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Seigneurs de Lumière
Roger Zelazny
Denoël, Lunes d’Encre, 3 romans de science-fiction traduits de l’américain, 820 pages, février 2009, 29€

On ne présente pas Roger Zelazny (1937-1995) qui a obtenu six prix Hugo et trois prix Nebula, auteur de plusieurs chefs d’œuvre comme « L’Île des Morts » et de la fameuse saga des princes d’Ambre.

Les trois romans rassemblés dans ce gros livre sont des ré interprétations des mythologies hindoue, égyptienne et navajo.

Les traductions ont été révisées et il s’agit d’une véritable nouvelle édition.



« Seigneur de Lumière » (« Lord of Light » 1967, prix Hugo 1968) est une vision de la quête de Siddharta-Bouddha où les dieux du panthéon hindou (Kali, Brahmâ, Ganesha, Vishnou, Yama, etc.) sont en fait des extra-terrestres dont la technologie avancée leur confère des pouvoirs (Aspects et Attributs). Tout commence par la résurrection de Mahasamatman, qui se fait appeler Sam et qui va manipuler et être manipulé par ses collègues, les Premiers, qui ont colonisé la planète et continuent à se faire adorer par les populations locales laissées dans l’ignorance, tranquillement installés au Paradis, dans la Cité Céleste protégée. Sam va être l’instrument de la chute de ses ex-alliés et va remettre les vrais-faux dieux à leur place.

L’écriture est magnifique, incantatoire, poétique. L’histoire est compliquée parce que les alliances entre dieux changent, leurs noms aussi. Il y a des combats formidables entre dieux et entre dieux et démons, des passages bourrés de poésie ou de philosophie. La lecture est addictive. Le style vous emmène ailleurs et, plus fort, vous entraîne à penser différemment.

C’est formidable. C’est un chef-d’œuvre.

« Royaumes d’Ombre et de Lumière » (« Creatures of Light and Darkness », 1969) parle de tout autre chose. Là encore ce sont des combats titanesques entre dieux, dont certains portent des noms du panthéon égyptien. Dans un premier temps Anubis (à tête de chacal mais là avec une tête de chien), maître de la Maison des Morts, ressuscite un guerrier invincible pour s’opposer à Osiris, maître de la Maison de la Vie. Entre ces Maisons des deux extrémités se trouvent les Mondes Intermédiaires, où vivent les six races intelligentes. Mais ce guerrier sans nom finit par savoir qu’il est un ancien dieu. D’autres êtres de pouvoirs interviennent : Horus, Thot, Seth et Isis (dénommée la Sorcière Rouge), mais aussi Typhon, des immortels comme Vramin ou Madrak le magicien vert, et encore le Général d’Acier, son cheval Ombre, Cerbère ou le Minotaure. Tous se battent, s’allient, se trahissent en faisant exploser les soleils et se détruire les planètes, utilisant des comètes comme armes de jet.

Le texte est difficile parce que l’histoire est hachée en saynètes, qu’il n’y a pas de héros, que l’on ne s’y retrouve plus dans les noms multiples portés par chacun, que certains pratiquent la fugue temporelle, se déplaçant dans le temps lors des combats. Il faut se laisser emporter par l’écriture quasi-hypnotique, parfois absconse mais poétique, pleine d’images et de couleurs.

Une lecture hallucinée pour un voyage loin de tous référentiels.

« L’Œil de Chat » (« Eye of Cat », 1982) est encore une étrange histoire, plus facile à suivre parce que plus linéaire, avec pour personnage principal William Blackhorse Singer, dit Billy, le dernier de son clan, un Navajo qui a été élevé à l’ancienne, qui est devenu un grand chasseur d’animaux extra-terrestres, et qui s’interroge à la fin de sa vie. Pour combattre une menace stragienne, il relâche un métamorphe télépathe avec qui il passe un accord. Le chasseur devient chassé et une traque s’engage un peu partout sur Terre, car on peut se téléporter instantanément n’importe où.
Bill va surtout retrouver sa culture navajo, se la réapproprier, redevenir le “chanteur”, l’homme-médecine qu’il était, capable d’invoquer le dieu noir Corbeau, ou Coyote et tous les autres. La cosmogonie navajo est particulière, et si vous avez lu Tony Hillerman vous serez moins perdu. Non seulement Bill est chassé et chasseur mais il doit aussi parcourir un chemin de mémoire pour se retrouver, combattre son double, affronter son chindi. Il peut compter sur l’aide à distance d’un groupe de médiums mais refusera son aide.

Là encore, bien que la trame soit relativement plus simple, la lecture n’est pas facile. Il faut suivre, non seulement la symbolique des couleurs et des directions, mais encore les souvenirs et les rêves de Bill et, en plus, la forme atypique de l’énoncé du récit, entre poèmes et chansons, prose sans syllabes et mots bousculés, titres de journaux pour ambiancer l’époque, récits des divers protagonistes, y compris de Chat le métamorphe, visions et fantômes de chair ou d’esprit.

Encore un roman où il faut se laisser emporter, et dont on revient secoué.

L’ouvrage se termine par une bibliographie exhaustive des œuvres de fiction de Roger Zelazny par Alain Sprauel.

Un livre indispensable.


Titre : Seigneurs de Lumière (3 romans : Seigneur de Lumière, Royaumes d’Ombre et de lumière, L’Œil de Chat)
Auteur : Roger Zelazny
Traductions de l’anglais (États-Unis) : Claude Saunier, Mélusine Claudel et Luc Carissimo, révisées et complètées par Thomas Day et Luc Carissimo
Premières éditions françaises : Denoël 1972, 1975, 1983
Couverture (souple) : Manchu
Éditeur : Denoël
Collection : Lunes d’Encre
Directeur de collection : Gilles Dumay
Pages : 820
Format (en cm) : 20,3 x 13,9 x 4
Dépôt légal : février 2009
ISBN : 978-2-20725913-9
Prix : 29 €



Hervé Thiellement
17 mars 2009


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