YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Bienvenue chez Cuchulainn !
Entretien illustré avec Mirlikovir et Cathbad
Avril 2009

Venez découvrir ce jeune trublion de l’Âge de Fer ! Non, pas Rahan, mais Cuchulainn. Quoi ? Vous ne connaissez pas ? Heureusement, je vais éclairer votre lanterne sur ce héros de la mythologie irlandaise, nommé Cuchulainn. Plus exactement, ce sont deux jeunes auteurs qui vous offrent les frasques du galopin qui deviendra un guerrier aux exploits surnaturels.



Sur la zone Yo, nous vous présentons des BD cultes, des auteurs en train de le devenir, mais aussi, et c’est tout aussi important, les jeunes auteurs qui tentent de percer dans ce monde impitoyable de la bande dessinée. Nos deux invités du jour sont Mirlikovir (le dessinateur) et Cathbad (le scénariste). Ils vont vous faire partager le projet Cuchulainn, leur saga dont les premières planches sont éditées sur leur site internet - et je vous conseille de le découvrir sans plus tarder. Prévu en 250 pages, ce roman graphique est ouvertement humoristique, parfois bien bourrin mais le dessin particulièrement soigné attire rapidement l’œil et l’intérêt. Alors, qui sont ces deux individus aux noms plus que barbares ? Je vous invite à les découvrir.

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Yozone (Y)
Découvrons un peu vos deux personnalités : d’où vous vient votre envie de vous lancer dans la BD ?

-  Mirlikovir (M)  : En tant qu’illustrateur, j’ai grandi avec les comics et la BD franco-belge (50/50). Cela fait longtemps que ça me titille de me lancer dans l’aventure BD, avec une indéniable attirance pour les super-héros, la mythologie et l’histoire médiévale.
-  Cathbad (C)  : Je suis un fan absolu des BD de Bourgeon qui est pour moi une référence, en dessin bien sûr mais surtout en terme de narration - je ne me suis pas encore remis de la lecture des “Passagers du Vent”. En 1992, je découvre “Akira”, et là, c’est le choc ! Le manga est la pierre philosophale de la BD : pouvoir raconter une histoire sur un millier de pages permet de développer la psychologie des personnages, bien au-delà des frontières classiques. Certains cinéphiles crachent sur les séries TV mais, honnêtement, quand elles sont bien faites (“Rome”, Firefly, “Twin Peaks”), elles dépassent en puissance ce que peut faire un film de deux heures. Pour moi, il en va de même en littérature et en BD. J’ai découvert les comics sur le tard et je suis un inconditionnel de Franck Miller, Mignola, Neil Gaiman. “Sandman”, c’est plus de 2000 pages de bonheur !

Y  : Comment est née votre collaboration ?

-  C  : Par le plus grand des hasards. Nous nous connaissions déjà : Mirlikovir, qui est un spécialiste de la période de l’âge du Fer en Europe (en tant qu’illustrateur), et moi avons tout de suite accroché. J’écris depuis un certain temps déjà et l’idée d’une collaboration a longtemps trotté dans notre tête.
-  M  : Nous nous sommes rencontrés par l’intermédiaire de mon frère Erwan, lui même illustrateur. Pour ma part, je navigue pas mal avec les musées d’archéologie et l’illustration d’ouvrages historiques. Avoir un scénariste qui s’y connaisse sur la période qui m’intéresse est une condition sine qua non. Et le reste s’est fait naturellement. Sur le genre de sujets qui nous passionnent (mythologie Celte, Age du Fer), ce n’est pas tous les jours qu’on tombe sur quelqu’un qui a la même vision que vous.

Y  : Tous les chemins semblent mener à la BD mais ils sont souvent tortueux : quel a été votre parcours perso ?

-  M  : J’ai commencé par le dessin, j’ai toujours aimé ça et n’ai jamais envisagé de faire autre chose. Il y a eu des périodes difficiles car le métier d’illustrateur n’est pas de tout repos, mais je suis très heureux de la voie que j’ai choisie. Je suis illustrateur avant tout, de formation classique, et cette part de mon travail, la peinture ou les personnages en pied, reste essentielle dans notre collaboration. C’est d’ailleurs pourquoi nous dédions un site, sorte de double blog graphique/écriture, où je peux me lacher hors du cadre contraignant des cases de bande dessinée.
-  C  : Je suis ingénieur en travaux publics de formation. Après multiples bifurcations et changements de voie (passage par la forge, l’agriculture et la construction de ma maison), je coule des jours beaucoup plus paisibles en vivant de mon télétravail comme informaticien-webdesigner, sur une petite île bretonne. Et enfin, depuis 2-3 ans, je parviens à dégager 5-6 heures quotidiennes pour l’écriture, un minimum si on veut faire ça sérieusement. Et comme je viens d’avoir une petite fille, elle m’accompagne dans mes soirées insomniaques !

