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Serpentine & Notre Dame aux Écailles
Mélanie Fazi
Bragelonne, L’Ombre, Nouvelles (France), Fantastique, 314 & 317 pages, févrer 2008, 2 x 15€

Les éditions Bragelonne publient en même temps deux recueils de nouvelles signées Mélanie Fazi. Le premier, « Serpentine », est la réédition d’un livre paru en 2004 aux éditions de l’Oxymore qui avait obtenu le Grand Prix de l’Imaginaire et dont l’une des nouvelles, “Matilda”, avait valu à son auteur, en 2002, le Prix Merlin. Rien que ça !

Le second, « Notre Dame aux Écailles », regroupe des nouvelles publiées plus récemment ou inédites.



L’ensemble forme un diptyque dont les couvertures, blanche aux incrustations d’or pour « Notre Dame aux Écailles », noire au lettrage argent pour « Serpentine », sont comme les reflets en négatif l’une de l’autre.
De plus, la forme en camée des deux illustrations (une femme de face pour « Serpentine », une femme de dos pour « Notre Dame aux Écailles ») fait que, lorsqu’on rapproche les volumes l’un de l’autre, on pense au symbole chinois du yin et du yang.

SERPENTINE

Mais si les livres sont de beaux objets, la prose dont ils sont l’écrin est plus admirable encore. J’ai déjà eu l’occasion de dire ailleurs tout le bien que je pensais de « Serpentine ».
Les histoires qui le composent sont à la fois violentes et naïves, cruelles et innocentes. Basées, pour la plupart, sur des faits du quotidien, elles interpellent le lecteur parce qu’elles sont terriblement possibles, parce qu’on sent qu’elles peuvent, qu’elles vont nous arriver. La plume délicate de Mélanie Fazi relate non pas les faits brutaux mais plutôt la compréhension progressive qu’on a de ceux-ci. Le moment où la lumière se fait, où l’on se dit « c’est donc ça qui m’est arrivé ».
“Nous Reprendre À La Route” en est l’exemple le plus frappant et si “Mémoire des herbes aromatiques” semble l’exception, il faut bien reconnaître que rares sont les textes mettant en scène les personnages de la mythologie grecque dans un cadre tellement ordinaire et pourtant tellement en accord avec leur symbolique.

NOTRE DAME AUX ÉCAILLES

Les nouvelles de « Notre Dame aux Écailles », en comparaison avec celles de « Serpentine », présentent une maturité et une plénitude qui, s’ajoutant à l’intériorité de l’écriture, offrent au lecteur une douceur débouchant parfois sur un drame, parfois, au contraire, vers un bonheur étrange, transgressif.
Le style sensuel de Mélanie Fazi se met au service de personnages plus âgés, ayant laissé derrière eux l’adolescence. Leurs préoccupations sont différentes, leur sexualité, qu’elle soit épanouie ou frustrée, existe, assumée (« Langage de la peau »). Et parmi ces « personnages » se trouvent, au premier plan, les lieux. Qu’il s’agisse d’une ville (« La Cité Travestie », « Mardi Gras »), d’une maison (« Villa Rosalie » , « Notre-Dame-aux-Écailles ») ou d’une région du monde (« Le Nœud Cajun »), les lieux sont au premier plan, ils jouent le premier rôle, entraînent le narrateur –et partant, le lecteur– en leur sein, les noient dans une étreinte acceptée, voulue, réclamée.
L’eau est leur alliée, elle leur donne vie, bien souvent. Venise et La Nouvelle-Orléans inondées, un fleuve aimant et sensuel, une mer que jalouse une épouse (« Noces d’écume »), autant de fluides qui, dépeints par Mélanie Fazi, étonnent et effrayent bien plus que le sang répandu dans maints ouvrages gore…

Il faudrait encore parler de l’importance des sons, des goûts et des parfums dans l’un et l’autre recueil, de la musique alliée à la création artistique (« Matilda », « Le Passeur », « En Forme de Dragon »), des routes et des trains (« Petit Théâtre de Rame », « Le Train de Nuit »), des silences et des non-dits (« Rêves de Cendre », « Fantômes d’épingles », « Les Cinq Soirs du Lion »), et de bien d’autres choses…

Mélanie Fazi sait à merveille utiliser le moindre fait, la moindre sensation ; elle l’extrapole, la fait rouler entre ses mots et nous la fait vivre, amplifiée. Comme le dit Michel Pagel dans la préface de « Serpentine » :

- « D’une manière ou d’une autre, cette petite voix si particulière réussira à s’infiltrer en vous et à chambouler vos émotions. Toute l’essence du fantastique est là ».

L’interview Yozone de Mélanie Fazi

Critique Yozone de « Arlis des Forains »

Interviews Antérieures (Mélanie Fazi & Lucie Chenu)
- Questions à Mélanie Fazi (pour nooSFere)
- A Star is born (pour Ozymandias)
- Questions aux traducteurs (pour Onire.com)

Auteur : Mélanie Fazi
Genre : Fantastique (nouvelles)
Couvertures : Création Fabrice Borio - photo © Malgorzata Maj 2008
Éditeur : Bragelonne, 35, rue de la Bienfaisance, 75008 Paris
Collection : L’Ombre de Bragelonne
Directeurs de collection : Stéphane Marsan & Alain Névant
Presse : Leslie Palant (Bragelonne)
Sites Internet : Bragelonne, Mélanie Fazi (site), page My Space, Mélanie Fazi Online

Notre Dame Aux Écailles
12 nouvelles (France)
Pages : 314
Format : 13 x 2,5 x 20 (moyen, broché)
Dépôt légal : 28 février 2008
ISBN : 978-2-35294-149-1
Prix : 15€

Serpentine
Nouvelles (France)
Pages : 317
Format : (moyen, broché)
Dépôt légal : 28 février 2008
ISBN : 978-2-35294-150-7
Prix : 15€


Lucie Chenu
9 septembre 2008






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« Serpentine » et Notre Dame aux Écailles" de Mélanie Fazi. Un très beau dyptique publié par Bragelonne (Collection L’Ombre de Bragelonne, 2008).



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