjà 8 volumes de « De cape et de crocs », où La Fontaine vient s’ajouter aux Mousquetaires et à Bergerac.

Michel Robert s’excuse de ne pouvoir participer en recommandant le jeune Julien d’Hem. Et son “Crépuscule de l’Ours”, dernier combat d’un mercenaire qui voit défiler sa carrière avant de mordre la poussière, suffit à lui prédire un avenir radieux. Le style est là, l’imaginaire aussi. Jaloux de ne pas avoir de si bonnes relations, je me contenterai de pinailler sur une fin un peu rallongée (mais pas désagréable pour deux sous) et des variations de temps parfois hasardeuses dans le récit. Mais mince, il n’a pas à rougir d’être là !

Pour clore cette anthologie, Laurent Kloetzer reprend dans “L’Orage” un personnage de son « Royaume Blessé ». Néanmoins, point n’est requis de l’avoir lu pour apprécier ce dessert final, riche et complexe, peuplé de rêves fiévreux au cœur d’une tempête, et à la conclusion surprenante.

Chacun pour soi


J’ai déjà dit dans une précédente chronique qu’il suffisait parfois d’une édition réalisée un peu à la va-vite pour nuire à un livre. Si on peut louer le travail de Stéphanie Nicot, qui a su choisir et ordonner ces textes pour notre plus grand plaisir littéraire, force m’est de constater que précipitation il y a encore eu du côté de Mnémos, avec des conséquences certes infimes : si les coquilles sont très peu nombreuses (une trentaine au total, sur 300 pages), voire totalement absentes dans certaines nouvelles (merci sans doute à chacun de s’être relu), des choses toutes bêtes comme des titres mal orthographiés dans le sommaire (d’ailleurs en fin d’ouvrage, au lieu d’une table des matières) font sourire. Je ne prétends toujours pas être infaillible (loin de là), mais si en tant que lecteur cela m’a sauté aux yeux…

Le détail ici :

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Rois et capitaines - Corrections


Néanmoins, ne boudez pas votre plaisir pour si peu, ce serait une erreur bien plus grave, et jetez-vous sur ce « Rois et Capitaines » avant qu’il n’y en ait plus.
En attendant de découvrir le thème de l’édition 2010. Et de se croiser à Épinal…


Titre : Rois et Capitaines (anthologie, France)
Direction de l’anthologie : Stéphanie Nicot
Auteurs : Claire et Robert Belmas, Pierre Bordage, Armand Cabasson, Lionel Davoust, Thomas Day, Julien d’Hem, Catherine Dufour, Johan Héliot, Jean-Philippe Jaworski, Laurent Kloetzer, Maïa Mazaurette et Rachel Tanner
Couverture : Julien Delval
Éditeur : Mnémos
Collection : Fantasy
Pages : 310
Format (en cm) : 23,5 x 15,6 x 2,6
Dépôt légal : mai 2009
ISBN : 978-2-35408-052-5
Prix : 22 €


CITRIQ


Nicolas Soffray
23 juillet 2009






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