Y  : Venons en donc à votre travail, la BD “Cuchulainn”. Tout d’abord le thème, la mythologie celtique. Pourquoi ce sujet ? Quelques souches bretonnes y sont certainement pour quelque chose...

-  C  : Ben ouais... hein ? Je ne suis pas né breton, mais le suis devenu. Mon adolescence a été bercée par Alan Stivell, Dead Can Dance et le krautrock allemand. On avait une Taverne Irlandaise exceptionnelle sur notre île et, les moments s’additionnant, j’ai bien dû y passer plus d’un an. Un jour, le Centre de l’Imaginaire arthurien a organisé un cycle de conférences sur la mythologie irlandaise, avec la participation de la sommité française (et peut être mondiale) en la matière, Bernard Sergent. Ensuite, j’ai lu les textes mythologiques, puis les études universitaires et je suis les recherches actuelles dans le domaine des mythologies comparées. Quand on découvre qu’une légende bretonne de Saint Eflam est quasiment la copie d’un mythe hittite pré-chrétien, on ne peut que s’intéresser aux mythologies indo-européennes. Les mythes sont une source d’émerveillement inépuisable. Et des maîtres comme Tolkien ou Neil Gaiman l’ont bien compris.
-  M  : En ce qui me concerne, c’est le monde à l’envers. Depuis que je suis gamin, j’ai été entouré de coiffes bretonnes chez les petites vieilles de Concarneau, un grand-père chef mécano en marine de commerce, une grand-mère, un « cheval de femme », qui portait la maison sur ses épaules. Donc breton de fait. Ma vraie passion pour la mythologie vient d’un ouvrage offert pour mes six ans sur la mythologie grecque illustrée. Ce livre m’a tellement marqué que ma grand-mère m’a offert la collection complète : nordique, celtique, romain, grec, inca, maya, chinois... Une série littéralement truffée d’illustrations. Ma passion pour la culture celte est née chez moi bien avant de prendre conscience de mes souches bretonnes. Soit dit en passant, c’est une illustration du demi-dieu grec Hercule par Giovanni Caselli qui a fait naitre ma vocation d’illustrateur. Et aussi, à l’approche de l’adolescence, j’ai découvert ce qui deviendrait pour moi une référence visuelle fondamentale, dans le film de John Borman, “Excalibur”.

Y  : Les albums ont une forte tendance à être classés entre BD-Belge, manga ou comics selon le style graphique ou le format. Vous retrouvez-vous dans un de ces styles ? Dans tous ? Lequel vous tente le plus ?

-  C  : Étant avant toute chose un lecteur avide de romans (essentiellement anglo-saxons, je n’ai jamais accroché avec les classiques de la littérature française), ce qui me gène le plus dans le format franco-belge, c’est la longueur (ou l’absence de longueur) de l’histoire. C’est pour cela que j’adore Bourgeon. A une époque où tout le monde éditait sur 48 planches, lui nous faisait « Le dernier Chant des Malaterre » en près de 120 planches. J’avais l’impression de lire un roman tout en regardant un film. A l’heure actuelle, je dois reconnaître que je lis surtout des romans graphiques en langue anglaise, tels que “Sin City” ou “Blankets”. Je me sens donc plus à l’aise avec le format comics/manga. D’ailleurs, mes quatre livres préférés sont “La tour Sombre” de King, « Le Seigneur des Anneaux” , les “Harry Potter” et “L’Œvre de Dieu la Part du Diable” de John Irving. A part le dernier, tous s’étendent sur plus de 1 millions de mots. On rejoint cet esprit de saga dans des mangas comme »Vagabond« ou »Dragonball" (série qui est loin d’être aussi naïve qu’on pourrait le penser).
-  M  : Les trois styles m’ont influencé, c’est inévitable. Gamin, je ne lisais jamais les bulles dans les BD. D’où ma prédilection pour un style très graphique où le visuel raconte l’histoire. Mes auteurs franco-belges préférés sont Riondet et Auclair, (“Bran Ruz”, “Celui-là, Celui qui Achève”), Toppi et l’indétrônable Moebius (“Arzack”). Moëbius, qui a contribué à révolutionner la BD franco-belge des années 70-80 par des dessins épurés, des planches qui respirent et une poésie et un humour irrésistibles. Une liberté graphique qui s’est un petit peu perdue. Les héros mythologiques sont des personnages tellement hors normes qu’ils ne peuvent être abordés à mon sens que par l’approche du super héros. Je ne crache pas non plus sur San Goku, bien au contraire, ce personnage mythologique (eh oui, relisez le ’Si Keou’ ou ’singe pèlerin’) a bercé mes mercredis. Il me semble clair que les histoires que nous racontons ont besoin du style graphique du manga et du comics américain, au moins comme point de départ. D’ailleurs, j’en suis certain, Balor est un Golgoth !

