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Voleuse sans Ombre (La)
Emily Gee
Bragelonne, roman, traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande), fantasy, 403 pages, janvier 2009, 20 €

Melke et son frère, Hantje, peuvent tous les deux devenir des spectres, c’est à dire se rendre invisibles, mais ils ont toujours refusé de le faire. La première fois que Hantje brave cet interdit pour voler les biens de salamandres, celles-ci l’attrapent et s’en servent comme monnaie d’échange. En effet, les salamandres convoitent un collier détenu par Bastian et Liana sal Vere. Obligée à son tour de se transformer en spectre, Melke dérobe le bijou pour sauver son frère.
Mais une histoire compliquée tourne autour de ce collier. Pour Bastian et Liana, il représente le moyen de lever la terrible malédiction pesant sur leurs terres et leur lignée.
Par la force des choses, les vies de ces quatre êtres vont être liées.



« La Voleuse sans Ombre » est le premier roman d’Emily Gee, une néo-zélandaise qui aime voyager. Elle a d’ailleurs passé quelques temps en Chine, au Moyen-Orient et en Scandinavie.
Et contrairement à ses collègues auteurs de fantasy, elle a écrit un roman qui se suffit à lui-même. Oui, « La Voleuse sans Ombre » est un one-shot ! À l’heure des trilogies ou autres sagas interminables, c’est si rare que ce détail seul attire déjà l’attention. Dès le départ, on sait que l’embarquement est un aller simple et non juste un début.

Ne cherchez pas de rois, châteaux, intrigues ou autres sorciers, ils sont absents de « La Voleuse sans Ombre ». De prime abord, on pourrait presque penser le monde décrit minimaliste, mais l’impression s’avère trompeuse.
Les quatre personnages déjà cités sont au centre du récit, mais il faut rajouter Endal, le chien de Bastian, qui fait partie intégrante de l’histoire. En effet, Bastian peut communiquer avec les chiens et c’est pratique, car Endal rend bien des services. Sa sœur, Liana, possède le don de guérir et bien sûr, Melke et Hantje peuvent disparaître à la vue de tous. Finalement, chacun de ces quatre dispose d’un talent qui le sort du lot.
Ensuite, le lieu où se déroule la majeure partie de l’histoire n’est qu’un coin paumé, mais frappé d’une malédiction. Il ne pleut plus, la terre est complètement asséchée, les brebis meurent l’une après l’autre. On s’étonnera d’ailleurs qu’il y en ait encore, vu le rythme de leurs décès !

Tout l’intérêt du roman tient justement dans cette malédiction et dans ce fameux collier volé par un ancêtre de Bastian et Liana à un psaaron, une créature de l’eau. Ce dernier a maudit la famille sal Vere et ses descendants, tant que son bien ne lui serait pas rendu. Toutes les générations, il vient à la ferme des sal Vere le chercher et si sa demande est rejetée, il punit.
Bien sûr, le vol de l’objet a lieu peu de temps avant son retour, et Bastian, le grand frère de Liana, a peur pour elle, de ce que le psaaron pourrait lui faire.
Emily Gee a peuplé sa création de quatre races de créatures non humaines. Si deux sont seulement ébauchées via des lectures, les deux autres apportent le piment de « La Voleuse sans Ombre ». Des salamandres détiennent le collier et un psaaron fait peser une terrible menace sur les têtes des descendants sal Vere.

Comme rien n’est simple, Hantje, Melke, Bastian, Lianna et Endal vont devoir cohabiter et apprendre à se faire confiance. Bastian hait les spectres censés être des voleurs et, même si Melke a agi de la sorte pour sauver son frère, il la déteste. Avoir besoin d’elle pour récupérer le bijou augmente encore sa colère. Au fil des pages, ses sentiments évoluent, il ne peut s’empêcher de voir en Melke une belle femme aux nombreuses qualités.
Alors que l’on semblait se diriger doucement et sans grandes péripéties vers une fin convenue, la récupération du collier se passe mal et ils seront nombreux à devoir payer de leur personne. Melke et Hantje se sacrifient pour défaire le mal causé, détrompant ainsi Bastian dans son idée que les spectres sont sans honneur.
Si jusqu’ici le début était lent et tournait essentiellement autour des sentiments de Bastian, aux deux tiers du roman ce bon coup d’accélérateur relance l’intérêt du livre qui avait tendance à s’essouffler.

Avec une certaine adresse, Emily Gee remet même en cause l’histoire en la personne de Bastian qui comprend qu’il aurait pu mettre, depuis longtemps, fin à tous ces malheurs. Ce constat le déchire. Il n’a pas eu le courage de récupérer tout de suite le collier chez les salamandres et, surtout, lorsque le bijou était en sa possession, peut-être a-t-il perdu douze ans à attendre la venue du psaaron ? En examinant tous les faits à notre disposition, c’est vrai que l’on voit les évènements d’un autre œil.
Toutes les épreuves franchies permettront une meilleure connaissance mutuelle et, même si l’on s’en doutait un peu, la conclusion fait vraiment roman à l’eau de rose.

« La Voleuse sans Ombre » est un premier roman qui donne envie de suivre Emily Gee. Elle a su se départir des trop nombreux poncifs du genre et apporte ainsi une touche de fraîcheur. Sans grands effets ni débauche de personnages, elle a construit une histoire prenante qui se lit vite.
De plus, l’illustration de couverture est superbe, suggérant une touche de mystère.


Titre : La Voleuse sans Ombre (Thief with no Shadow, 2007)
Auteur : Emily Gee
Traduction de l’anglais (Nouvelle-Zélande) : Benjamin Kuntzer
Couverture : Larry Rostant via Artist Partners Ltd.
Éditeur : Bragelonne
Directeurs de collection : Stéphane Marsan et Alain Névant
Pages : 403
Format (en cm) : 23,8 x 15,4
Dépôt légal : janvier 2009
ISBN : 978-2-35294-264-1
Prix : 20 €



François Schnebelen
24 mars 2009






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Illustration de Larry Rostant via Artists Partners Ltd.



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