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Yozone LittératureDélices et Daubes

Trop lourd
Feux croisés de Nancy Kress
Délices & Daubes n° 158


Bon, les gens, vous commencez à me connaître. Alors oui j’ai fait un effort, un gros, me suis accroché, ai insisté près d’une semaine à petites doses, mais non j’arrête. C’est pourtant de la SF pur jus, pas vraiment mauvaise, juste lourde, grave lourde, considérablement lourdingue.

Un vaisseau part de la Terre qui se délite pour fonder une colonie sur Forêtverte, une planète habitable très loin. Après un long voyage, cryogénisés ou pas, plusieurs groupes de gens débarquent : des Cheyennes ou qui se pensent tels, des néo-quakers, des descendants de Chinois, des Arabes à l’ancienne avec minaret et femmes à la maison, et des « normaux » qui ont embarqué leur famille agrandie. Pourquoi des groupes différents ? Pas de réponse après 215 pages.

Y a deux chefs, un Jake qui a commis un meurtre (pourquoi et comment on n’en sait rien mais il a du pognon et est à l’origine du projet) et une Gail lesbienne et agressive. Bon déjà, les héros, s’identifie qui peut. On rajoute le chef des néo-quakers, un vieux fatigué pacifiste et complètement curé dans sa tête, des militaires améliorés par greffes d’organes de clones et bêtes comme leurs godillots, une équivalent punkette qui déteste son papa chef des quakers, une Ingrid généticienne agressive, un biologiste, une Lucy paléontologue douce et fine (!) et, plus tard, un physicien arabe Karim.

Parce que, comme par hasard, sur cette planète garantie vide d’intelligence, ils rencontrent des Velus, humanoïdes avec queue, soit léthargiques, soit agressifs, soit drogués mais avec un semblant de conscience. Et puis après, hop, déboulent les Tiges, d’autres E.T., sans ADN ceux-là (?), à allure végétale (?), avec qui on peut causer (!).

C’est là où je me suis arrêté. C’est pas que c’est chiant, quoique, ni qu’il ne se passe rien, mais c’est bourré de dialogues (c’est comme ça qu’il faut écrire, paraît-il) et chaque phrase est analysée avant, pendant et après, par celui ou celle qui la prononce. Genre psychologie über alles all over the place. Too much c’est trop. D’où la lourdeur infinie de cette écriture.
Et voilà pourquoi je n’en peux plus.

Maintenant si ça vous intéresse, hein, ce genre de trucs, rien ne vous empêche de cracher 22 nieuros et vous faire balader dans ce planet opera avec ET incorporés, de la physique quantique (why not ?) et de la biologie-génétique à deux balles moins cinq. À se demander s’ils n’ont pas de copains un peu scientifiques à qui faire relire avant de publier parce que la biologie et la génétique en prennent plein la tronche. Et pas pour une bonne raison de licence poétique, non, en tant qu’explicatif sérieux. Pour la physique je ne peux pas juger mais je crains.

La traductrice n’a pas dû s’amuser tout le temps, et on la félicite, parce que les approximations sont vraisemblablement le fait de l’auteure. Même si elle n’hésite pas sur les renvois en bas de page pour non-expliquer les concepts de la physique quantique.

De la SF bien chiante à lire parce qu’axée sur la psychologie de personnages sans aucun intérêt et sur des E.T. pas crédibles. Mais bon, chacun son avis et les vaches seront bien gardées.


Henri Bademoude

24 juin 2009