Y  : Comme beaucoup de jeunes auteurs, vous êtes à la recherche d’un éditeur, mais en attendant, votre œuvre se dévoile sur le net. Parlez nous un peu de votre/vos sites.

-  M  : Auteurs certes, jeunes plus tant que ça ! Le site permet d’aborder visuellement l’univers de la mythologie celtique dans un cadre dépassant les poncifs romantiques arthuriens. Autant les aventures d’un gamin turbulent sont une porte d’entrée scénaristique abordable par le tout public, autant les spécificités de l’Âge du Fer, de ses coutumes barbares et de sa mythologie complexe sont plus difficiles à aborder. Les lecteurs ne connaissent pas le contexte et il est hors de question pour nous de recourir à des tartines de voix off pour tout expliquer. Nous avons deux sites et bientôt trois : le premier où est publié notre webcomic hebdomadaire sur le jeune Cuchulainn (Setanta, ou Cucuc), et le second, plus général, sur la mythologie irlandaise. Notre premier webcomic est une sorte de prélude qui devrait permettre aux lecteurs de s’accoutumer en douceur à l’environnement de l’Âge du Fer et de l’Irlande pré-chrétienne, avant de passer bientôt au gros morceau, Cuchulainn. Les lecteurs qui veulent approfondir peuvent aller sur l’autre site où nous fournissons de plus amples explications et les redirigeons vers des sites spécialisés.
-  C  : D’emblée, nous sommes partis sur une version bilingue français/anglais de nos travaux. Le web est en train de progressivement changer toutes les habitudes. L’industrie du disque s’est adaptée à la nouvelle donne et Apple a réussi à rentabiliser la ventre de musique en ligne avec Itunes. Je pense qu’il en est de même pour la BD, et les lecteurs d’e-book deuxième génération débarquent bientôt. Il est impensable, de nos jours, de négliger cette ouverture. Certains webcomics américains reçoivent plus de 50 000 visites par jour et s’autofinancent largement. Pour l’instant, les échos de notre travail dans le monde anglo-saxon sont plutôt bons. Donc, oui, bien sûr, un éditeur c’est la solution la plus confortable et nous les démarchons, mais nous n’attendons pas après eux pour avancer notre projet. Nos BD seront donc à minima disponibles en ligne. Puis en versions papier, imprimées à la demande. Là encore, les américains sont largement en avance... voir des sites comme ComixPress qui permettent d’imprimer un comics couleur de 32 planches pour moins de 3 $.

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Y  : Pour finir, un petit jeu, si je vous dis :


Y comme : Ailes Y,... Star Wars (M) !! Une lettre qui sonne comme le ’i’ et qui ne sert à rien (C).
O comme : Facile : Oghme (M & C) !!
Z comme : Zorglub (M) ! Z, le film de Costa Gavras (C)
O comme : Oghme (M). Ornithorynque (C)
N comme : Nage No Kata (M) ! Norset, l’antidépresseur (C)
E comme : Erik le Viking, of course (C) ! « Equilibre, j’aime pas le bateau, j’aime pas l’eau » , extrait d’“Highlander” (M)

Merci pour cette interview et bonne chance à vous deux, et en toute objectivité, même si certaines planches demandent de zieutter l’explication de certains termes, cette BD est vraiment prometteuse.

Et pour les curieux, voici les liens vers les deux sites internet :
Le webcomics hebdomadaire de Cuchulainn
Le site généraliste d’Oghme


Frédéric Leray
8 avril 2009






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Cathbad



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Mirlikovir



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