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Yozone LittératureDélices et Daubes

Respect !
L’Africain de J.M.G. Le Clézio
Délices & Daubes n°138


Pas plus tard que la semaine passée (D&D 137) je vous causais de Murakami, dont la nobelisation est souhaitée autant que probable. Du coup, rapide comme l’éclair du cheval au galop, je vais extraire de mes rayonnages un opuscule de notre Nobel à nous, Jean Marie Gustave. Eh oui, tout vieux ronchon que je m’efforce d’être, j’ai grand plaisir à lire des gens qui savent écrire, même si c’est pas du “genre”.
J’ai donc beaucoup lu Le Clézio, pas tout quand même mais il y a une bonne douzaine de ses écrits dans ma bibal. Là, je prends l’opuscule illustré de photos qui s’appelle “L’Africain”, Folio, pas cher, 125 pages.

Ce bouquin a un effet bizarre chez moi, sans doute parce que j’ai passé une partie de mon enfance en Afrique Noire, à peu près à cette époque, et qu’on a finalement des souvenirs communs avec JMG : les fourmis, les termites, les margouillats et les autres bestioles qui se suicident sur les lampes-tempête et qu’on regarde de derrière la moustiquaire, les bruits, les tam-tams, les odeurs. Et surtout les gens.
Au-delà des souvenirs factuels il y a aussi les émotions, les relations humaines, la vison du petit blanc de colonisateur au milieu des colonisés, les amitiés qui ne durent que le temps d’un séjour.

Par contre, là où on ne se rejoint pas, c’est que mon paternel était drôlement plus sympa, rigolo et laxiste que le sien. C’est pourtant le portrait de son père que Le Clézio propose dans ce petit livre, un Anglais de Maurice rigide jusque dans sa religion, médecin de brousse aux confins du Cameroun et du Nigeria, qui ne retrouve ses enfants qu’après la guerre et qu’il éduque à la dure, à la très dure même.

L’important est ailleurs, dans la prose magique qui décrit les paysages et les climats, dans la poésie rude des chapelets de noms de villages, dans la construction astucieuse de la remontée des souvenirs et du parcours d’un homme atypique.

C’est remarquable d’intelligence et de sensibilité ; et, pour l’ambiance, il y a des photos du père en question (des années 30 et 40) qui accompagnent le texte.

Respect et merci, Monsieur le Prix Nobel de Littérature 2008.


Henri Bademoude

17 janvier 2009