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Ceux qui sauront
Pierre Bordage
Flammarion, collection Ukronie, roman, sf-uchronie, jeunesse, 350 pages, 15€

1882 : Jules Ferry est assassiné et l’école ne devient plus un droit mais reste un luxe pour les nantis. Au même moment, une nouvelle monarchie se met en place et règne sur la France. 20.. : la société est partagée en castes. D’un côté, les aristocrates qui gravitent autour de la cour du Roi à Versailles. De l’autre, les pauvres gens qui n’ont pas droit à l’éducation, ni à l’accès aux progrès technologiques. Mais la résistance s’organise avec la tenue de classes clandestines. Car le savoir, c’est le pouvoir…



L’Education Nationale est un sujet central de l’actualité. Avec ce roman, Pierre Bordage tape en pleine dans le mille et rappelle que la connaissance et l’instruction sont les clés de la liberté.

En confrontant les visions d’adolescents venant de deux univers différents sur une société modifiée par rapport à notre propre histoire de France, il fournit au lecteur les éléments pour se poser à son tour la question : sans école, que ferions-nous ? Que deviendrait la société si l’accès aux savoirs était restait cantonné à certaines personnes, comme avant ?

Evidemment, partant du postulat que tout ce chambardement a commencé à la fin du XIXème siècle, Bordage donne à voir une société que l’on ne peut reconnaître et qui finalement n’a pas bougé en plus de 100 ans. L’obscurantisme est synonyme d’arrêt du progrès, le Moyen Âge en étant un exemple flagrant.

Il est donc assez difficile de lire ce roman en se disant que la situation pourrait être notre présent, si jamais. Le principe est donc excellent mais le rendu donne l’impression de lire un roman se déroulant à l’époque de la Révolution Française. Le côté désuet et passéiste des coutumes des personnages les ancre dans une société ancienne et révolue pour nous. Encore une fois, l’objectif de Pierre Bordage est amplement réussi mais nous éloigne d’un récit contemporain modifié.

Là-dessus, l’aventure tient du Roméo et Juliette dans la France des rois. Les rebondissements sont multiples mais après avoir exposé la situation, planté ses personnages, on sent une faiblesse au milieu du roman. On a l’impression de tourner en rond avec Jean, le jeune pauvre qui se cherche et cherche aussi l’amour et la reconnaissance de son père. De même avec Clara, l’aristocrate qui va devoir s’avouer que sa famille n’est pas aussi étincelante qu’elle aurait pu le croire et que son univers de nanti est fortement discutable.

Certes, la fin du livre appelle à l’ouverture révolutionnaire mais avec une vision très pessimiste des choses. Pas résignée car l’envie de révolte est maintenant ancrée dans les esprits, mais pas forcenée non plus. Après, il faut toujours une petite graine pour donner un bel arbre, et parfois laisser le temps au temps. Mais bon…

Donc même si la forme a plus un aspect Zola – et c’est un compliment – et reste donc discutable – pour moi – quant à l’acceptation de cet univers uchronique, avec donc une appartenance au genre SF – la discussion sur les appellations contrôlée est relancée –, le fond est profondément intéressant et instructif pour tous. Surtout en ces temps troublés pour notre Education Nationale…

Titre : Ceux qui sauront
Auteur : Pierre Bordage
Éditeur : Flammarion
Collection : Ukronie
Directeur de collection : Alain Grousset
Couverture : Benjamin Carré
Nombre de pages : 350
Dépôt légal : octobre 2008
Format : 14,5 x 22 cm
ISBN : 9782081211698
Prix : 15 euros


Michael Espinosa
29 octobre 2008






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