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Enfant Maudit (L’)(T1)
Monin & Galandon
Grand Angle


Gabriel étudie à Paris, à la veille des évènements de mai 68. Il est monté à la capitale à la mort de ses parents adoptifs. Car Gabriel est un enfant né sous X, mais avec un lourd passif. Si on le surnomme « rejeton de boche », ce n’est pas une insulte à la légère, elle révèle sa triste destinée : sa mère a fauté avec un soldat de l’armée allemande, un boche et peut-être pire, un Waffen SS. Après un court séjour en taule après une manif, Gabriel décide d’en savoir plus sur son passé et celui de sa mystérieuse mère.


Après un émouvant récit sur la Shoah avec “L’Envolée Sauvage”, Laurent Galandon s’attaque une nouvelle fois à le Seconde Guerre Mondiale, mais par une méthode détournée. Galandon nous raconte l’histoire d’un jeune homme à la recherche de son passé, en quête de ses parents qui l’ont abandonné bébé dans un couvent. Et derrière cette recherche de soi, c’est l’après-guerre et les différentes formes de ce qu’on appelle la collaboration qui sont évoquées ici. Le titre de ce premier tome est très explicite : “Les Tondues”, cette humiliation infligée aux femmes ayant fauté avec l’ennemi, avec le boche.
C’est un autre coté de l’Histoire à laquelle s’attaque Galandon. C’est la position des « traîtres », de ceux qui ont été classés comme « la honte de la France » qui nous est présentée. Mais l’auteur ne juge pas, loin de là. Il expose les faits comme ils sont révélés à son héros : des témoignages sur ses parents. Mais Gabriel a aussi ses propres démons qui ressortent en même temps que ceux de cette mère disparue.

Jean-Jacques Goldman nous posait la désagréable question, dans sa chanson “Né en 17 à Leidenstadt” : « Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens, si j’avais été allemand ? ». Galandon nous pousse à nous poser la même question vis-à-vis de cette mère, amoureuse d’un soldat allemand. Même si l’auteur se refuse à s’identifier comme un historien, ses qualités de conteur nous amènent à nous interroger sur cette triste partie de notre histoire.

De nouveau, Monin met en image le scénario de Galandon. Son style de visages – gueules carrées et mentons pointus -, même s’il est loin d’être mon style graphique préféré, a la propriété de permettre d’aborder ce sujet très sérieux de manière plus soft. Son dessin met une distance pour ne pas rendre trop réelles les situations et nous donne la possibilité de voir l’histoire plus en retrait. Si je n’adhère pas au dessin des personnages, les décors collent parfaitement à l’histoire, nous menant dans le Paris de 1968 comme dans la campagne française de l’après-guerre avec talent. Monin a su rendre l’essentiel de chaque période, ce qui nous offre une excellente immersion pour suivre les aventures de Gabriel.

Et nous attendons évidement le second tome pour connaître tous les secrets de cet “Enfant Maudit”.


L’Enfant Maudit (T1) Les Tondues
- Scénario  : Laurent Galandon
- Dessin  : Arno Monin
- Couleur : Florent Bossard
- Éditeur : Grand Angle
- Dépôt légal : 6 mai 2009
- Format : 235x310 mm
- Pagination : 48 pages couleurs
- Prix public : 12,90 €
- Numéro ISBN : 2-35078-607-0


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Frédéric Leray  

















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